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Biographie

Le simple préserve l’énigme, Jacques Chessex

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 07 Décembre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

Le simple préserve l’énigme, précédé de Vrac par François Nourissier, 84 pages, 9 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Gallimard

 

« L’âge venant pour moi, toutes ces années, je vois que je me suis simplifié pour plonger au plus complexe. […] J’aime le simple aéré et qui aère, le simple puits des profondeurs, le simple sous lequel bougent toutes les complexités, le secret le plus opaque, tous les possibles, la fureur, le vertigineux scandale, de l’existence et du rien. J’aime cette phrase de Heidegger : le simple préserve l’énigme ».

Selon un proverbe, « le temps est une lime qui travaille sans bruit ». Sans bruit certes, sans trace non. Ainsi, l’écoulement du temps travaille l’extérieur et l’intérieur de l’être, et, vieillissement aidant, le temps de prendre du recul, de la hauteur, par rapport à soi et aux autres, par rapport aux événements, se fait jour peu à peu. La déchéance de son corps rappelle à l’homme qu’il est mortel. Omnes vulnerant, ultima necat. La fonte des glaciers fait parfois ressortir un événement oublié, la fonte du temps dévoile la réelle dimension de l’existence humaine, avec pour corrélat, l’ajustement du regard. Ainsi, le verbe puissant et magnifique, Jacques Chessex parle, avec, dans ses yeux bleus, de cette distance que permet le glissement du temps.

Histoire de ma vie, tome I, Casanova en La Pléiade

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 24 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire, La Pléiade Gallimard

Histoire de ma vie, tome I, édition sous la direction de Marie-Françoise Luna avec la collaboration de Gérard Lahouati, Furio Luccichenti et Helmut Watzlawick, Bibliothèque de la Pléiade, n°132, 14 mars 2013, 1488 p . Ecrivain(s): Giacomo Casanova Edition: La Pléiade Gallimard

 

Qui était vraiment Casanova ? Cet homme se cache, au cours de sa vie tempétueuse, sous de multiples masques : « [v]énitien, beau parleur, imposteur, séducteur, homme de lettres »… Et s’il est, d’où qu’on le regarde, l’une des éminentes figures d’aventuriers « qui traversent le XVIIIe siècle », c’est également parce qu’il a conçu, envisagé, vécu l’écriture comme une aventure, dans la façon qu’il a eue de retranscrire et l’élan de sa vie et le luxe de détails qui en ont fait le goût ; un goût qui est saveur, tant il est vrai que Casanova apparaît, selon la formule de Zweig, comme l’homme « le plus vivant de tous les vivants ».

L’écriture, une aventure ? Et non des moindres. Jugez plutôt : « [v]oyageur infatigable, parfois pourchassé par la police, [Casanova] franchit les frontières, change d’apparence selon les circonstances, et même de nom »… Etc. (Etc.) Et c’est tout cela qui est retranscrit.

Camus, Herbert R. Lottman

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 15 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

Camus, traduit de l’anglais (USA) par Marianne Véron, septembre 2013, 1056 pages, 22 € . Ecrivain(s): Herbert R. Lottman Edition: Le Cherche-Midi

Le 24 novembre 1978, il y a 35 ans, Bernard Pivot ouvrait le 167ème numéro de son émission Apostrophes par cette phrase : « Si on avait pris le pouls de Camus et de Mauriac, je suis sûr qu’on aurait entendu battre le monde ». Parmi les invités : Marie Susini, romancière, Louis Guilloux, grand ami d’Albert Camus et célèbre écrivain breton, Guy Dumur, critique dramatique, alors chef du service littéraire du Nouvel Observateur, ainsi que trois grands spécialistes de Mauriac et un élève du Lycée Racine, Bruno Blanckeman, âgé de 17 ans, jeune lecteur à l’époque.

Le sujet du jour : une biographie énorme d’Albert Camus, un pavé lourd de Herbert R. Lottman, un américain.

La première biographie consacrée à Albert Camus fait débat : on lui reconnaît des défauts, des qualités aussi. Certains sont dithyrambiques « le travail est splendide », mais les désaccords fusent : peut-on rester objectif ? On reproche a Lottman d’avoir essayé de ne jamais prendre parti, de rester neutre. L’enquête qu’il a menée auprès de ceux qui ont connu Camus est qualifiée d’« enquête policière » froide. Guy Dumur est estomaqué : « Cette biographie est curieuse et bouleversante pour ceux qui ont connu Camus ». Certaines erreurs sont pointées – des détails, bien sûr – on va reprocher à Lottman de ne pas être allé au fond des choses.

AutoGRObiaphie, Pierre Dupuis

Ecrit par Patryck Froissart , le Samedi, 12 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

AutoGRObiaphie, Editions Racine et Icare, juillet 2013, 130 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): Pierre Dupuis

 

 

L’auteur est-il obèse ? Il l’écrit, tout en déclarant immédiatement qu’il n’en fait jamais mention dans ses écrits…

Je ne parle jamais de mon obésité dans mes nouvelles, pourtant elle est là, partout, larvée, prête à jaillir.

En souffre-t-il ? Il le dit aussi, une fois pour toutes, en avant-propos. Point final ?

C’est ma blessure.

Et voici qu’elle s’expose, cette obésité, qu’elle s’impose, qu’elle explose dans le titre, en gros et en gras.

« autoGRObiaphie »

Le dernier été d’un jeune homme, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 01 Octobre 2013. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Flammarion

Le dernier été d’un jeune homme, 25 septembre 2013, 270 pages, 18 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Flammarion

 

 

En cette année du centenaire de la naissance de l’illustre écrivain, Salim Bachi offre un deuxième regard algérien sur Camus avec Le dernier été d’un jeune homme. Un hommage moins critique que celui rendu par Salah Guemriche dans Aujourd’hui Meursault est mort, mais qui n’a rien des célébrations monolithiques habituelles. C’est en outre un roman à part entière même s’il s’appuie sur l’œuvre de Camus publiée dans la Pléiade*, sur ses correspondances et ses notes prises au cours de son voyage vers l’Amérique du Sud, et sur les biographies d’Olivier Todd et de Michel Onfray. Pour tenter de comprendre le « personnage énigmatique » de l’écrivain et son œuvre, Salim Bachi s’intéresse surtout à la psychologie de l’homme marqué par son enfance algérienne, à son environnement familial, aux événements qui ont forgé son âme adolescente, aux livres qui ont enflammé son imaginaire… Et, très habilement, il lui confie le « je » de la narration, procédé romanesque idéal pour donner à ses propos des accents de sincérité convaincants.