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Les bios (très) interdites, Vincent Dedienne

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 23 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Flammarion

Les bios (très) interdites, novembre 2016, 240 pages, 17€ . Ecrivain(s): Vincent Dedienne Edition: Flammarion

 

L’art de la dérision

Vincent Dedienne est une des figures montantes de l’humour français. Révélé en 2013 au Montreux Comedy Casting, il devient, de septembre 2014 à juin 2016, le biographe non officiel des invités du Supplément, émission dominicale diffusée sur Canal plus. Les bios (très) interdites, que publient les éditions Flammarion, réunit les meilleurs textes dans lesquels le comédien réécrit les vies d’une petite centaine d’hommes et femmes politiques, d’artistes et autres personnalités qui se sont succédé sur le plateau dirigé par Maïtena Biraben puis par Ali Badou.

Sa plume, Vincent Dedienne la trempe tour à tour dans de l’acide, de la ouate ou de l’absurde – encre décalée et quelque peu surréaliste. Les rires et sourires qu’il provoque savent être tendres et émouvants, comme dans la biographie de Christiane Taubira ou mordants et décapants comme dans celle qu’il consacre à Florian Philippot, vice-président du Front National : « Votre actualité, Florian, quelle est-elle, à part de me faire passer un moment pénible ? »

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 25 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Voyages, Gallimard

Sur les chemins noirs, octobre 2016, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Gallimard

 

A la lueur des « chemins noirs »

Sylvain Tesson nous avait habitués jusqu’ici aux grands dépaysements, aux échappées au cœur des Steppes (Carnets de Steppes, Glénat, 2002), aux voyages solitaires Dans les forêts de Sibérie (Gallimard, 2011). Dans Berezina (Guérin, 2015), il relatait le voyage qu’il fit en side-car avec des amis, sur les traces de la Grande Armée, de Moscou aux Invalides pour commémorer de manière singulière le bicentenaire de la retraite de Russie. Mais voilà, en mai 2014, l’écrivain baroudeur perd sa mère puis, trois mois plus tard, il chute lourdement alors qu’il escalade la façade de la maison d’un ami, à Chamonix. Ses côtes, ses vertèbres et son crâne sont brisés. « Revenu à la vie », puis de longues semaines « corseté dans un lit », il décide alors de traverser la France à pied, du sud-est du pays au nord du Cotentin. Mais pas n’importe comment : en empruntant ces « chemins noirs » – petites lignes que l’on distingue péniblement sur les cartes IGN au 25000e – « réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides ».

La disparition des lucioles (réflexions sur l’acte photographique), Denis Roche

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Essais, Seuil

La disparition des lucioles (réflexions sur l’acte photographique), mai 2016, 204 pages, 25 € . Ecrivain(s): Denis Roche Edition: Seuil

 

La photographie comme vertige.

C’est en 1974 que Denis Roche – écrivain, photographe et éditeur – fonda au Seuil la collection Fiction & Cie, qui réédite, moins d’un an après la disparition de celui qui fut aussi poète, La disparition des lucioles (réflexions sur l’acte photographique), initialement paru en 1982 aux Editions de l’Etoile. Il s’agit d’un livre hybride, entre l’essai théorique et l’autobiographie, d’un livre-patchwork où se côtoient textes, entretiens et préfaces déjà parus, textes inédits et photographies qui interrogent les rapports entre la littérature et la photographie.

Denis Roche est un de ceux – avec Roland Barthes (La Chambre claire, 1980), Gilles Mora, Claude Nori et Bernard Plossu (fondateurs des Cahiers de la photographie) – qui a donné à la photographie ses lettres de noblesse en la considérant non pas à l’ombre de la peinture, comme elle l’a souvent été, mais comme un art à part entière : « Il faudrait d’abord accepter que la photographie ne soit le décalque ou le substitut de rien, qu’elle soit son propre sujet et que ce sujet seul soit son étude, sa définition, sa visée ».

Le Charme des après-midi sans fin, Dany Laferrière

Ecrit par Arnaud Genon , le Mardi, 23 Août 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Zulma

Le Charme des après-midi sans fin, mai 2016, 216 pages, 9,95 € . Ecrivain(s): Dany Laferrière Edition: Zulma

 

Nostalgie pagnolienne en Haïti

Les éditions Zulma rééditent Le Charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière, initialement publié à Montréal, en 1997. Le narrateur, Vieux Os, double de l’auteur au centre de plusieurs de ses romans (L’Odeur du café, 1991, Pays sans chapeau, 1996, Le cri des oiseaux fous, 2000…) nous y raconte sa vie d’adolescent haïtien, à Petit-Goâve au sud-ouest de Port-au-Prince, dans les années 60.

Le roman est avant tout l’occasion de dresser une série de portraits attendrissants, amusants ou grinçants, ceux des figures que le jeune garçon a côtoyées durant son enfance et qu’il peint ici avec une certaine nostalgie. On y trouve d’abord Da, sa grand-mère aimante qui prend soin de lui et qu’entoure une odeur de café, ces cafés qu’elle sirote à longueur de journée et qu’elle offre à ceux qui viennent lui rendre visite. Elle est le cœur (à tous les sens du terme) de son univers, celle autour de qui tourne sa vie. Il y a aussi les amis, Rico et Frantz notamment, l’évocation des premiers amours, des premières déclarations, des secrets que garçons et filles s’échangent. Le notaire Loné qui, dans sa jeunesse, était tombé amoureux de Da et qui s’attache à Vieux Os en qui il voit un garçon à part…

Barbe rose, Mathieu Simonet

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 09 Mai 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Seuil

Barbe rose, mars 2016, 190 pages, 16 € . Ecrivain(s): Mathieu Simonet Edition: Seuil

 

L’ogre-doux

« Je tente d’écrire de l’autobiographie collective ; c’est-à-dire que je mélange mon intimité à celle des autres. Mon écriture à celle des autres. Mon travail est fondé tout autant sur l’écriture que sur le collage de textes ou d’histoires orales qui ne m’appartiennent pas. Je suis un scénographe » (1).

Voici présentée – par lui-même – la singulière entreprise de Mathieu Simonet. Depuis la parution de son premier livre, Les Carnets blancs (Seuil, 2010), il écrit sa vie, la fragmente et la mêle à la vie des autres, à leurs voix. Il orchestre des rencontres, des échanges, il fait circuler des secrets (comme aimait le faire Hervé Guibert). En fait, il propose une nouvelle écriture du « je » qui se construit dans et par le dialogue avec autrui qu’elle convoque, qu’elle provoque. Avec Mathieu Simonet, le « je » devient rapidement un « je » pluriel, un jeu tout court. C’est peut-être la raison pour laquelle son travail nous happe si vite, nous embarque et nous invite à le suivre.