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Articles taggés avec: Mahdi Yasmina

Le Courage des rêveuses, Jacqueline Merville (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Septembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Récits

Le Courage des rêveuses, Jacqueline Merville, éditions des femmes Antoinette Fouque, octobre 2021, 80 pages, 10 €

« Ainsi l’enfant dormait sans un mot, sans un pli. Il allait commencer l’énorme inscription. Il allait essayer l’énorme exception, le long resurgement de l’homme enseveli » (Péguy, Ève)

 

La boucle du temps

Le Courage des rêveuses, de Jacqueline Merville, texte court, dense, profond, illustré d’une encre de Valentin Hauben, se lit comme un « récit-poème ». Une circularité se constitue à travers des gestes répétitifs et surtout la mémoire. L’eau est l’élément ennemi, invasif, liquide dévorateur, soit provoqué par l’orage, la crue naturelle ou le dérèglement climatique. L’ancien monde disparaît, un nouveau surgit, plane, dévasté, abrasé. L’on retrouve un peu l’ambiance de La Jetée de Chris Marker, un fort contenu imagé, la face d’une réalité (terrible), des moments de vie partiels, dans lesquels les souvenirs viennent dans le désordre avec de nombreux sauts dans le temps. Au bout du souvenir, des visages de femmes émergent… L’écrit renâcle, piaffe, fait du surplace puis repart, attrape des mots comme des papillons, au vol, ou des fleurs rares, au ralenti, dans la quête d’une « survivante chanceuse ».

Un secret, Magdalena, Elsa Oriol (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 17 Septembre 2021. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse

Un secret, Magdalena, Elsa Oriol, éditions L’Étagère du bas, septembre 2021, 32 pages, 14 €

 

Le pot-aux-roses

Dès l’ouverture de ce remarquable album jeunesse, riche de 32 pages, aux dimensions de 24,5 cm x 30,5 cm, le mot secret s’affiche sur la 2ème et la 3ème de couverture, sous forme de messages confidentiels, dépliés et froissés, assez nombreux (plus de 40). Ces bouts de papier relatent un morceau d’histoire de Paul et de Laura, les deux principaux protagonistes. L’on peut y lire Journal secret intime, ou pitié dis-moi ton secret, tu sais pas garder un secret, etc., griffonnés avec une écriture enfantine et colorée. La graphiste et illustratrice Elsa Oriol brosse de véritables tableaux, à la peinture à l’huile, ce qui est assez rare. L’on peut voir le jus de la matière pour le motif des cheveux, par exemple, le grattage du fond (des sols), le tout assorti de tons poudreux, mats, bistres, rehaussés de bleus ciel, de jaunes paille.

La cité de mon père, Mehdi Charef (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 10 Septembre 2021. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

La cité de mon père, Mehdi Charef, éditions Hors d’atteinte, Coll. Littératures, août 2021, 230 pages, 17 €

Se tracer une route

La destinée était déjà tracée d’avance pour Mehdi Charef, celle d’un futur travailleur, circonscrit aux tâches manuelles des immigrés, « la seule chose que notre père nous ait transmise » : une assignation sociale, un déterminisme de classe, raciste, suite à une politique colonialiste et un profond mépris. La discrimination et le déni des droits de l’homme ont été soigneusement appliqués pour les « solvables » à merci. L’appartement HLM a été la récompense suprême pour avoir participé à construire dans l’anonymat les fondations de presque tous les bâtiments de France, et de s’être abîmés, pour les pères maghrébins, africains, sur tous les chantiers publics ou privés.

Dans La cité de mon père, le 7ème roman de Mehdi Charef, il s’agit d’abord de « franchir l’océan de l’exil ». Pour le père, de s’échapper d’un continent, l’Algérie, d’un village, « Ouled Charef, dachra de la montagne », d’une condition, « berger », de franchir les déserts, les plaines, la mer, de subir l’exil pour ce géniteur qui a « le regard fixe d’une statue ». De partir du pays confisqué dans lequel « des grandes personnes, misérables, indigènes comme nous, nous repoussaient comme des chiens, à coups de bâtons », « sous les yeux de familles de colons aux paniers pleins de victuailles que le spectacle aurait amusés ».

À mon père, mon repère, Fawaz Hussain (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 03 Septembre 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

À mon père, mon repère, Éditions du Jasmin, septembre 2021, 206 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Fawaz Hussain

 

Los

Dans son nouveau livre, Fawaz Hussain s’adresse à son père, un repère pour lui, le fils, un point d’ancrage, un jalon, en un los élogieux : « océan d’amour sans rivage, immensité de bonté ». Il saisit la figure d’un homme rare, cavalier, à la dentition en or, « autrefois une ornementation faciale très courante chez les femmes transitionnelles-traditionnelles (…) un signe de prestige » (Fatima Ayat, Horizons Maghrébins n°25/26, 1994). Cette mode très appréciée a été depuis dépréciée à cause de l’occidentalisation du Maghreb, puis redevenue l’apanage de riches rappeurs internationaux, adeptes de grillz, prothèses en or et incrustations de pierres précieuses. Fawaz Hussain aborde de nouveau sa filiation avec le peuple kurde, dont la présence et la civilisation sont anciennes.

La langue du pic vert, Chantal Dupuy-Dunier (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 27 Août 2021. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

La langue du pic vert, Chantal Dupuy-Dunier, éditions La Déviation, août 2021, 284 pages, 20 €

 

Le discours aux oiseaux

La langue du pic vert, le premier roman de Chantal Dupuy-Dunier, traite de la volonté d’un jeune homme d’élaborer un langage crypté et un discours aux oiseaux. Ainsi, Sylvain Breuil, le héros – « s’il vint » du « bois », – se trouve en lien avec le monde sylvestre, par hétéronomie, dans le sens où l’entend Kant, c’est-à-dire dans une dépendance à l’égard de mobiles pathologiques sensibles ou d’une loi extérieure. Ici, il est dépendant d’une passion ornithologique, qui n’était prédestinée ni par son milieu ni par ses études. Son intérêt pour l’univers des picidés prend forme durant le commencement de l’amnésie de son père. Pour Sylvain, cette préoccupation fébrile vient combler le néant de la maladie d’Alzheimer, et encore le néant et l’absence de sa mère morte en couches.