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Poésie

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.

Pas revoir suivi de Neige rien, Valérie Rouzeau

Ecrit par Jean Bogdelin , le Jeudi, 18 Juillet 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Pas revoir suivi de Neige rien de Valérie Rouzeau (2010, 146 p. 7€) . Ecrivain(s): Valérie Rouzeau Edition: La Table Ronde

Une réédition en poésie contemporaine n’est pas courante, mais Pas revoir l’a été plusieurs fois depuis 1999. Publié à l’origine par les éditions Dé bleu il a été repris en 2010 par La Table Ronde qui a ajouté Neige rien (2000 éditions Unes), heureuse initiative, car Pas revoir est un écrit très intimiste concernant la poète elle-même, son adieu au père, alors que Neige rien c’est son autre versant, consacré à ceux qui n’ont rien. Neige rien se prononce, dit-elle : N’ai-je rien.
Valérie Rousseau avait 32 ans quand elle a percé avec Pas Revoir. Son audience ne fait que grandir depuis, amplifiée en plus par ses activités de traductrice, comme d’Ariel de Sylvia Plath, de chez Gallimard, dont nous avons parlé. Notre poète a décidé avec beaucoup de bravoure dès ses débuts de vivre de la poésie, et y réussit.
Pas revoir n’est pas un recueil habituel de poèmes à sujets multiples. Il s’agit d’un seul et vaste poème composé de 79 chants à sujet unique, la mort du père racontée par une petite fille, autant de séquences qu’on peut lire, ou plutôt déclamer, comme la poète le fait également pour ses autres poèmes*. Car il s’agit de poèmes à écouter, parfois accompagnés de musique, voire de mise en scène. On se rend dès lors compte de leur éclatante nouveauté.

J'aime, Nane Beauregard et La Manouba, Solange Mézan

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 11 Juillet 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, P.O.L, Editions Léo Scheer

J’aime, Nane Beauregard, Editions POL, 2006, 93 pages, 9 € La Manouba, Solange Mézan, Editions Léo Scheer, 2011, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nane Beauregard Edition: P.O.L

 

 

Une psychanalyse sans coulpe.

J’aime de Nane Beauregard est un bloc sans vide, plein d’amour. Dans le bloc, résistant à toute entropie, circule le fluide vital au milieu de deux êtres : l’auteur(e) et son objet-sujet, Un livre, un hymne, un grand poème. Un texte n’est pas choisi par POL ou Léo Scheer par hasard : il lui faut beaucoup de singularité, et de singularités. Original à force d’être banal : la ligne voulue par Beckett n’est pas seulement inscrite en filigrane, elle est ici une force de création et d’expression.

Un bloc et un seul point. Un point, et « ce n’est pas tout », ne clôt rien, il ouvre. Un point final n’a pas de fin, pas de but. A quoi bon faire le point ? Dérèglement de tous les sens ? Time is out of joint : le temps est sorti de ses gonds. Le temps de la vie est un entre-temps. S’y plonger.

Vaguedivague, Pablo Neruda

Ecrit par Alhama Garcia , le Jeudi, 04 Juillet 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Gallimard

Vaguedivague, traduit de l’espagnol (Chili) par Guy Suarès, juin 2013, 186 pages . Ecrivain(s): Pablo Neruda Edition: Gallimard

On ne veut dire ici rien d’autre que l’exceptionnelle actualité de cette œuvre relativement peu connue de Pablo Neruda (peut-on dire du Canto General qu’il est connu – combien d’entre nous l’ont lu… en entier ?).

C’est le premier sursaut qui vient après la lecture de Estravagario, Vaguedivague dans la traduction de Guy Soarès, une réédition en format de poche de l’édition de 1971. Soixante années après son écriture… il aurait pu être écrit l’année dernière.

On se place sur le plan de l’écriture poétique. Tout texte questionne à sa mesure et ses propres forces les thèmes abordés : le fil tendu entre sujet et sujet, leurs liens, les enchevêtrements sont la première raison, une des premières, qui nous motive à lire (et (ou) à passer à l’acte d’écriture). Pablo Neruda écrit en je, variant registres et tonalités, mais sur des thèmes presque obsessionnels, en accordant au sujet un rôle capital, d’observateur, de témoin, d’acteur. La manière, l’extension, l’espace dans lesquels les thèmes du fragment d’œuvre qu’est un livre, ici un recueil de poésie, se développent, nous confirment si la tension de l’écriture du sujet par le sujet perdure à travers les décennies ou les continents. Les thématiques finalement assez resserrées assurent à ces divagations une cohérence presque obsessionnelle, entre le je et le texte, précisément, et une pertinence remarquable.

La tendresse, Jacques Ancet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, publie.net

La Tendresse, publie.net, collection Temps Réel, janvier 2011, 120 pages, 3,49 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net

 

Voyez le pianiste Nelson Freire, lorsqu’il joue : ses mains à chaque instant font comme – exactement comme – si elles dessinaient, sans tremblement, sans même l’esquisse d’un vacillement, un cercle parfait.

Et Nelson Freire, quand il se met au piano, transforme chaque morceau en une seule phrase musicale, avec ses différents tempi, faisant ressentir à quel point l’ampleur du mouvement (mouvement de vie, mouvement d’eau, mouvement de lumière) donné à la partition par ses mains, et l’extraordinaire précision dans cette ampleur confèrent à chacun des accords confiés à l’ivoire, aux cordes et au bois du piano son identité indivisible. Sa particularité secrète. Qui irradie en nous. Soudain. Cet accord, dans cette irradiation par quoi il paraît totalement, de toute son unicité, se voyant renvoyé au monde duquel il ne peut s’extraire et qui est constitué de la totalité des accords (et du silence, sans quoi rien ne peut se dire, d’une musique qui, pour ne rien vouloir dire, signifie tout, suivant l’adage steinerien). Au monde qui loin de nier sa singularité la façonne de bout en bout.