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Articles taggés avec: Leuckx Philippe

L’Anneau de Chillida, Marilyne Bertoncini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, mai 2018, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marilyne Bertoncini

 

« Mes anneaux de souvenance » guident le lecteur vers le centre de l’entreprise poétique de Marilyne Bertoncini, vouloir dans l’esprit d’une « genèse » de soi, rameuter comme le ferait l’éclair de magnésie les ombres et les profils, et les reliefs de ce qui s’est perdu. Ainsi en va-t-il de Leyla, lors d’une quête insensée. Ainsi en va-t-il des marques de l’été, au coin des terrasses, pour s’appesantir sur les moindres changements, tropismes de l’âme de celle qui peut écrire :

 

Le matin s’avance masqué dans l’ombre

des nuages

Lente l’aube s’étire dans les ramures grises (p.46)

Ce que le bleu ne sait pas du fragile, Anne-Marielle Wilwerth (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Ce que le bleu ne sait pas du fragile, Éditions Le Taillis Pré, 2019, 98 pages, 14 € . Ecrivain(s): Anne-Marielle Wilwerth

 

Sur le papier, toutes les garanties : un bon éditeur, une belle présentation graphique, un auteur chevronné, dont on avait apprécié le dernier livre de poèmes, et, hélas, à l’arrivée, des déconvenues à lire et relire cet ensemble de poèmes, lestés de clichés, de « qui, que, dont, où, ce qui » quasi à toutes les pages de ces sizains. Ajoutons-y la lourdeur de participes présents, l’abus d’adjectifs qui font poétique, les métaphores au génitif, les termes qui font philosophique (l’inécrit, l’inachevé, l’inouï, l’inattendu, l’informulé, l’intranquille, l’inchoisi), l’abus de ne… que restrictif… sans oublier les infinitifs nominalisés (le devenir…).

On voudrait aimer ; on voit les chevilles, les tics de langage, la suavité doucereuse, les naïvetés, voire les coutures.

Je connais des îles lointaines, Louis Brauquier (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 08 Avril 2019. , dans La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Les Livres, Poésie

Je connais des îles lointaines, mai 2018, 576 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Louis Brauquier Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Voici les « poésies complètes » d’un fou de Marseille et des voyages, explorateur né des contrées, son travail dans les Messageries Maritimes lui fait humer la mer et les lointains comme personne, à la fois en expert, en poète, en sensuel ouvert à l’autre monde (« la nuit de l’Amérique » ou « le vent d’Egypte (qui) sent le sable »). Mais il n’a pas négligé son port d’attache, sa ville phocéenne, dont il illustre l’âme, les quais, les places, avec ce pointillisme aigu des « souvenirs/ qu’une montée de crépuscule » avive ; et parfois, dans l’odeur d’un café, il fait bon s’arrêter : « asseyons-nous… pour reposer vos yeux/ Je veux que vous tourniez vers l’ombre votre tête ;/ Nous boirons des anis ruisselants et joyeux » (p.129).

Fidèle aux normes classiques, à la prosodie, ouvert à d’autres formes non rimées, comme il l’est assez facilement aux sollicitations du monde : « goût de forêt vierge », « l’insolite a crié pendant la méridienne », ou encore cet amoureux des rencontres renouvelées avec un passé enfui : « Rencontré Guastalla dans la rue Paradis/ où le temps du lycée et plus d’un demi-siècle ?/ Jeune, il avait un doux visage de marrane » (p.432).

Piranhas, Roberto Saviano (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 03 Avril 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Piranhas, octobre 2018, trad. italien Vincent Raynaud, 368 pages, 22 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Gallimard

 

Le titre original, sans doute plus complexe et évocateur, La Paranza dei Bambini, évoque tout à la fois un terme de pêche, puisque la « paranza » est cette pinasse ou embarcation de pêche, dite aussi balancelle, un vocable culinaire, le fruit de la paranza, et aussi le symbole d’un groupe qui tire sens et profit de l’ensemble de ses membres. Les enfants ou adolescents du livre forment, il est vrai, proche de la « mer qui baigne Naples » comme dirait Ortese, un réseau mafieux avec scooters, armes, planque, codes, chef, tabous et interdits, sang de frères partagé, etc.

Quand de jeunes recrues napolitaines se mettent à mimer les parrains de la camorra, comme les séquences époustouflantes de Gomorra dans Scampia (un des quartiers du nord de Naples, proche de Secondigliano) ont pu nous le montrer dès 2006, entre les mains d’adultes. Ici, fléchissement notable, c’est du côté des très jeunes que les méfaits se passent, dans une extrême violence aussi.

Cachées par la forêt, Éric Dussert (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, La Table Ronde

Cachées par la forêt, octobre 2018, 576 pages, 22 € . Ecrivain(s): Éric Dussert Edition: La Table Ronde

 

Ce livre qui rend hommage à des écrivaines oubliées par le monde des lettres ou introuvables en librairie prend la forme d’un véritable dictionnaire chronologique de ces femmes talentueuses que de nombreuses circonstances ont « cachées » du parcours régulier, à l’ombre de grands noms ou de personnalités qui se sont mises en avant.

De Ono No Komachi (825-900) à Emma Dante (1967), l’essayiste dresse un beau bilan de noms à sauver de l’oubli même si la sentence qui clôt nombre de notices s’intitule « Aucun livre de * n’est disponible ».

Beaucoup de découvertes, et aussi plusieurs noms qui sonnent leur reconnaissance, je n’en veux pour preuves que ceux d’Inès Cagnati, de Grazia Deledda, de Marguerite Audoux, de Christiane Rochefort. Les auteures du Jour de congé ou des Petits enfants du siècle sont de nouveau éclairées et ce n’est que justice.