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Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 08 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir, pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ». Mot, du reste, réservé au genre féminin, associé, sans doute dans l’imaginaire collectif, aux fluctuations brusques et imprévisibles de l’humeur, aux larmes (non, aux pleurnicheries), à l’instabilité… alors que le mâle, lui, est solide et raisonnable, accroché au réel – l’autre, décrochant et rêvant…

Arguments d'un désespoir contemporain, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Hermann

Arguments d’un désespoir contemporain, 156 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Hermann

C’est un livre à l’image de ces eaux noires, vivantes par en-dessous, mais presqu’immobiles à l’œil ; mystérieuses, attirantes ; celles qui essaiment sur le grand plateau de Millet : Millevaches - Millesources. On les regarde, partagés entre fascination et crainte ; elles font partie d’un autre nous, lointain ; elles murmurent les origines ; elles n’invitent pas à la baignade…
Un essai, ce petit livre dense ? C’est à la fois plus vivant et plus personnel – l’homme, l’écrivain habitent chaque page, en une genèse pudique et un peu austère – on imagine qu’on aurait pu l’intituler : « souffles », « cri », ou simplement « dires ».
C’est âpre, rugueux comme le granite, bousculant comme le « Jean d’Auvergne » qui sature le Limousin en hiver ; en même temps, le son a la pureté d’un cristal. On retrouve, là, dans cet « arguments… » l’itinéraire et l’œuvre de cet auteur, définitivement haut perché, à part, dans la grande littérature.
Livre d’amour de la littérature et de la langue, qu’il faut mériter, et, pour moi, le chemin a été dur, car il faut en passer par deux ou trois choses qui sont en Millet, qui le façonnent, qu’on sait de lui, qu’on n’aime pas vraiment ! « la foule… relents de produits de chez Mac Donald… diverses sortes de métis… créolisation générale… vacarme ».