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Les Livres

Le dernier stade de la soif, Frederick Exley

Ecrit par Frédéric Saenen , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

Le Dernier stade de la soif, Préface de Nick Hornby, 446 p., 23,50 € . Ecrivain(s): Frederick Exley Edition: Monsieur Toussaint Louverture

Par le soin qu’ils apportent à leur travail, certains amoureux du livre ébranlent le préjugé si commun qui consiste à ne voir en l’éditeur qu’un illettré doublé d’un mercanti « vendeur de papier ». Monsieur Toussaint Louverture fait partie de cette noble coterie. Le dernier titre inscrit à son catalogue, déjà riche, offre à tous points de vue un incomparable bonheur de lecture.
Il y a l’objet d’abord, que l’on est surpris de dénicher dans une FNAC, isolé en marge des tables débordantes de jaquettes tapageuses et aguicheuses ; isolé, mais enfin, présent. C’est ce qui s’appelle une trouvaille. La couverture est d’un sobre carton gris foulé, dans lequel les caractères typographiques s’enfoncent de quelques microns, donnant à l’ensemble un troublant effet de relief. Et que dire de ce stupéfiant portrait, composé par la mosaïque des lettres d’un nom énigmatique, comme ressassé à l’envi par la figure contrariée que sa répétition maniaque dessine ?
En dernière page, un achevé d’imprimer, qu’on serait tenté de rebaptiser « colophon » au vu de sa sophistication déférente, nous apprend que « l’ouvrage ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur, et son dos, 23 mm ». « Néanmoins, il est immense » s’empresse d’ajouter son maître d’œuvre. Et il n’est que d’aborder la première page pour volontiers le croire sur parole…

L'honorable société, Dominique Manotti, DOA

, le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Série Noire (Gallimard)

L’honorable société, 329 p., 18 euros . Ecrivain(s): Dominique Manotti, DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

Dominique Manotti œuvre dans le roman noir social où elle instruit, avec réalisme, avec acuité, avec, s’il en est, une manière de mélancolie, l’envers de l’histoire contemporaine : le trafic d’armes (Nos fantastiques années fric), la corruption et le football (kop), la politique sécuritaire (Bien connu des services de police)…
DOA s’impose tant dans le thriller à l’américaine (Citoyens clandestins), auquel toutefois il sait donner un supplément d’âme, que dans le polar (Le serpent aux milles coupures) violent et un rien fajardien.
L’honorable société est leur rencontre.
Sur fond d’écoterrorisme, d’élection présidentielle (où, en effet, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est fortuite…) et autour de l’industrie nucléaire, sont dévoilés de certains dessous : les collusions entre la politique et la finance, d’interlopes services de police et autres barbouzeries, les arrangements entre partis supposément opposés, l’abandon du bien public au profit d’entreprises privées… Soit, donc, la généalogie du pouvoir et des logiques de domination qui, sinon par des complots, passent, disons, par des manipulations et un sens de l’intérêt bien compris.

Modèles réduits, Jacques De Decker

Ecrit par Christopher Gérard , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Modèles réduits, Editions de la Muette, 18€. . Ecrivain(s): Jacques De Decker


La lecture de Modèles réduits, de Jacques De Decker, s’apparente à une dégustation de pâtisserie fine. Ce touche-à-tout des Lettres nous propose un recueil de nouvelles, publiées ici ou là (et notamment dans la revue Marginales) où se conjuguent charme, humour et gravité. Nous y suivons Jacques De Decker dans son exploration du Royaume des Belges, contrée étrange, tour à tour attachante et agaçante, aux lisières du ridicule comme aux antipodes du sublime. Qu’il mette en scène le père d’un élu, grabataire (le père, pas le fils qui lui se porte bien) empli d’une ironie féroce pour le « ramassis de politiciens véreux et de démagogues éhontés » que courtise son rejeton ; qu’il raille le tabagisme (« cette folie collective qui a frappé notre culture au moment où elle s’est affichée comme la première au monde ») ou les incohérences de notre STIB régionale, Jacques De Decker ne se départit jamais d’une bonhomie de sceptique désabusé, mais un sceptique qui aime rire, attaché à la vie et à ses plaisirs, dans la plus pure tradition brabançonne. Un « ennemi des certitudes » – attitude typique d’un peuple allergique aux messies – qui scrute les lézardes de notre petit monde ;

Stratégies du détachement, Ariel Denis

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pierre Guillaume de Roux éditeur

Stratégies du détachement, Pierre-Guillaume de Roux Editeur, 2011, 150 pages, 15€ . Ecrivain(s): Ariel Denis Edition: Pierre Guillaume de Roux éditeur

Ariel Denis n’a pas attendu la cause littéraire pour l’illustrer et la défendre. Quoi ? On l’a attaquée ? Allons donc qui l’empêche ? Justement, personne. Personne en particulier. Mais alors :
De quoi faut-il se détacher ? Les réponses d’Ariel Denis sont très claires.
En voici quelques-unes cueillies, çà et là, au milieu de son chant :
– des abominables musiques commerciales planétaires des supermarchés,
– du capitalisme médiatique technologique,
– du grand refroidissement climatique (ironique),
– du totalitarisme sanitaire mondial.
Oui la littérature sert aussi à ça. A gravir une échelle de Jacob pour s’éloigner des contrôles perfides de ce monde ci.
Comment se détacher ? Par l’art. Par l’écriture et, toujours selon Ariel Denis, par, pour exemple :
« La composition d’un ouvrage pareille à la promenade : fluide et rigoureuse à la fois… Trop de liberté nous égare, trop de rigueur nous entrave… Il faut être plaisant au lecteur, comme un bon compagnon de voyage, agrémenter sa route et battre un peu la campagne, sans toutefois perdre son chemin ».

J'ai les ailes de l'aigle blanc, Christian Saint-Paul

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Poésie, Encres vives

J’ai les ailes de l’aigle blanc, Encres Vives éd. n°384, Juillet 2010 . Ecrivain(s): Christian Saint-Paul Edition: Encres vives



Ce long poème, qui commence ainsi :

« En moi j’ai découvert
ce miroir noir
qui dissout l’inutile »


se lit d’un seul coup, sans presque reprendre souffle, tellement il nous tient suspendus à la beauté et à la fluidité des mots, à ce langage qui est lui-même souffle. Le chevalier dont il est question n’ignore pas dans sa quête que la vie et la mort puisent à la même source, et l’homme qui écrit, fait de ses mots des ailes, qui le portent, le transportent, tel l’aigle blanc et noir. Et alors même que l’esprit connaît le moyen de s’élever, l’homme reste lucide cependant à sa condition de tâtonneur terrestre.