Identification

Poésie

La quête infinie de l'autre rive, Sylvie Kandé

Ecrit par Theo Ananissoh , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

La quête infinie de l’autre rive, Ed. Gallimard Continents noirs, 2011, 107 p., 13,90 € . Ecrivain(s): Sylvie Kandé Edition: Gallimard

C’est sous-titré « épopée en trois chants » ; une manière juste de décrire cette œuvre vibrante de sensibilité et tout en rythme. La quête infinie de l’autre rive est pour ainsi dire un récit sans cesse sur mer. Quand les hommes sont décrits les pieds sur la terre ferme, c’est qu’ils sont au bord de l’océan, dans la fièvre des préparatifs du départ, ou à l’arrivée, au terme d’une immense expédition, débarqués sur une terre inconnue.

L’ouvrage est dédié à Joseph Ki-Zerbo, un des grands historiens africains. L’auteur elle-même a fait des études de lettres classiques et d’histoire. Celle-ci fonde son récit. On ne peut en comprendre tout à fait la trame sans le rappel d’un fait semble-t-il historique. C’est un épisode de l’histoire de l’empire du Mali (XIIIè-XVè siècle) fondé par le fameux Soundiata Keïta ; empire extrêmement vaste qui s’étendait sur les territoires actuels du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée, de la Mauritanie et d’une bonne partie de la Côte d’Ivoire. L’un des descendants de Soundiata, Aboubakar II, vers 1310-1312, organise deux expéditions pour, dit-on, voir les limites de l’océan. La première disparaît sans laisser de trace ; la seconde qu’il dirige lui-même… C’est justement ce qu’entreprend de conter Sylvie Kandé dans La quête infinie de l’autre rive.

Saint-John Perse intime, Katherine Biddle

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Biographie, Gallimard

Saint-John Perse intime. Journal inédit d’une amie américaine (1940-1970) Traduction : Carol Rigolot parution : 03/2011 19,50 €, 400 p. . Ecrivain(s): Katherine Biddle Edition: Gallimard

Saint-John Perse extime. Voici des morceaux choisis pour cause de mentions au poète, selon Katherine Biddle. Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre, paraît-il. A plonger dans ces confessions pourtant, le diplomate en exil demeure un grand créateur. Alexis n’aurait sans doute pas goûté de telles livraisons au public, au moins de son vivant. Respectons-nous les morts ? Ici, oui. Oui parce qu’ils demeurent en vie par leur œuvre.

Selon l’égérie, elle aurait regretté n’avoir pas eu l’audace de céder à ses avances (Ah ? Oh ? Ha ! Ho !) ; il aurait jugé Sartre de petit prof de philo de province (rivalité des ego de normaliens ?) ; il aurait fabriqué certains de ses poèmes comme ci, comme ça (intéressant) etc.

A quoi bon les supputations extimes de seconde main, toute proche fût-elle. A quoi bon livrer du savant à partir du familier ? Les petits secrets de chacun ne nourrissent-ils pas les potins ? Et quelle cause littéraire pourraient-ils servir ? Le champ littéraire est vaste, comme un truisme. Il tourne ainsi en rond avec des allures de profondeur. Le chant littéraire tolère les couacs et les fausses notes des fouineurs, cousins germains des concierges, fort utiles pour juger et faire, et défaire, les opinions, ces sœurs de la rumeur et de l’impudeur.

Tu t'en vas, Magali Thuillier

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 14 Avril 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Tu t’en vas, publié en 2004 aux Ed. du Dé Bleu. . Ecrivain(s): Magali Thuillier


Tu t’en vas. Un titre qui déjà marque le ton, non pas une injonction, mais un constat. Le constat clinique d’une réalité contre laquelle l’auteur ne peut rien. Tu, c’est la grand-mère de la narratrice et ce livre qui s’adresse à elle, raconte à travers ce dialogue à sens unique, un double départ. Le premier, c’est le faux-départ, mais aussi le plus douloureux, le plus insupportable, je dirais même littéralement le plus dégueulasse. La grand-mère tant aimée ne s’habite plus, elle n’est plus là « Une étrangère s’est glissé dans ton corps. Elle prend ta voix. Elle vit chez toi. Elle me vouvoie. Je ne lui réponds pas. J’attends que tu reviennes. Reviens ». C’est la maladie, l’Alzheimer, jamais citée, mais décrite, à petites touches implacables, presque à contre cœur, comme on évacue un peu de pus d’une plaie pour ne pas que l’infection se propage, envahisse tout, jusqu’à la moindre parcelle d’amour.
C’est la maladie qui peu à peu voile et vole la grand-mère adorée. « Pas voir les signes de la maladie. Pas les voir. Pas voir. Au revoir. Pas tout de suite. Pas ma grand-mère. Pas toi. Pas moi. Pas ».

Nos parcelles de terrain très très vague, Marlène Tissot

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 24 Mars 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Nos parcelles de terrain très très vague aux Ed. Asphodèle - 7 € Asphodèle-éditions . Ecrivain(s): Marlène Tissot

Marlène Tissot ! J’ai eu la grande joie de publier plusieurs fois dans la revue Nouveaux Délits, la première fois dans le numéro 6 (juillet 2004), et qui sera également dans le numéro 39 (avril 2011). Son écriture, faussement légère, mais véritablement sincère, raconte la vie, la vraie, celle de tous les jours, avec des mots qui tapent au cœur de la cible, c’est-à-dire ton cœur à toi, lectrice-lecteur. Marlène, vous ne la trouverez pas dans les salons, mais plutôt dans la cuisine. Marlène c’est la perle qui tombe d’un paquet de chips, c’est le talent à la fois le plus naturel et le plus discret qui soit. Marlène, c’est à petites touches, une peinture du quotidien, sans fard, sans fioriture, mais avec une maîtrise parfaite de la lumière et une grande lucidité. Derrière ce qui pourrait sembler fragilité, tristesse, il y a une grande force, celle de prendre de front ce qui est, avec un sens aigu de l’observation, et d’en extraire tout le jus pour en tirer un peu de ce sublime nectar de poésie. De quoi nourrir les jours… « Les jours qui s’échouent, avec parfois leur gueule de déchet, sur l’étendue incertaine de nos terrains très très vagues ». Elle a donc publié en 2010, « Nos parcelles de terrain très très vague » aux Ed. Asphodèle dans la très attachante collection Minuscule. A lire et à relire.


Ariel de Sylvia Plath

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 16 Mars 2011. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, USA, Gallimard

Ariel, Avant-propos et trad. Valérie Rouzeau. Du monde entier 2009 116 p 14,50 €) . Ecrivain(s): Sylvia PLATH Edition: Gallimard

Entre Sylvia Plath et sa traductrice, Valérie Rouzeau, il y a une ressemblance flagrante de ton. Pour traduire Sylvia Plath il faut être poète. Et pour traduire Ariel, son œuvre la plus aboutie, il faut en plus une certaine connivence, sans doute la même qui a existé entre Baudelaire et l’auteur du Corbeau, Edgar Poe.

Ariel est un recueil de quarante poèmes, dans la veine du mouvement Confessionnal Poetry, des années 50 et 60, où le poète s’exprime sur le ton de la confidence, en se mettant à nu, sans fausse pudeur. La confession est parfois de l’ordre du honteux sur les choses de sa vie, destinées normalement à rester secrètes. Il n’y a plus de différence entre l’art et la vie, et le poète vit quotidiennement sa poésie. Et cela n’est pas sans danger puisque Sylvia Plath s’est suicidée, à 30 ans, peu de temps après l’échec de son mariage avec le poète anglais Ted Hughes, dont elle a eu deux enfants, Frieda et Nicholas, auxquels a été dédié Ariel.