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Poésie

Les Forêts de l'impossible, Jean Orizet

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Cherche-Midi

Les forêts de l’impossible (œuvre en prose 1), 2011, 466 p, 21 € . Ecrivain(s): Jean Orizet Edition: Le Cherche-Midi

Encyclopédiste, archiviste, promoteur, éditeur, Jean Orizet est un passeur, passeur de poésie, passeur de vie, passeur de vies et d’œuvres.
Poète lui-même et méta-poète, il est l’inventeur de l’entretemps.
Qu’est-ce que l’entretemps ? Par le mot-valise, le concept est construit. L’entretemps est une création. Fil rouge, lien initiatique, accord fraternel, l’entretemps dénote une ambition modeste et une lucidité audacieuse.
Depuis le voyageur absent jusqu’à la publication récente du tome 1 de ses Œuvres en prose, JO, (Je Olympien – qu’il me pardonne) cultive la terre des mots, les siens et ceux des autres, pour, génér(h)eusement, offrir à la dégustation quelques millésimes choisis. Les géants tutoient les méconnus et la dégustation savante suggère des découvertes.
Ici sont rappelées les valeurs sûres. Ainsi les grands crus : Apollinaire, Blanchot, Bonnefoy, Borges, SJ Perse, Bosquet, Char, Gracq, Mallarmé, Michaux, Césaire, Nerval, Neruda, Pessoa, Prévert, Reverdy, Rimbaud, Rilke, Valéry, Verlaine, Virgile, Segalen…
Et là s’offrent à la main tendue : Kowalski, Levet, Brauquier, Cavafis, et… Fred.
JO ouvre grande la fenêtre à Fred. Qui est donc Fred ?

Damier du destin, Gilles Lades

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Poésie, Les Dossiers, Etudes, La Une CED

Damier du destin, Encres Vives n°386, septembre 2010

Dans Damier du Destin, les pions deviennent des oiseaux et les joueurs abandonnent le jeu des miroirs, ne reste qu’une ample respiration, un fil qui se déroule, à la fois fragile et solide car il noue une éternité à une autre

la vallée vouée à ton silence
à ton frisson qui s’arrête à mi-mort
à l’étrange paix de la clôture sans limite
du ciel qui tombe en semaisons de lettres
livres ouverts pulvérisés
fragments de phrases tous égaux indifférents
que le vent même a quittés

Quel beau poème ciselé comme une pierre,  le sculpteur s’appelle Temps et même lui finit par disparaître pour ne laisser que la pierre, qui devient douce, douce et lisse au toucher de l’eau, douce et légère au toucher de l’air

J'ai les ailes de l'aigle blanc, Christian Saint-Paul

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, Encres vives

J’ai les ailes de l’aigle blanc, Encres Vives éd. n°384, Juillet 2010 . Ecrivain(s): Christian Saint-Paul Edition: Encres vives



Ce long poème, qui commence ainsi :

« En moi j’ai découvert
ce miroir noir
qui dissout l’inutile »


se lit d’un seul coup, sans presque reprendre souffle, tellement il nous tient suspendus à la beauté et à la fluidité des mots, à ce langage qui est lui-même souffle. Le chevalier dont il est question n’ignore pas dans sa quête que la vie et la mort puisent à la même source, et l’homme qui écrit, fait de ses mots des ailes, qui le portent, le transportent, tel l’aigle blanc et noir. Et alors même que l’esprit connaît le moyen de s’élever, l’homme reste lucide cependant à sa condition de tâtonneur terrestre.

Quand je me deux, Valérie Rouzeau

Ecrit par Jean Bogdelin , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Quand je me deux, Le temps qu’il fait 2009 112 p 16 € . Ecrivain(s): Valérie Rouzeau

Le titre n’est qu’apparemment étrange, car la poète vous donne la clé pour entrer dans son jeu. Avant de servir de titre à son recueil, c’était le titre d’un poème mélancolique, numéro sept de la table de matière qu’elle écrit fête. La table (de matière) devient avec elle comptoir, et le comptoir invite à compter. Lieu vraiment ludique comme tous les poèmes qu’elle compte : Eden, Deux, Trrois, Cat, Tinq, Chiche, Fête, etc… Pourquoi Eden ? Eden signifie dit-elle Un en tchèque. Pour la signification des autres chiffres il faut au préalable lire les poèmes. Voilà une invitation très sérieuse au jeu. Fête pour sept, le septième poème du recueil donne le ton au reste. C’est une fête pour le langage.
Je me deux, c’est la présentation façon Rouzeau de Je me dueulx, présent du verbe se douloir en très vieux français. Ce verbe est signalé dans le poème avec le vers  La bonne couleur douce de la paille d’avant le temps de se douloir. L’orthographe très instable, comme vous verrez, date du temps de Villon, chez qui on peut trouver par exemple dans son Grand Testament des mots qui rimeraient avec : myeulx, vieultx, cieulx, eulx… Mais cela pouvait s’écrire myeulx encore : Je me duel. Voilà qui nous emmène tout près du titre. Et à titre personnel, rien ne vous empêche de constater que le temps dont on se deult, c’est du temps doulu, et à vous demander pourquoi un verbe aussi riche de sens a été perdu. C’est la tâche du poète de ressusciter un tel verbe, puis de l’exhiber en couverture.

La quête infinie de l'autre rive, Sylvie Kandé

Ecrit par Theo Ananissoh , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

La quête infinie de l’autre rive, Ed. Gallimard Continents noirs, 2011, 107 p., 13,90 € . Ecrivain(s): Sylvie Kandé Edition: Gallimard

C’est sous-titré « épopée en trois chants » ; une manière juste de décrire cette œuvre vibrante de sensibilité et tout en rythme. La quête infinie de l’autre rive est pour ainsi dire un récit sans cesse sur mer. Quand les hommes sont décrits les pieds sur la terre ferme, c’est qu’ils sont au bord de l’océan, dans la fièvre des préparatifs du départ, ou à l’arrivée, au terme d’une immense expédition, débarqués sur une terre inconnue.

L’ouvrage est dédié à Joseph Ki-Zerbo, un des grands historiens africains. L’auteur elle-même a fait des études de lettres classiques et d’histoire. Celle-ci fonde son récit. On ne peut en comprendre tout à fait la trame sans le rappel d’un fait semble-t-il historique. C’est un épisode de l’histoire de l’empire du Mali (XIIIè-XVè siècle) fondé par le fameux Soundiata Keïta ; empire extrêmement vaste qui s’étendait sur les territoires actuels du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée, de la Mauritanie et d’une bonne partie de la Côte d’Ivoire. L’un des descendants de Soundiata, Aboubakar II, vers 1310-1312, organise deux expéditions pour, dit-on, voir les limites de l’océan. La première disparaît sans laisser de trace ; la seconde qu’il dirige lui-même… C’est justement ce qu’entreprend de conter Sylvie Kandé dans La quête infinie de l’autre rive.