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Articles taggés avec: L_ Petauton Martine

Les étrangers, Sándor Márai

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Pays de l'Est, Roman

Les étrangers, traduit du Hongrois par Catherine Fay, octobre 2012, 445 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sandor Marai Edition: Albin Michel

 

Livre complètement à part, que ce Sandor Marai, publié en 1930. Superbe écriture classique, qui vaudrait modèle pour tellement d’écrivains actuels se pensant aboutis ; modernité totale de la syntaxe, du phrasé, de l’organisation du récit, de son parti pris, aussi, et, pour tout dire, du sujet.

Filiation, certes, dans les pas de Stafan Zweig – cela a été dit, ça et là – mais, aussi, en fond d’écran, passe L’idiot, et cette Suite française d’Irène Némirovsky, qui offre à l’identique une facture parfaitement classique et une étonnante modernité.

L’histoire tient dans le petit sac que l’étranger porte sur le dos, dans son errance française : Hongrois – milieu aisé, intellectuel (le père vit au bord des vignes, en peaufinant un ouvrage d’Histoire, jamais fini, au titre impossible). Lettré et diplômé lui-même, nanti de bonnes études en Allemagne. Il prend le train pour Paris – c’est le début du livre –, et le dernier chapitre le trouve en gare, avec, à la main, un billet retour pour Budapest. Entre les deux, la France de l’entre-deux guerres ; les pérégrinations de ce Hongrois, jeune, dont on ne sait même pas le nom ; ses ressentis, ses rares rencontres.

Le silence, Jean-Guy Soumy

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 09 Avril 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Robert Laffont

Le silence, janvier 2013, 220 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Guy Soumy Edition: Robert Laffont

 

Roman charpenté, classique, à l’ancienne, comme on dirait en ébénisterie ; personnages forts, notamment féminins, cousus, dessus, dessous, solides comme la vraie vie ; odeurs de paysages qui en imposent presque naturellement : campagnes limousines, ou, espaces américains. Normal ; on est là, dans un livre signé Soumy. La qualité sans le battage.

Ce roman-là porte la marque des autres – c’est le propre d’une écriture, et d’un univers, et avance – c’est la marque d’un imaginaire vivant.

Un titre qui bat comme un cœur occupant tout l’espace sonore : « le silence », décliné en une partition complexe et pour ainsi dire infinie : silence qui accompagne le deuil de Jessica, l’américaine, devant le suicide de son mari, qu’elle appelait Alexandre ; silence du passé caché de celui-ci – quelle histoire ! Silence devant les fils, et notamment, Lewis, l’enfant autiste. Silence des recherches, des chagrins, des doutes, qui font un bruit d’enfer – mais qui est ce mari ? Ce qui résonne en chacun d’entre nous ; après le départ, sait-on jamais tout de celui qui est parti ? Assourdissant silence qui, peu à peu, monte, comme en certains concerts, en notes insoutenables, puis, decrescendo, s’apaise.

Les noces clandestines, Claire-Lise Marguier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 26 Mars 2013. , dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

Les noces clandestines, mars 2013, 121 p. 13,80 € . Ecrivain(s): Claire Lise Marguier Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

C’est tout simple, l’histoire de ce livre. On dirait un bout de fait divers, au coin usé d’une feuille de chou de province. Un type en enlève un autre, et le séquestre ; un chapelet de comment… donc… s’ensuit. Le pourquoi tient sa place en fond, flouté.

Mais il s’agit d’un livre – et quel livre ! Il est question de littérature – haute et aboutie ; et d’un jeune auteur, qui signe là – à peine croyable, un premier roman.

« C’était juste avant l’automne, cette saison bancale, entre deux, dont la seule évocation nous jette dans le spleen des poètes. Bonne maman achevait sa vie à l’étage de la maison, allongée dans ses draps souillés qui empestaient l’urine et les chairs en décomposition… ».

On hésite déjà, dès l’entrée du roman, entre la confiture et l’horreur, la vie banale, et ses dessous terribles. On regarde d’emblée, de travers ce gars – prof d’histoire en collège – comme on se pencherait sur la margelle du puits, effrayé, attiré, aussi, par ce qu’il y a au fond.

Deux chambres avec séjour, Ibrahim Aslân

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 20 Mars 2013. , dans Actes Sud, La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays arabes, Roman

Deux chambres avec séjour, traduit de l’arabe (Egypte) Stéphanie Dujols, février 2013, 124 pages, 16,80 € . Ecrivain(s): Ibrahim Aslân Edition: Actes Sud

 

Petit livre aux dimensions du modeste appartement, dont il est question, ici. Petit, mais à la densité extrême de ce qui s’y passe : la vie…

L’histoire tient dans une paire de babouches – usées, familières, posées sur la palier.

Khalil est vieux, usé lui aussi, mais fier de tenir encore debout. Ihsan, est le versant féminin de l’attelage qu’on imagine avec tendresse rouler depuis un bon bout de temps. Ils ne sortent plus beaucoup, ressassent des miettes de souvenirs, se chamaillent pour des riens, conjuguent au passé. Un – doux et tendre – « au théâtre ce soir », sis au cœur du vieux Caire.

Ishan vient à mourir. Portes et fenêtres s’ouvrent sur la rue, les anciens copains, les voisins qu’on connaissait au fond bien peu… Le temps continue sa course au rythme de la pendule des « vieux » chers à Brel…

Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 16 Mars 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Joelle Losfeld, Essais

Cinq femmes chinoises, janvier 2013, 130 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Chantal Pelletier Edition: Joelle Losfeld

 

 

Projet du plus grand intérêt : écrire sur la Chine actuelle, ce géant en devenir, ce dragon flamboyant, qu'on regarde tous. Le faire, par la face - moitié du ciel ; les femmes, sur plusieurs générations.  Entrer dans cet univers, non de l'intérieur de l'empire du milieu, mais, d'ici – regard occidental,  qui décline, mine de rien, une connaissance intime de cette planète étrange, interdite, encore...

La Chine et ses femmes habitent des rayons entiers de littérature occidentale. On a tous été nourris des superbes personnages de Pearl Buck, bien sûr ! D'Han Suyin, et, de la magnifique petite tailleuse échappant, par Balzac, à la Révolution Culturelle, via l'écriture serrée  de Dai Sijie, auteur franco chinois.

On était loin, dans l'ancienne Chine, loin, encore, au temps de Mao.