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Poésie

L'éponge des mots, Saïd Mohamed

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

L’éponge des mots, Les Carnets du Dessert de Lune, 2012, 128 pages, 12 € . Ecrivain(s): Saïd Mohamed

L’éponge des mots est un livre sans commencement, ni fin, dans lequel on entre, puis on s’assoit et on écoute. On écoute un compagnon qui nous passerait la bouteille, on boirait à même le goulot, sans faire de manières, avant de la repasser à un autre, qui serait là aussi, quelque part au bord du monde, parce que toutes les routes ont déjà été arpentées, tout a été dit, et pourtant nul n’a encore trouvé le remède au mal de vivre.

L’éponge des mots éponge le trop plein.

 

Pas de gloire à se combler d’alcool

Pour s’inventer des cataplasmes.

Boire encore et tordre le cou aux sortilèges.

Capitaine au long cours veillant sur l’histoire du hasard.

Taillader son chemin dans l’aventure des rues lisses.

Une heure de jour en moins, Jim Harrison

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 22 Décembre 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Flammarion

Une heure de jour en moins, septembre 2012, Trad USA Brice Matthieussent, 220 p. 19 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: Flammarion

 

Si Jim Harrison est probablement l’un des plus célèbres romanciers américains, son œuvre poétique, énorme (des dizaines de recueils) et éblouissante reste fort méconnue en France. Les maisons d’édition, plus promptes à traduire les romans, rechignent à la poésie – de Jim Harrison soit-elle – signe des temps où la poésie, cœur battant de la littérature, est fort mal lotie. C’est donc à Flammarion qu’il faut adresser ici le premier compliment, car la maison nous offre avec « Une heure de jour en moins », non seulement un recueil étincelant de l’art de Jimmy mais, qui plus est, dans une traduction impeccable de Brice Matthieussent. Et il y a déjà bien longtemps que le dernier recueil de poèmes du maître du Michigan nous a été proposé en français (1998 à « la table ronde » : « l’éclipse de lune de Davenport »)

C’est par la poésie que Jim Harrison a commencé son œuvre. Il y a fondé les grands thèmes qui traverseront ses romans. « Elle m’habite tout entier et pour toujours » (interview à « L’Express » en 2004)

Marche forcée, oeuvres, 1930-1944, Miklós Radnóti

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 10 Novembre 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Récits, Phébus

Marche forcée, Œuvres, 1930-1944, trad.hongrois et présentation par Jean-Luc Moreau, Editions Phébus, Collection D’aujourd’hui. Étranger, 2000 . Ecrivain(s): Miklós Radnóti Edition: Phébus

 

« La mort, de notre attente, est la rose vermeille ».

Il était une fois un jeune homme qui marchait vers le nord. Il ne mangeait ni ne buvait. Il ne toucha pas au pain que lui jeta un boulanger. Il ne put y toucher. On cassait les bras qui se tendaient. Il était une fois un homme plein d’espoir qui avait pour compagnons de voyage des hommes qui étaient abattus parce qu’ils étaient pieds nus ou parce qu’ils avaient gardé leurs chaussures. Il était une fois un homme qui voulut malgré tout continuer. Il ne pouvait ni manger, ni boire. Ce qui retint son attention, un soir de magnifique coucher de soleil, ce fut un peu de maïs séché, qui était éparpillé sur le sol, et qui l’appelait. Sans manger ni boire. Le cochon qu’il vit au loin voulut bien lui laisser un peu de son modeste repas (bouillie de maïs). Il était une fois un homme qui marchait en direction du nord. Il vit son ami musicien (qui n’avait guère plus de vingt printemps dans ses chaussures – il les avait gardées –) recevoir une balle dans la nuque parce qu’il ne voulait pas se défaire de son violon (dont il se servait pour vivre). Il le vit se relever, marcher en boitant vers un arbre, et s’écrouler, obéissant au chant d’une mitraillette, lequel avait immédiatement suivi ces aboiements : Der springt noch auf (Il remue encore).

Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, Oeuvres (Pléiade)

, le Mardi, 30 Octobre 2012. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard

Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Œuvres, sous la direction de Jean Canavaggio, collaboration de Claude Allaigre, Jacques Ancet et Joseph Pérez, Gallimard, Pléiade, 11 octobre 2012, 1184 pages, 45 € jusqu’au 28 février 2013 Edition: Gallimard

Sainte Thérèse, brûlez pour nous. Il y a peut-être quelque chose de dérangeant à apostropher ainsi un docteur de l’Eglise. N’allons pas trop vite, et pas trop loin. Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada (1515-1582), réformatrice du Carmel, est entrée dans l’imaginaire collectif, entre autres, grâce à la statue du Bernin, que l’on peut voir à Rome, à Santa Maria della Vittoria. Elle y est extatiquement torturée par une jouissance physique et mystique. L’amour brûle, embrase. Ainsi, Thérèse.

Saint Jean de la Croix – Juan de Yepes Álvarez (1542-1591) – brûlez pour nous. Là encore, n’allons pas si vite. De La Nuit obscure à La Vive flamme de l’amour, l’éros et l’agapè se confondent parfois, mais nous ne pouvons rien comprendre avec nos réflexes modernes. En fin de compte, nous les lisons, Thérèse et Jean, avec ce que nous rassemblons de notre culture, et avec ce que nous sommes, des êtres du XXe et du XXIe siècles, petits lecteurs de petite transcendance. Les temps ont passé. Fui. Tourné, qui sait. C’est à Vladimir Jankélévitch que l’on doit la diffusion du « je ne sais quoi » – le « no sé qué » – qui nous a fait vibrer, dans une émission de Pivot. On entendait parler – reparler – de Jean de la Croix. Pour des raisons – sur des fondements – philosophiques.

Tombé hors du temps, David Grossman

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Octobre 2012. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Seuil, Moyen Orient

Tombé hors du temps, traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses, 199 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Seuil

« Il y a

Une respiration il y a

Une respiration dans

La douleur il y a

Une respiration » (p. 196)

 

dit la voix de l’enfant du centaure, en lui.

Une respiration, peut-être quelque chose qui prend à l’extérieur, et qui rejette de l’intérieur, quelque chose qui traverse, un passage. Une respiration, en musique, c’est aussi une pause, avec tout ce qui y passe (« elle peut – la respiration – alors être indiquée par un signe en forme de virgule ou d’apostrophe placée entre deux notes » (Larousse). Pause dans la douleur ? La douleur respirant, vivant d’elle-même ? Se reconstituant autour de son cœur même ? Accommodement de tous les êtres, dans la ville de ce livre-là qui ont pour point commun, point de fuite, d’avoir perdu un enfant.