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Articles taggés avec: Mahdi Yasmina

L’Échelle de la mort, Mamdouh Azzam (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 12 Mars 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Échelle de la mort, Mamdouh Azzam, trad. de l’arabe par Rania Samara, éd. Sindbab/Actes Sud, parution 8 janv. 2020, 12,80€

 

Moisson funeste

Le roman commence par une séquestration. Une trappe, invisible aux yeux, recouvre un trou creusé profondément, dans lequel la jeune Selma est quasiment enterrée vivante. Les geôlières (des femmes de sa propre famille), lacèrent les habits de leur prisonnière, emballent de la nourriture dans des lambeaux de ses vêtements, qu’elles lui jettent à travers la trappe. Ainsi, débute l’histoire tragique de Selma, son agonie atroce dans l’air pétrifié de la cave verrouillée. Nous apprenons lentement l’existence et la survivance de coutumes implacables, de la brutalité des privilèges d’une famille sur une autre, du droit de vie et de mort sur autrui. Des mœurs patriarcales sévissent en toute impunité, les jeunes filles « fautives » en meurent (dans des conditions épouvantables). Du reste, les familles sont bannies à jamais et déshéritées. Le jeune garçon – le promis de Selma -, éprouvé par le deuil, la perte de sa bien-aimée, subit un viol. L’auteur syrien Mamdouh Azzam, néanmoins, dédicace L’Échelle de la mort, son dernier livre, à son père.

Puisque voici l’aurore, Annie Cohen (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Roman

Puisque voici l’aurore, Annie Cohen, éditions des femmes-Antoinette Fouque, janvier 2020, 160 pages, 14 €

 

La mort de la maladie

Dans le dernier livre d’Annie Cohen, Puisque voici l’aurore – dont elle illustre la couverture, où l’on voit l’orée d’un bois la nuit, ou, vu en plongée, un paysage arboré où d’étranges figurines se tapissent –, l’auteure compare l’écriture à « un crash sur la feuille du carnet noir » – peut-être l’évocation du choc d’un avion qui s’écrase dans le désert de l’Algérie en guerre ? Annie Cohen transpose des fragments de présent, ajournés, dans la réduplication de l’acte d’écrire, son activité principale, qui la relie à son passé, au Mexique, aux Caraïbes, à l’Algérie. La narratrice porte des « bracelets en argent », le signe d’appartenance des Kabyles et des nomades, ainsi qu’une « chaîne en or », celui des Algérois citadins. Les mots sont sous escorte, depuis « la morsure aigüe, vivace » du scorpion, la morphine pour en diminuer la douleur, les antidépresseurs pour réguler les humeurs, des « effluves de cannabis » pour apaiser les traumatismes, « une canne », « un infirmier » pour se diriger après « les suites de l’AVC ». A. Cohen dit « je » pour « toute une vie d’écriture marquée de dépression et de réappropriation ». Et elle l’affirme « du haut de la judéité, comme un fondement ».

Strange vagabond, who knows not what to seek, Étrange vagabond qui ne sait pas quoi chercher, John Bradburne (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 13 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Poésie

Strange vagabond, who knows not what to seek, Étrange vagabond qui ne sait pas quoi chercher, John Bradburne, éditions Paradigme, 2016, bilingue, préface Yves Avril, David Crystal, trad. Didier Rance, 96 pages, 9,80 €

 

Un vagabond céleste

Yves Avril et David Crystal, dans leur préface, évoquent la vie et l’œuvre de John Bradburne, né dans le Cumberland en 1921, dont l’existence est à la fois emplie de fracas, de travaux rudes et disqualifiés, de lumière et de talent – « administrateur, infirmier, conseiller, animateur spirituel, chef de chorale, croque-mort » et d’écriture de « plus de 4000 poèmes (…) plusieurs d’entre eux (…) longs de plusieurs milliers de vers ». L’on apprend qu’à la manière d’un apôtre, John Bradburne se dévoue à assister les lépreux en Rhodésie, jusqu’à son assassinat en 1979. La traduction est assurée par David Rance qui intitule ce corpus de poèmes Étrange vagabond qui ne sait pas quoi chercher, titre qui n’est pas sans rappeler Kerouac (1922-1969) et sa quête spirituelle de « clochard céleste ».

La Grande Galerie des monstres, Aude Le Pichon (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 07 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Seuil Jeunesse, Critiques, Les Livres, Jeunesse

La Grande Galerie des monstres, Aude Le Pichon, octobre 2019, 88 pages, 18 € Edition: Seuil Jeunesse

 

La chimère et l’enfant

Ce très bel album jeunesse de grand format, doté d’un titre intrigant, La Grande Galerie des monstres, et d’une couverture picturale, annonce une sorte de musée imaginaire de l’épouvante et du surnaturel. Trente-sept espèces de prodiges monstrueux sont répertoriées. L’enfant trouvera ainsi plusieurs catégories de créatures extraordinaires, réparties selon les continents, les croyances et les époques – de l’antiquité au monde contemporain –, issues de cultures diverses. Comme l’indiquent le sommaire et la typologie de fantaisie, ces monstres sont soit multiples, hybrides ou uniques. L’ouvrage s’ouvre sur la chimère, qui est sans doute l’archétype de l’animal fabuleux, ici une bête tricéphale, à la fois lion, chèvre et serpent, sculptée à Arezzo, 380-360 av. J.-C.

La visite de la grande galerie commence donc par cette rencontre et se termine par la représentation contemporaine d’une fresque murale urbaine. La chimère, qui est aussi une hallucination et une vanité, se trouve au cœur de l’admirable recueil de Baudelaire, Petits Poèmes en prose, Chacun sa chimère, qui débute ainsi :

Ma muse n’est pas à vendre, Ivan Kouratov (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 09 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Russie

Ma muse n’est pas à vendre, Ivan Kouratov, éditions Paradigme, octobre 2019, trad. komi, Yves Avril, 176 p. 19,80 €

Poésie authigène

Ma muse n’est pas à vendre est le titre de l’édition bilingue du chantre de la poésie komie, Ivan Kouratov (1834-1875), en-tête qui indique la volonté de probité du poète. Sébastien Cagnoli, dans sa préface, dresse un portrait rapide et concis de l’histoire du peuple komi ou zyriène, et de ses traditions orales et littéraires. Nous apprenons que la poésie est célébrée en tous lieux, voire « en plein centre commercial, le dimanche » (ce qui n’est, hélas, guère le cas en France !).

Yves Avril, le traducteur, nous renseigne sur le poète ainsi que sur la création « d’une langue littéraire (…) des peuples mal connus ou enfouis dans de puissants ensembles plus ou moins assimilateurs ».

Le premier poème commence par une ode au peuple et à la langue komis – un sonnet d’amour et d’espoir. L’eau, la barque présagent sans doute des péripéties terrestres, et le sapin figé profondément dans le sol, de la pérennité ou du destin. La forme octosyllabique revient souvent, mais les rimes sont irrégulières, il ne s’y trouve pas le même nombre de pieds ; certains vers sont élaborés en rimes croisées, qui alternent. Le sens est parfois prédicatif :