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Biographie

Souvenirs (et) Le chemin du serpent, Torgny Lindgren

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 16 Janvier 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Récits, Actes Sud

. Ecrivain(s): Torgny Lindgren Edition: Actes Sud

Souvenirs, récit traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes Sud, novembre 2013, 235 pages

 

Le serpent, chemin faisant

Livre arraché à Torgny Lindgren par un éditeur, comme il l’explique dans une scène burlesque au seuil de ce volume, c’est à une drôle d’expérience de lecture que nous confrontent les mémoires de l’écrivain suédois, qui ne cesse d’insister sur son indifférence à la vérité tout en égrenant des scènes de son enfance puis de sa vie d’écrivain auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de prêter foi. D’un côté, donc, l’ouvrage paraît éclairer le lecteur français sur les mœurs et l’atmosphère du Västerbotten, province natale de l’écrivain qui est notamment le cadre du Chemin du serpent et l’une des sources de son univers et de sa langue poétique. De l’autre, l’autobiographie, qui s’affirme irriguée de fiction, pourrait bien ne proposer là qu’un trompe-l’œil, en offrant au lecteur naïf en quête de sources et de clés le tableau d’une province toute romanesque et intime.

Malraux & Picasso, une relation manquée, Raphaël Aubert

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Malraux & Picasso, une relation manquée, Infolio, Collection Archigraphy Poche, 2013, 9 € . Ecrivain(s): Raphaël Aubert

 

L’histoire des arts fourmille de « relations manquées », à l’instar de celle, plus générale, de tous les hommes qui se cherchent et ne se trouvent finalement pas quand tant d’étincelles auraient pu crépiter entre eux. Et l’on se demandera encore longtemps ce que certains auraient pu se dire s’ils avaient seulement pu ou su se parler. Celle que Raphaël Aubert radiographie n’est pas, parmi de nombreuses autres au XXe siècle, la moins intéressante en termes de ratage. Car il faut attendre la mort de Picasso pour que Malraux en vienne enfin à mesurer l’ampleur d’un peintre qu’il a à peine côtoyé et longtemps ignoré. Dès l’introduction de son livre, Raphaël Aubert énonce clairement ce qui fait obstacle entre eux deux : d’une part, sur le plan esthétique, le relatif « conservatisme » de Malraux qui délaisse des pans entiers de la modernité picturale et plastique au nom du seul Georges Braque ; d’autre part, sur le plan politique, une fois l’ennemi commun du nazisme abattu, l’aveuglement communiste de Picasso, qui achoppe sur l’orientation gaullienne de Malraux, farouchement opposé à Staline.

Le simple préserve l’énigme, Jacques Chessex

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 07 Décembre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

Le simple préserve l’énigme, précédé de Vrac par François Nourissier, 84 pages, 9 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Gallimard

 

« L’âge venant pour moi, toutes ces années, je vois que je me suis simplifié pour plonger au plus complexe. […] J’aime le simple aéré et qui aère, le simple puits des profondeurs, le simple sous lequel bougent toutes les complexités, le secret le plus opaque, tous les possibles, la fureur, le vertigineux scandale, de l’existence et du rien. J’aime cette phrase de Heidegger : le simple préserve l’énigme ».

Selon un proverbe, « le temps est une lime qui travaille sans bruit ». Sans bruit certes, sans trace non. Ainsi, l’écoulement du temps travaille l’extérieur et l’intérieur de l’être, et, vieillissement aidant, le temps de prendre du recul, de la hauteur, par rapport à soi et aux autres, par rapport aux événements, se fait jour peu à peu. La déchéance de son corps rappelle à l’homme qu’il est mortel. Omnes vulnerant, ultima necat. La fonte des glaciers fait parfois ressortir un événement oublié, la fonte du temps dévoile la réelle dimension de l’existence humaine, avec pour corrélat, l’ajustement du regard. Ainsi, le verbe puissant et magnifique, Jacques Chessex parle, avec, dans ses yeux bleus, de cette distance que permet le glissement du temps.

Histoire de ma vie, tome I, Casanova en La Pléiade

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 24 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire, La Pléiade Gallimard

Histoire de ma vie, tome I, édition sous la direction de Marie-Françoise Luna avec la collaboration de Gérard Lahouati, Furio Luccichenti et Helmut Watzlawick, Bibliothèque de la Pléiade, n°132, 14 mars 2013, 1488 p . Ecrivain(s): Giacomo Casanova Edition: La Pléiade Gallimard

 

Qui était vraiment Casanova ? Cet homme se cache, au cours de sa vie tempétueuse, sous de multiples masques : « [v]énitien, beau parleur, imposteur, séducteur, homme de lettres »… Et s’il est, d’où qu’on le regarde, l’une des éminentes figures d’aventuriers « qui traversent le XVIIIe siècle », c’est également parce qu’il a conçu, envisagé, vécu l’écriture comme une aventure, dans la façon qu’il a eue de retranscrire et l’élan de sa vie et le luxe de détails qui en ont fait le goût ; un goût qui est saveur, tant il est vrai que Casanova apparaît, selon la formule de Zweig, comme l’homme « le plus vivant de tous les vivants ».

L’écriture, une aventure ? Et non des moindres. Jugez plutôt : « [v]oyageur infatigable, parfois pourchassé par la police, [Casanova] franchit les frontières, change d’apparence selon les circonstances, et même de nom »… Etc. (Etc.) Et c’est tout cela qui est retranscrit.

Camus, Herbert R. Lottman

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 15 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

Camus, traduit de l’anglais (USA) par Marianne Véron, septembre 2013, 1056 pages, 22 € . Ecrivain(s): Herbert R. Lottman Edition: Le Cherche-Midi

Le 24 novembre 1978, il y a 35 ans, Bernard Pivot ouvrait le 167ème numéro de son émission Apostrophes par cette phrase : « Si on avait pris le pouls de Camus et de Mauriac, je suis sûr qu’on aurait entendu battre le monde ». Parmi les invités : Marie Susini, romancière, Louis Guilloux, grand ami d’Albert Camus et célèbre écrivain breton, Guy Dumur, critique dramatique, alors chef du service littéraire du Nouvel Observateur, ainsi que trois grands spécialistes de Mauriac et un élève du Lycée Racine, Bruno Blanckeman, âgé de 17 ans, jeune lecteur à l’époque.

Le sujet du jour : une biographie énorme d’Albert Camus, un pavé lourd de Herbert R. Lottman, un américain.

La première biographie consacrée à Albert Camus fait débat : on lui reconnaît des défauts, des qualités aussi. Certains sont dithyrambiques « le travail est splendide », mais les désaccords fusent : peut-on rester objectif ? On reproche a Lottman d’avoir essayé de ne jamais prendre parti, de rester neutre. L’enquête qu’il a menée auprès de ceux qui ont connu Camus est qualifiée d’« enquête policière » froide. Guy Dumur est estomaqué : « Cette biographie est curieuse et bouleversante pour ceux qui ont connu Camus ». Certaines erreurs sont pointées – des détails, bien sûr – on va reprocher à Lottman de ne pas être allé au fond des choses.