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Méta Mor Phose ?, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) le 21.05.19 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Méta Mor Phose ?, Alain Marc, Z4 Éditions, février 2019, 280 pages, 17 €

Méta Mor Phose ?, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

 

 

Arrêtons-nous sur le titre : « Méta » constitue l’élément du grec « meta » signifiant « ce qui dépasse, englobe » (un objet de pensée, une science). En l’occurrence il désigne dans « Méta Mor Phose ? » d’Alain Marc le processus créatif qui transcende l’existence emportée dans le flux de l’Écrire. « Mor Phose » ressortit à la forme de/d’une existence transfigurée ici par la création en cours, scripturaire. Méta Mor Phose : le mot est formellement décortiqué : pesé et relèvera/révélera la puissance de son sens dans la lecture à voix haute. La route entamée sur le chemin du cri par Alain Marc se poursuit dans la traversée intarissable d’un chemin de l’Écrit/de l’Écrire dont la quête est douloureuse (« douleur/de l’inaccompli ») mais « vitale » (cf. Il n’y a pas d’écriture heureuse, Alain Marc, Éd. Le Petit Véhicule, Revue Chiendents n°109, septembre 2016, Cahiers d’arts et de littératures).

« Méta Mor Phose ? » renvoie au cycle des « poèmes à dire et à crier » dans le travail d’écriture d’Alain Marc : quatre poèmes : La Porte du des / tinÉcrireÀ la recherche de l’arche perdue, et le Désir écartelé, qui viennent augmenter La Poitrine étranglée et Poème pour les ouvriers, publiés aux éditions Le Temps des Cerises en 2005. L’ensemble, performé en 2002 au Théâtre en l’Air à Abbeville Saint-Lucien, évolue dans l’acheminement d’une écriture à l’œuvre dont le processus cyclique globalisant ne saurait être, comme dans toute Œuvre scripturale/artistique, entravée par une démarche systémique. Le poète dramaturge essayiste Alain Marc offre régulièrement des éclairages sur l’évolution de son parcours d’écriture via son site (*) notamment, en l’occurrence dans ce nouveau livre publié par Z4 Editions via une ‘Préface’, la présentation du ‘premier projet’, une ‘postface’, des ‘préalables’ formant des éléments d’exégèse littéraire proposés par l’auteur, écrivain et lecteur public, « voyageur (viscéral) de la littérature (Écrire le cri, Alain Marc, éditions L’Écarlate, 2000, préfacé par Pierre Bourgeade dédicataire de l’essai avec Henri Meschonnic). L’illustration de couverture réalisée par le peintre Jacques Cauda initiateur du « mouvement surfiguratif » offre par son triptyque rutilant deux portraits de cette métamorphose embrasée, le troisième volet figurant par son horizontalité le couchant de la vie où la verticalité de l’être finit par reposer. Mais, ces trois volets constituent les trois pièces sécables d’une même création Surfigurative, tel chaque livre du poète s’achemine, fragment après fragment, vers l’Œuvre, cette Aube (impossible « point du jour ») poursuivie tout au long du Voyage d’une Vie – voyage inachevé mais avançant ardemment et sans relâche « à la recherche de l’arche perdue » vers le pied de l’arc-en-ciel.

La citation en exergue d’Antonin Artaud, extraite du Cahier de Rodez n°16, évoque la souffrance constitutive de l’être existentiel voué à s’appuyer sur la volonté « sans comprendre le pourquoi ». « Carné d’incarné de volonté osseuse sur cartilage de volonté rentrée », écrivait Artaud. À l’instar du « poète noir », Alain Marc « travaille dans l’unique durée » où se déroulent les métamorphoses, où ses « voix intérieures » s’entendent dans ce laps d’effroi/de tremblement total de l’Être pris dans les béances du doute et de la folie sans cesse à refranchir vers l’acharnement à vivre l’Écrire / à écrire le Vivre. Le « sujet  particulier » au sein du théâtre bruyant du monde écoute et entend résonner en lui ce qui sépare le réel de son moi, ce qui s’opère, s’exécute cruellement entre son « moi et sa déformation personnelle des fantômes de la réalité ».

La référence à la figure tutélaire d’Antonin Artaud ne s’arrête pas là, avec un lien foncier postulé entre poésie et théâtre, Alain Marc proposant de réactualiser la proximité des deux genres « dans un nouvelexpressionnisme ».

Poésie orale, voix du corps de l’écrivain, poésie vivante incarnée sur scène, proférée dans le corpus de récits dont les textes racontent au final une histoire – ainsi Alain Marc définit-il son écriture dans un éclairant ‘Argumentaire scénique’ augural, émaillé de références éloquentes (outre Artaud, la tragédie grecque, Racine, Victor Hugo, Maïakovski, Valère Novarina).

Un « sujet (…) prend (ici) parole et réagit » contre le monde, armé de sa révolte, de sa rage d’écrire : de vivre, IL raconte ce qui sur-gît dans une Méta Mor Phose où le cri remue l’être en sa nuit, depuis « la porte entrebâillée » de l’Enfance avec ses rêves volés par « Le monde des adultes » jusqu’à franchir encore « la porte Du Des / Tin », « Écrire » opiniâtrement (« la seule solution », la seule issue de secours) pour crier « La Plaie béante » dans une « Traversée violente » dans un dédoublement douloureux du moi éprouvé et du moi qui ne parvient à se révéler (au monde et à lui-même), habité de « voix intérieures », « trop fortes »… corps intégral – chair sensuelle et âme dénudée entièrement nouées – vrillant de vertige jusqu’à la chute de l’amour manqué « Esclave /de son Désir /Écartelé ».

L’amour se révélant impossible, l’Écrire, la « seule solution », quel autre recours dès lors tenter dans le « combat (de la vie) en cours » que de « retransmettre les paroles du monde » qui dans un paradoxe brûlant dépossèdent / aliènent / tiennent ce qui s’insuffle entre lecture et création : la voix de l’Écrire ?

« Méta Mor Phose ? » soulève fondamentalement les strates lyriques, le questionnement poétique, d’une tectonique qui lame notre palpitant et « touche le fond de l’infini »… poursuivant le désir vers son « issue béante » dans une « permanente métamorphose du charnel » et des transformations fantomatiques du moi…

 

Murielle Compère-Demarcy

 

(*) http://alainmarcecriture.free.fr

 


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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.