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Poésie

Le passant de Vaulx-en-Velin, Roland Tixier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Février 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le pont du change

Le passant de Vaulx-en-Velin, Editions Le Pont du Change, décembre 2011, 12 € . Ecrivain(s): Roland Tixier Edition: Le pont du change

C’est pourtant pas Venise, ni – tiens – Montpellier, ce Vaulx-en-Velin, même pas Dunkerque en hiver ! C’est – images qui nous viennent – barres grises de HLM, quartiers « sensibles », émeutes… climat d’entre Rhône et Saône, mélangé, un peu rude, sans les saveurs du midi ; l’ordinaire du continental frisquet ; autoroutes qui filent ou, vers la neige, ou, vers le sud :

« et puis au lointain

de multiples voies

carrefour du sud »

Alors, si, en plus, on en fait des poèmes ! Déjà que depuis Le sous préfet aux champs, pour beaucoup d’entre nous, poésie rime plutôt avec campagne…

Et bien, c’est réussi ! Avant d’avoir ouvert la première page du petit livre sobre de chez Le Pont du Change, on est intrigué, on y passe l’œil, et, laissant l’ordi, la lecture du Monde du jour, le ménage, ou que sais-je encore, on s’arrête (le beau mot pour dire : lire), on traverse, on marche, on accompagne ce « passant de Vaulx-en-Velin », et c’est un vrai bonheur.

Ce jardin d'encre, Bernard Noël

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Février 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Ce jardin d’encre, poèmes publiés en français et en espagnol (traduction Sara Cohen), photographies de François Rouan (http://francoisrouan.net/), Cadastre8zéro, 2011 . Ecrivain(s): Bernard Noël


« à quoi bon maintenant savoir qu’un trajet n’est pas un sujet

que tout va par sauts par tournants sans qu’il y ait un but pour autant

d’ailleurs c’est toujours un contre but que cherche à promouvoir la langue

comme si elle préférait la bouche actuelle à la suivante

alors que l’espèce est indifférente à qui la perpétue

tant pis il est trop tard pour s’engager ici à mots perdus »


Chaque mot dans ce livre est un mot gagné sur la chute, sur la nuit, pour le tremblement de ce qui éclot lentement.

L'obscur travaille, Henri Meschonnic

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arfuyen

L’obscur travaille, Ed. Arfuyen, Janvier 2012, Paris-Orbey, 98 p., 9 € . Ecrivain(s): Henri Meschonnic Edition: Arfuyen

Comment parler de la poésie sinon en faisant suivre les citations jusqu’à l’instant où il paraît possible que le poème se fasse entendre ? Pour ma part, j’ai toujours trouvé difficile d’écrire sur l’œuvre d’un poète, parce qu’il y a un feuilletage typique à la poésie, une épaisseur que l’on connaît, à la lecture, mais que n’arrive pas à rendre le flot continu de l’escorte du discours critique.

Cependant, rien n’empêche d’essayer. Et pour le cas présent avec le recueil d’Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, publié cette année par l’éditeur Arfyuen, l’occasion est bienvenue. Et pour pallier aux questions que je soulevais dans mon introduction, j’ai pensé, un moment, faire une lecture approfondie du Meschonnic critique, qui œuvrait depuis 1970 dans le champ de la réflexion sur la littérature et la philosophie, en allant vers ses livres successifs autour de la poétique. Mais pour finir, et pour affronter seul à seul le silence et la quasi nudité des poèmes de cet ultime recueil, j’ai choisi la voie la plus simple, et j’ai lu, espérant pouvoir m’allier assez à l’auteur pour porter un peu de lumière sur les poèmes, sinon, sur la poésie.

Silence, donc, raréfaction des images, peu ou pas de couleurs ou de métaphores, et pour finir une impression de pas dans la neige – deux pieds de neige sur le plancher écrivait Kerouac –, d’une empreinte, laissée par un absent, de la nudité, du soustraire, la recherche d’une quintessence, d’une voix de dedans presque sourde car ténue, labile.

Vide alentour, Jean-Baptiste Pedini

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 27 Janvier 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Encres vives

Vide alentour. Encres Vives (Coll. Encres Blanches n°488) 2011 - 16 pages – Préface de Patrice Maltaverne - Prix 6.10€ . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Pedini Edition: Encres vives

Le vide on ne s’y fait pas, écrit Jean-Baptiste Pedini, en 10 poèmes qui tournent autour de ce vide alentour. Le vide, il le creuse, le fouille, le traque, tente de lui donner forme en quelque sorte, de lui donner sens. Des poèmes comme des corps pour englober ce qui échappe, questionne pourtant, obsède même. Le vide révèle comme une éternelle insatisfaction.


« on décompose espaces

gestes

fouilles au corps

toujours plus simples

toujours à rechercher

d’autres possibles. »

Si rien avait une forme, ce serait cela, Annie Le Brun

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Vendredi, 20 Janvier 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard 2010 . Ecrivain(s): Annie Le Brun Edition: Gallimard


Obscur objet du désir…


« Pour qu’il n’y ait pas d’erreur, je suis toujours au bord du monde, au cœur du vide. Je ne recommence rien. J’aggrave. Et je vais peut-être remonter très loin, puisque nous n’arrêtons pas de revenir de loin. Il n’y a de voyage qu’en deçà, en deçà des racines qu’on exhume de plus en plus pour nous ramener dans les bourbiers du ciel, en deçà des racines contrefaisant les chemins à prendre pour resserrer jusqu’à l’obscénité le nœud coulant de la légitimité. Attention, la vieille intendance est de retour, rafistolée avec de la sève plastifiée et des charretées de positif. Bref, de l’immémorial pour bétaillères à rosiers rampants.

Est-ce d’ici ou de là que je suis partie ? Qu’importe. Ce n’est surtout pas à recommencer. Personne n’a jamais encore rattrapé la merveille intempestive de ce qui vit. Elle fait flèche de tout bois, elle fait cœur de tout sang, elle fait feu de tout être. Et si personne ne m’attend à l’arrivée, il y aura toujours mon ombre pour dire Non ».