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Biographie

Les cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940, Marie Faucher

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Carnets Nord

Cahiers de Lili Rose, neuf ans en 1940. Ed. Carnets Nord. 208 p. 17 €. Janvier 2012 . Ecrivain(s): Marie Faucher Edition: Carnets Nord


Cahiers d’enfance. Juin 1940. Région parisienne. La «drôle de guerre» touche à sa fin. Un seul espoir, l’exode vers le Sud. L’indicible horreur a pris, elle aussi, le convoi en marche. Mort, souffrance, peur, privation, chagrin. Mots et perception d’enfant au bout de son crayon, Marie, à la demande de sa mère, témoigne, sur ses cahiers, crayon en main : « Je m’appelle Marie-Julie Rosenrot, j’ai neuf ans. […] On vit tous ensemble à Robinson pas loin de Paris, Papa, Maman, Boum et Pierrot, et Mémé qui est la mère de ma mère. […] C’est la guerre ! Voilà ! C’est comme ça la guerre, et nous dedans ! Et nous on est encore vivants et à côté ils sont morts » ! […] Je me rappelle que le 3 juin, il y a eu un très gros bombardement, et avec Boom et Pierrot on regardait par la fenêtre ; on ne voulait pas descendre à la cave, on voulait voir tomber les bombes sur Billancourt. Je sais que c’était le 3 juin parce que tout le monde répétait : «Le terrible bombardement du 3 juin.» Et nous les enfants, on n’avait même pas peur du tout. Les parents, oui.»

Calligraphie des rêves, Juan Marsé

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 16 Janvier 2012. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Christian Bourgois

Calligraphie des rêves, traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, 412 p. 20 € . Ecrivain(s): Juan Marsé Edition: Christian Bourgois


Une lettre à l’adresse indécise, mal adressée, un messager hésitant entre la littérature et la musique, deux manières d’exprimer la moelle d’une réalité qu’il préfère placer à côté, ou mettre de côté. Un mal entendu, le doigt manquant, celui qui échappe à Ringo, l’empêchant de devenir pianiste et/mais l’obligeant à s’appliquer à tenir le stylo entre pouce et majeur, ne pas écrire n’importe quoi, repasser la phrase dans sa tête, avant de jeter les mots : chacun aura sa place comme les notes sur une portée : « (…) l’autre (main) s’obstine à cacher, avec pudeur, la première annotation, quand, attentif à d’autres échos et à un autre rythme, il décide de corriger et de préciser davantage. (…) Il croit que ce n’est que dans ce territoire ignoré et abrupt de l’écriture et de ses résonances qu’il trouvera le passage lumineux qui va des mots aux faits, endroit propice pour repousser l’environnement hostile et se réinventer soi-même » (p.207).

L’ « art de bien écrire », la transmutation. Fixer des rêves comme des vertiges, les laisser s’imprégner de réalité : « (…) C’est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l’oubli » (p.19).

Une année studieuse, Anne Wiazemsky

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 06 Janvier 2012. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Une année studieuse, janvier 2012, 262 p., 18 € . Ecrivain(s): Anne Wiazemsky Edition: Gallimard

 

Eté 1966, Anne Wiazemsky, 19 ans, fille du Prince russe Yvan Wiazemsky et petite-fille de François Mauriac, prépare son bac pour la nouvelle session fixée à l’automne de la même année. Au détour d’un cocktail d’été organisé dans les jardins de la Maison d’édition Gallimard, elle rencontre François Jeanson. « [Il] rendait vivant n’importe quelle pensée abstraite. Des concepts ardus s’incarnaient, devenaient accessibles. Il faisait le lien entre la philosophie, les philosophes et notre vie quotidienne, en 1966 ». En écho à sa demande, le philosophe accepte immédiatement de lui donner des cours de rattrapage en vue de ses prochains examens. Au cours de leurs discussions, Francis Jeanson n’aura de cesse de marteler : « Précise ta pensée » ; ce conseil, Anne Wiazemsky s’en rappelle aujourd’hui encore.


Ce même été 1966 voit également la naissance de sa magnifique histoire d’amour avec le cinéaste Jean-Luc Godard. Son décor, les paysages et les senteurs du Sud de la France ; son cadre, la belle demeure de son amie Nathalie :

L'enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 17 Décembre 2011. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Récits, L'Olivier (Seuil)

L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur. Trad. (anglais USA) Jakuta Alikavazovic. Octobre 2011. 228 p. 20 € . Ecrivain(s): Lila Azam Zanganeh Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Que faire de mieux, quand on écrit un livre qui porte le nom de bonheur dans son titre, que d’en faire un livre plein de bonheur ? Lila Azam Zanganeh n’y manque pas ! Son Nabokov, l’Enchanteur, est un remède contre toute forme déclarée ou pernicieuse, de déprime.

Ce livre est d’abord, bien sûr, une déclaration d’amour passionné à Vladimir Nabokov. « C’est là que j’ai découvert la texture du bonheur ». Rien moins ! Il nous faut avouer que cette entrée surprend a priori : Nabokov n’est pas – toujours – l’écrivain qui incarne le bonheur dans notre imaginaire de lecteur. On y voit volontiers des ombres, des malaises, une sexualité compliquée. Humbert Humbert, le héros de Lolita, ne symbolise guère un ciel sans nuage ! Non. C’est ailleurs que Lila Azam Zanganeh va chercher, au cœur de l’œuvre du maître, une source intarissable de bonheur. «  La joie profonde qu’inspirent Lolita ou Ada prend sa source ailleurs, dans une expérience de la marge et des limites (au sens quasi mathématique d’ouverture), qui devient celle de la poésie. Et cette poésie est félicité ou, comme le disait VN dans sa langue maternelle, en russe : blazhenstvo »

La France d'Alphonse Boudard, Pierre Gillieth

, le Mardi, 13 Décembre 2011. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

La France d’Alphonse Boudard, (Avant-propos de Michel Déon de l’Académie française), Editions Xenia (Coll. La France de), 139 p, 14 € . Ecrivain(s): Pierre Gillieth

 

Alphonse Boudard est peut-être quelque peu oublié. Cependant que les amateurs de style et de faconde continuent à le révérer.

Un style épris d’argot, travaillé et à nouveau travaillé, jusqu’à être sans doute réinventé, à la manière de Céline, dont Alphonse Boudard était en effet grand admirateur et qu’il avait rencontré à plusieurs occasions par l’intermédiaire d’Albert Paraz, qui fut son ami, son compagnon en tubardise, celui qui, ayant repéré son talent, l’aida autant qu’il le lança dans le monde des lettres. Mourir d’Enfance fut primé par l’Académie française.

Décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent pour son comportement héroïque à la bataille de Colmar, Alphonse Boudard connut toutefois la prison, où il fit régulièrement du séjour, condamné pour fausse monnaie et fausses cartes de restriction, braquage et « refourgue de photos et films cochons ». Il fréquenta la truanderie, les « potes à la sauce scoumoune » dont il tira de truculents portraits, tout en rétablissant la vérité, crue et sordide, loin de la légende, façon polar ou Série noire, qui les nimbe.