Identification

Biographie

John Dos Passos, archives du XXe siècle

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 31 Janvier 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA

John Dos Passos, archives du XXe siècle, entretien réalisé par Hubert Knapp et réunis par Jean José Marchand : John Dos Passos, coffret 1 DVD/Collection Regards, Editions Montparnasse, 2 janvier 2014, 15 €

 

John Dos Passos, né le 14 janvier 1896 à Chicago, mort le 28 septembre 1970 à Baltimore, à la fois écrivain et peintre, avait autant de plaisir à accorder des interviews qu’à rendre visite à son dentiste. Aversion fort regrettable s’il en est – à tout le moins à l’endroit des interviews – car, face à la caméra, il captive autant qu’il séduit.

Pour s’en convaincre, il suffit de visionner le document, enregistré en septembre 1969, à « Spence’s Point », nom donné à sa propriété située en Virginie à proximité de la rivière Potomac : assis sur un banc, proche de son jardin, il narre son amour des plantes, des légumes et des fleurs ; il évoque également ses origines, son père, surnommé « le commodore » et aussi sa mère. Avec pudeur, il confesse son admiration pour ses parents et, surtout, pour son père qui, en l’occurrence, lui apprendra très tôt le culte du travail. John Dos Passos se lève ainsi chaque matin à 06h30 et se met à écrire dès 07h30.

Mon Prochain, Gaëlle Obiégly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, Verticales

Mon Prochain, septembre 2013, 185 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Gaelle Obiégly Edition: Verticales

 

Difficile de résumer Mon Prochain qui n’est pas plus un récit autobiographique, ni même à proprement parler un journal intime, qu’un roman, même si la narratrice, « écrivaine » se dédoublant parfois avec « [son] amie Gaëlle », semble l’alter ego de l’auteure.

Gaëlle Obiégly, s’affranchissant des genres littéraires comme de la chronologie, a construit en effet un étrange texte éclaté procédant par associations, ricochant d’un fragment à l’autre, dans lequel elle entremêle de multiples petites expériences prétextes à des ébauches de fictions possibles dont une seule, l’histoire de pinceloup, sera vraiment développée sur plusieurs chapitres mais de manière aléatoire et désordonnée. Des expériences faisant aussi surgir des souvenirs et naître des réflexions.

Gaëlle Obiégly explore notre monde au travers des perceptions de sa narratrice qui l’observe sans a priori, avec l’attention ingénue d’un enfant et une totale disponibilité. Elle se laisse ainsi dériver, s’abandonnant à ses sensations, à l’écoute de ce que lui dictent les choses, et des idées qui se forment sur son chemin. Une errance qui, au gré de son imagination, la conduit de Paris à Los Angeles, à Dublin ou en Turquie, et la fait divaguer dans l’espace mais aussi dans le temps.

Souvenirs (et) Le chemin du serpent, Torgny Lindgren

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 16 Janvier 2014. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Récits, Actes Sud

. Ecrivain(s): Torgny Lindgren Edition: Actes Sud

Souvenirs, récit traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes Sud, novembre 2013, 235 pages

 

Le serpent, chemin faisant

Livre arraché à Torgny Lindgren par un éditeur, comme il l’explique dans une scène burlesque au seuil de ce volume, c’est à une drôle d’expérience de lecture que nous confrontent les mémoires de l’écrivain suédois, qui ne cesse d’insister sur son indifférence à la vérité tout en égrenant des scènes de son enfance puis de sa vie d’écrivain auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de prêter foi. D’un côté, donc, l’ouvrage paraît éclairer le lecteur français sur les mœurs et l’atmosphère du Västerbotten, province natale de l’écrivain qui est notamment le cadre du Chemin du serpent et l’une des sources de son univers et de sa langue poétique. De l’autre, l’autobiographie, qui s’affirme irriguée de fiction, pourrait bien ne proposer là qu’un trompe-l’œil, en offrant au lecteur naïf en quête de sources et de clés le tableau d’une province toute romanesque et intime.

Malraux & Picasso, une relation manquée, Raphaël Aubert

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Malraux & Picasso, une relation manquée, Infolio, Collection Archigraphy Poche, 2013, 9 € . Ecrivain(s): Raphaël Aubert

 

L’histoire des arts fourmille de « relations manquées », à l’instar de celle, plus générale, de tous les hommes qui se cherchent et ne se trouvent finalement pas quand tant d’étincelles auraient pu crépiter entre eux. Et l’on se demandera encore longtemps ce que certains auraient pu se dire s’ils avaient seulement pu ou su se parler. Celle que Raphaël Aubert radiographie n’est pas, parmi de nombreuses autres au XXe siècle, la moins intéressante en termes de ratage. Car il faut attendre la mort de Picasso pour que Malraux en vienne enfin à mesurer l’ampleur d’un peintre qu’il a à peine côtoyé et longtemps ignoré. Dès l’introduction de son livre, Raphaël Aubert énonce clairement ce qui fait obstacle entre eux deux : d’une part, sur le plan esthétique, le relatif « conservatisme » de Malraux qui délaisse des pans entiers de la modernité picturale et plastique au nom du seul Georges Braque ; d’autre part, sur le plan politique, une fois l’ennemi commun du nazisme abattu, l’aveuglement communiste de Picasso, qui achoppe sur l’orientation gaullienne de Malraux, farouchement opposé à Staline.

Le simple préserve l’énigme, Jacques Chessex

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 07 Décembre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

Le simple préserve l’énigme, précédé de Vrac par François Nourissier, 84 pages, 9 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Gallimard

 

« L’âge venant pour moi, toutes ces années, je vois que je me suis simplifié pour plonger au plus complexe. […] J’aime le simple aéré et qui aère, le simple puits des profondeurs, le simple sous lequel bougent toutes les complexités, le secret le plus opaque, tous les possibles, la fureur, le vertigineux scandale, de l’existence et du rien. J’aime cette phrase de Heidegger : le simple préserve l’énigme ».

Selon un proverbe, « le temps est une lime qui travaille sans bruit ». Sans bruit certes, sans trace non. Ainsi, l’écoulement du temps travaille l’extérieur et l’intérieur de l’être, et, vieillissement aidant, le temps de prendre du recul, de la hauteur, par rapport à soi et aux autres, par rapport aux événements, se fait jour peu à peu. La déchéance de son corps rappelle à l’homme qu’il est mortel. Omnes vulnerant, ultima necat. La fonte des glaciers fait parfois ressortir un événement oublié, la fonte du temps dévoile la réelle dimension de l’existence humaine, avec pour corrélat, l’ajustement du regard. Ainsi, le verbe puissant et magnifique, Jacques Chessex parle, avec, dans ses yeux bleus, de cette distance que permet le glissement du temps.