Identification

Articles taggés avec: L_ Petauton Martine

La fille de la pluie, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Série Noire (Gallimard), Polars, Roman

La fille de la pluie, octobre 2013, 271 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Série Noire Gallimard ; la crème des Polars, donc. Qui dit roman policier, entend meurtre, ou, mieux, assassinat – du rouge, encore du rouge ; une enquête rondement menée, par un type (pas trop, une femme) à la pipe entre les dents. A la fin, après moult méandres, on chope l’assassin, qui, souvent, n’est pas celui auquel vous pensiez. On peut en profiter – c’est mieux – pour distiller deux ou trois tranches de vraie vie dans les faubourgs de L.A., ou chez les bouchers de Montrouge ; ça s’appelle faire du sociétal.

Un policier, c’est ça, mais pas celui-là.

Là, c’est construit à l’envers : le mort n’arrive qu’à la fin ; l’enquête est pour le tome II à venir, mais, il n’y a pas une page, sans que vous n’attendiez le meurtre, le suicide, l’assassinat spectaculaire, si ce n’est multiple. Vous avancez, pris à la gorge : « sûr, ce sera… », et ce n’est toujours pas !

Réussi, au cordeau, cet opus oscillant entre suspense, sociologie rurale, éclairage psychologique de tréfonds pas bien nets. Au bout, un magistral roman noir, qui marche sur d’autres chemins que ceux de tout le monde.

Au risque de Millet…

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 14 Novembre 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

C’est sans doute l’arrivée massive de commentaires vindicatifs au bas de mes critiques sur les livres de Richard Millet, et la difficulté de répondre en utilisant les miettes conformes au discours-FB qui m’engage dans cette chronique / réflexion.

Que dit-on ? Un écrivain, certes et de grande pointure, mais, « dans le paquet », un homme avec qui il est vraiment difficile de partager « la moindre » valeur, sauf, évidemment, l’amour de la littérature et de la langue… c’est ce qui est dit. C’est ce que je pense aussi. Mais il y a de ci, de là, un son différent, celui d’un rejet total et visiblement non négociable de ceux qui « recrachent » et disent : « pas une seule ligne de ce type ne sera jamais lue par moi »… Respectable, mais, comme on dit dans la langue FB justement : – je ne partage pas. Pour autant, ça m’interroge, ça me titille assez pour que la lectrice que je suis se retourne vers son « moi littéraire ». J’aime Millet, pourquoi, comment ? Itinéraire, avec un « s », s’il vous plaît !

Une artiste du sexe, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 04 Novembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Une artiste du sexe, octobre 2013, 231 pages, 17,60 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Gallimard

 

Millet et le sexe. Millet et les femmes, ou plutôt « la » femme selon Millet… Encore ? diront certains. Ne nous a-t-il pas habitués – mais s’y habitue-t-on ? à ces pages, où, habillée d’une langue crue, presque labellisée, l’odeur de son antiféminisme, voire de sa misogynie légendaire nous sautait à la gorge. Alors, encore !!

Oui, mais c’est Millet, et derrière chaque livre se trouve le bouleversement littéraire qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Et ce dernier ouvrage pourrait bien être un millésime-Millet, un très haut. Un superbe.

Histoire sobre, comme toujours avec lui, avec en note de tête « sa » relation très compliquée avec l’affaire… Un écrivain, américain, séjournant en France, a une relation amoureuse, à tout le moins, sexuelle avec une – jeune – Rebecca, d’origine Danoise, « malgré des traits majoritairement asiatiques, un visage plutôt large, des cheveux très bruns mais bouclés… une taille moyenne presque courtaude, comme tant d’Asiatiques, mais sans ces jambes tortes des Japonaises… ». On croirait des pouliches d’un haras, vues par un acquéreur ? tout juste, on est donc bien dans un Millet.

Intérieur, Thomas Clerc

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 16 Octobre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Roman, Gallimard

Intérieur, Gallimard l’arbalète, Juin 2013, 386 pages, 22,90 € . Ecrivain(s): Thomas Clerc Edition: Gallimard

 

Conseil : ne pas laisser traîner ce livre, n’importe où, exposé à l’œil curieux de vos visiteurs… le risque serait trop grand de la salve des « quoi !!! c’est fou ce bouquin ? Tu appelles ça comment ? de la littérature !! »… et d’accompagner le commentaire de rires qui vous moqueront encore, la nuit tombée.

Cet Intérieur est effectivement fou, parfaitement inimaginable, et totalement littéraire. Une sorte d’épice nouvelle jamais goûtée et définitivement adoptée.

Explication qui vaut baptême : l’auteur « a passé ses premiers mois rue de Lille, et se souvient d’avoir entendu, bébé, les plaintes des analysants de Jacques Lacan, dont le cabinet était proche, puis d’avoir habité plus tard rue de Quatrefages, où il reçut les voix de Georges Perec, et de ses Choses, avant d’aménager le 11 Septembre 2001 dans son intérieur… ». 50 m2, rue du Faubourg Saint Martin, et presque 400 pages de… visite ? certainement pas, plutôt de parcours initiatique dans le chez lui de Thomas Clerc. « Autobiographie d’une maison », nous est-il dit.

Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 01 Octobre 2013. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Flammarion

Le cas Eduard Einstein, septembre 2013, 294 pages, 19 € . Ecrivain(s): Laurent Seksik Edition: Flammarion

 

Laurent Seksik connaît bien Albert Einstein, le père d’Eduard, dont il a rédigé une biographie, et les fils et les pères sont souvent son affaire, comme en atteste La légende des fils, un de ses – beaux – et précédents romans. Médecin, la notion de « cas » fait évidemment partie de son univers. Mais, est-ce vraiment cela qui explique la réussite de ce roman-ci ? Fallait-il seulement l’expertise biographique et scientifique pour – à ce point – emporter le lecteur dans la noria à la fois sobre et dense des émotions qu’on garde une fois le livre refermé…

Voyage terrible que celui qu’on commence, accompagnant une mère, abandonnée de son mari, « déposant » au fond d’un asile de Zurich un fils psychotique, probablement schizophrène : Eduard (« ses grands yeux clairs toujours perdus dans le vide »), le cadet d’Albert Einstein et de Mileva. On est en 1930 ; il n’en sortira plus : « Jusqu’alors, elle n’avait pas pleuré. Elle n’était pas encline à la tristesse. Seule, la peur occupait ses pensées, une frayeur immense, une terreur de mère ».