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Poésie

L'épître des ombres et des trombes, Ibn Shuhayd

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 24 Mai 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Récits, Sindbad, Actes Sud

L’Epître des ombres et des trombes, texte établi, annoté et traduit de l’arabe par Philippe Vigreux, mai 2013, 116 pages, 20 € . Ecrivain(s): Ibn Shuhayd Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Le chant audacieux de Ibn Shuhayd

 

L’ouvrage est composé de trois parties accompagnées d’un prologue. Dans cette ouverture, ivre de poésie, Ibn Shuhayd compose. Cependant, il se rend compte assez vite de son manque d’inspiration. Cet état l’aurait plongé dans le désespoir s’il n’avait pas rencontré un allié bien particulier : « A ce point je restai court et le souffle tari. Je vis alors à la porte du lieu où j’étais assis un cavalier monté sur un cheval noir autant que l’était sa barbe (…) ». Il s’agit de son génie inspirateur qui désormais l’accompagne et l’aide dans sa tâche : « Depuis lors Abû Bakr dès que mon souffle se tarit, que je perds le fil de mon idée ou qu’un tour me fait défaut je n’ai qu’à chanter ces vers et mon ami m’apparaît ». Avec cette aide venue d’un autre monde, le poète ne peut que réussir dans son entreprise. D’autant plus qu’il fera sur le dos du cheval de son Génie bienfaiteur un merveilleux voyage. Il traversera des mondes inconnus, il foulera des terres lointaines et fabuleuses où il discutera avec les Génies et Djinn pour les obliger à louer son œuvre.

Sur le fleuve, Silvia Baron Supervielle

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arfuyen

Sur le fleuve, 2013, Prix Jean Arp, 14 € . Ecrivain(s): Silvia Baron Supervielle Edition: Arfuyen

Cette distance


C’est avec grand intérêt que j’ai reçu ce livre, prix Littérature Francophone 2012, car il recoupe divers intérêts qui sont miens au moment présent, et me permet de revenir aussi à d’anciennes idées qui ont été à la base de ma formation universitaire de troisième cycle, et qui, sous la direction de Philippe Tancelin, m’ont permis d’élaborer une problématique difficile sur l’étrangeté en esthétique littéraire. J’avais conçu avec ce professeur et poète de l’Université Paris VIII un ensemble phénoménologique complexe où la question de l’intervalle et de la distance était centrale. Je parlais avec lui de langue altérée, de porosité, de flux, de fluidité – et n’est-ce pas, les fleuves ne sont-ils pas bien ces zones aquatiques qui font des frontières molles, et qui coupent en soi le plus connu, le plus chéri, du plus lointain et du plus regretté, comme le symbolise le fleuve sacré où Siddhârta finit par rejoindre Bouddha ? Donc, pour nous, lecteurs qui venons après que les écrivains sont passés par cette ère du soupçon et de l’étonnement devant des mots simples, par un nouvel enchantement, je puis dire que cette série de cinq chapitres d’à peu près vingt poèmes pour chaque section, convient bien à ce qui fait la qualité presque orientale de cette langue, langue française que Silvia Baron Supervielle pratique depuis les années 60 comme langue de prédilection pour l’expression littéraire.

Alcools, Guillaume Apollinaire

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 13 Mai 2013. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Alcools, Édition 2013, Folio-Gallimard N°5546, 249 pages, prix non indiqué . Ecrivain(s): Guillaume Apollinaire Edition: Folio (Gallimard)

Le recueil Alcools, précédé de Guillaume Apollinaire de Paul Léautaud, suivi d’un dossier sur l’œuvre et le poète, comprenant des textes d’Apollinaire sur la création, la poésie et la composition d’Alcools ; des contributions-hommages de divers poètes d’hier et d’aujourd’hui ; un « Lexique d’Alcools » par Michel Décaudin ; de brèves notices sur les amis d’Apollinaire ; une notice biographique et chronologique du poète.

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

Voici un livre dont l’intelligence et la praticité de la composition alliées à l’intérêt unique d’une poésie unique feront qu’il ne nuira à personne de l’avoir dans la poche de sa veste ou de son trench-coat, à condition que ceux-ci soient de bonne coupe. Bien au contraire, tout collégien, lycéen, étudiant que l’enseignement tel qu’on le dispense de nos jours n’aura pas dégoûté à jamais de l’expression poétique et d’Apollinaire en particulier, tout lecteur de bonne volonté qui, au fil du temps, se sera éloigné de la poésie gagnera à le consulter, à en lire quelques pages dans les transports en commun, dans son lit avant de dormir ou in articulo mortis, mais aussi à ses amis au bistrot les jours de pluie comme de soleil.

Je voudrais tant que tu te souviennes, anthologie poétique

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Je voudrais tant que tu te souviennes (Poèmes mis en chanson de Rutebeuf à Boris Vian) Anthologie, Poésie/Gallimard, 272 p. 6,90 euros Edition: Gallimard

 

Ce choix de poèmes éclairant constitue un double bel hommage. A ces poètes, dont les textes ont été choisis pour leur musicalité, leur potentiel mélodique, leurs rimes que l’on veut entendre dites à haute voix ; aux chanteurs, qui peuvent justement s’enorgueillir du choix de poèmes parmi les plus beaux textes de la langue française. On note particulièrement, au fil des pages et de la découverte des œuvres d’auteurs célèbres et moins connus, le choix de poèmes impressionnant de Georges Brassens : puiser chez Villon, Hugo, Richepin, Fort, Aragon, Musset, Corneille, Du Bellay, Banville, Verlaine, Jammes, Pol, Mac Orlan… la matière de certaines de ses plus belles chansons force l’admiration, tant le goût est sûr.

La lecture de la sélection de l’éditrice Sophie Nauleau fait se rappeler que nos chanteurs, s’ils ont copieusement emprunté, ont souvent modifié, réécrit, adapté les poèmes. C’est parfois pour des raisons de longueur, mais cela relève également souvent d’une volonté de personnalisation, d’appropriation des textes. Pour cela les textes des chansons auraient pu être plus systématiquement donnés en regard des poèmes, cela n’aurait pas été compliqué lorsque ce n’est qu’un vers ou quelques mots qui changent.

Enlacement(s), Raharimanana

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Récits, Vents d'ailleurs

Enlacement(s), 3 ouvrages de 64 pages chacun, novembre 2012, 29,90 € . Ecrivain(s): Raharimanana Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un objet inhabituel. Trois ouvrages distincts en un coffret, trois textes qui mélangent les genres, qui sont à la fois récits, poèmes, chants. Le titre Enlacement(s) dit bien l’intention de l’auteur qui est de tisser les mots sans le souci d’être contenu dans un genre donné afin d’exprimer le mieux possible un état d’âme précis : la fatigue. Le mot et le sentiment reviennent régulièrement dans chacun des textes.

« J’ai encore plusieurs de ces histoires, mais cela me fatigue d’y penser… » (« Des ruines »).

Quelles histoires ? Celles des « ruines » qui le constituent et d’où il écrit : esclavage, colonisation, oppressions, génocides… Raharimanana, né en 1967, a l’insigne (et lourd) privilège d’être le prosateur qui dote son pays – Madagascar – d’une œuvre littéraire très nourrie par la conscience de l’Histoire. Ses romans, nouvelles et récits explorent les limites de l’écriture et des genres littéraires, recourent à des images et des documents d’archives afin de restituer à la conscience des siens (et des autres) toutes leurs ruines amères donc.