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Poésie

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), Catherine Gil Alcala

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses), éd. La Maison Brûlée, 2016, 136 pages, 15 € . Ecrivain(s): Catherine Gil Alcala

Théâtre et poésie, théâtre poétique et poésie théâtrale, il faut ici lâcher la rive du connu. Certains renonceront de suite, d’autres oseront plonger au cœur du maelström. Ce n’est pas de lire, qu’il s’agit ici, mais d’expérimenter un état de conscience éclatée, une transe, un démembrement de la raison, qui nous culbutent. Manipulant dans son grand chaudron – visions, rêves, mythes et symboles, qu’elle touille comme prise de démence, Catherine Gil Alcala convoque la magie des mots pour pulvériser le réel et nous faire voir à travers le miroir ce qui est de l’ordre – ou plutôt du désordre – du grand chaos universel. Pythie au verbe noir et flamboyant, elle pousse les mots à leur paroxysme pour nous faire basculer de l’autre côté, du côté du grand rire salvateur, où rien n’est sérieux, tout est primordial.

Et chaque scène se nomme d’ailleurs non pas scène, mais miroir.

L’onde radiophonique qui traverse l’univers, Grand négateur limonade, Le Mort, Les fils de l’orage, Maman tintamarre, Samsara bondissant, Le jongleur dans l’horloge, Les mantras du vent, sont quelques-uns des personnages de ce théâtre fou. Fous comme peuvent l’être les Clowns sacrés.

Et leurs bras frêles tordant le destin, Jean Le Boël

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 03 Mai 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Henry

Et leurs bras frêles tordant le destin, 2017, 81 pages, 10 € . Ecrivain(s): Jean Le Boël Edition: Editions Henry

Dans son « Avant-Dire » qui constitue un « Bréviaire de poète », Jean Le Boël met les pendules à l’heure au sujet de sa conception et de sa réception de la poésie : « (…) qu’on me laisse récapituler le peu qui régit mon écriture et que je n’impose qu’à celle-ci ». Sa poésie, maintenue dans son envergure d’altitude et d’exigence, respectera une langue française riche de sens et rigoureusement élaborée, dans une entreprise de curiosité ouverte sur un perpétuel étonnement et un goût de l’effort tenu, puisque « la grandeur du poème ne tombe pas du ciel ». L’Humain est bien au centre de la Voix poétique, altruiste et bienveillante dans le partage des émotions dont elle fait vibrer nos regards, l’univers, nos égards. « Si ma poésie est lyrique », écrit le poète-éditeur Jean Le Boël, « oscillant entre le souci de la plus grande simplicité et l’évidence du mystère, l’émotion qu’elle vise n’est pas la mienne exhibée, mais la redécouverte par le lecteur de la sienne enfouie ». La difficulté de la poésie réside bien dans cette oscillation dont peu de poètes trouvent l’équilibre, la juste mesure créative, et dans cette donation du sens de cœur à cœur ouverts sur les autres, soi, le monde. L’échange s’inscrit comme condition de possibilité du poème : « Je me suis toujours pensé à l’image des autres ; l’empathie m’est naturelle avec les vivants, avec les disparus, même les plus antiques, surtout si j’en entends la parole ». Cet échange prend corps dans une « maîtrise de la parole » qui associe l’Autre par « l’écoute » et « la proximité » :

L’Au-delà du monde, Brigitte Maillard

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’Au-delà du monde, Librairie Galerie Racine, 2017, 50 pages (belle photo d’une Tête de jeune Bigoudène par l’auteure), 15 € . Ecrivain(s): Brigitte Maillard

 

 

« Attendre le monde », « porter le soir », « allez » : une poésie revitalisante qui s’énonce là. Les impératifs suivent et enjoignent à l’activité, celle de l’esprit, celle du corps : INVENTE-TOI !

« Le temps est une histoire

(entre nous)

un déplacement de vent »

Laisse monter ce chant de mémoire

(…)

Lire les Rivières précédé de La rivière des Parfums, Bernard Fournier

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 19 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Lire les Rivières précédé de La rivière des Parfums, Editions Aspect, juin 2017, 90 pages, 14 € . Ecrivain(s): Bernard Fournier

Au commencement était une voix, … – voix de la source, onde féminine, affluent et don d’amour, offrant leur chant à l’infini de la mer, pour « un appel, un vœu, un secret ».

« Une rivière dit tout à la mer »

« Toutes les rivières se ressemblent, toutes les eaux sont sœurs et tous les fleuves croient à la mer ».

Ainsi débute le recueil du poète Bernard Fournier : en invoquant « l’œil aux aguets » (le nôtre) pour écouter le « parfum des rivières ». L’œil écoute descendre et battre les eaux entre les rives, comme battent les pulsations du cœur, les flancs d’une femme éprise d’une soif d’aimer et d’être aimée, l’espoir « à la jointure du ciel ».

La « rive »/ les « rives »est/sont contenue(s) dans le mot / le lieu-dit de la « rivière »… Contenues comme les poèmes contiennent, entre les rives de la page et sur les berges de l’émotion, l’épanchement des mots dans l’envergure/le souffle retenus des feuilles ; comme la topographie des textes de Bernard Fournier figure l’épanchement dompté par le poème, l’ampleur lyrique modérée par les cadres/rives de l’espace poétique.

Ici suivi de Éloge du vent, Max Alhau

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 17 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions La Porte

Ici suivi de Éloge du vent, 2017 . Ecrivain(s): Max Alhau Edition: Editions La Porte

 

Se tenant face au vent, à sa douce immensité (souvent)en caresse, Max Alhau est à « l’écoute de ces paroles qui furent [s]iennes et qui ne sont plus qu’un écho à travers le temps ». Il a fait choix de « prendre la terre telle qu’elle se donne », et de regarder « au plus épais des forêts quelles étoiles les éclairent ». Marchant, marchant, marchant, il cherche à être entraîné « au plus loin d’une vie sans frontière ».

Au plus loin ? Ici.

Ce qui est une manière belle de cheminer au-dedans de soi.

Dans une douceur tremblée qui ne renie rien de la profondeur du noir de fumée, Max Alhau dit la beauté qu’il y a à être là, comme un chuchotis, face aux sources, aux arbres, aux fontaines, à être là pour – déjà – disparaître, pour être – sans nulle douleur – ce frisson de source sur de la mousse, dans une forêt enchantée prenant le temps de venir saluer, de sa main peuplée d’oiseaux et de papillons de nuit (plus particulièrement le Manteau à tête jaune et la Phalène rustique), le mouvant des nuages.