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Les Livres

Nouvelles vénitiennes, Dominique Paravel

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Serge Safran éditeur

Nouvelles vénitiennes, 185 pages, 2011 . Ecrivain(s): Dominique Paravel Edition: Serge Safran éditeur


Qu’est-ce qui se trame ici ? Ce petit livre précieux est écrit comme on tisse, l’enchevêtrement des histoires correspond au dédale des rues de Venise, ville morte, ville vive, ville labyrinthe. A travers les âges et les saisons, la narratrice nous fait suivre un fil conducteur, le double fil de l’art et de l’amour. Du tailleur de pierre qui remporte le pari d’ériger les piliers de granit, obtenant la jouissance de l’espace entre eux, au peintre dont le portrait de jeune homme passe d’une histoire à l’autre, échouant là où on ne l’attend pas, à Viola, sculptant un ange pour un monument funéraire, et guidant son interlocuteur par mobile interposé, dans les rues-dédale de Venise.

Un livre qui donne envie de s’élargir à l’espace et au souffle de cette ville, de la (re)visiter, de la (re)découvrir, aussi de l’intérieur, d’écouter quelles musiques elle donne à entendre, quels tableaux elle donne à voir… comme le photographe (é)perdu de la dernière nouvelle avec lequel son rédacteur en chef fait un marché : des photos de Venise contre un reportage rêvé au Mexique, et qui ne trouve rien à photographier tant Venise se montre belle de partout, mais aussi attendue de partout.

Une femme passe, profil perdu, la femme, thème majeur de ce recueil, la femme initiatrice, la femme qui s’entremet, la femme aussi dédoublée, qui (se) masque et (se) dévoile.

Le Cimetière de Prague, Umberto Eco (Juillet 2011)

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Le Cimetière de Prague, Editions Grasset. 580 p. 23 €


Un faux roman historique ? Une fantaisie érudite, ancrée dans la réalité la plus concrète de la Belle Epoque, en France et dans toute l’Europe ? Un clin d’œil à notre mouvementé début de millénaire, vu à travers les contradictions de la fin du XIX-ème siècle, qui engendrèrent les nôtres ? Umberto Eco, il dottore, a le talent de convoquer dans la composition de son dernier roman, Le Cimetière de Prague  un peu de tout cela, dans un   infatigable élan intertextuel, visible non seulement au niveau du texte, mais aussi de la composition du livre, agrémenté d’un riche appareil iconographique.

À travers ce roman touffu, qui emprunte pas mal d’ingrédients aux romans populaires, le lecteur est invité à parcourir un XIXème siècle secret, où l’évolution historique semble être le fait de complots et conspirations ourdis par les services secrets de divers pays, par les franc-maçons, les jésuites ou les carbonari. Les trois voix narratives (délimitées, pour éviter toute confusion, par des caractères différents pour chacune) convergent pour donner l’illusion d’un parcours « en temps réel » de certains événements qui ont marqué ces années-là.

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l'italien par Pascal Leclercq, 374 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

« Il est tout à fait exact qu’il faut juger les films d’après leur fin ».

Cette phrase tirée du livre pourrait parfaitement s’appliquer à Vie et mort de Ludovico Lauter, d’Alessandro De Roma.

Il y a certains livres qu’on a envie d’abandonner avant la fin. Mais on s’accroche quand même, sans d’ailleurs bien savoir pourquoi. On continue on se disant qu’il finira bien par se passer quelque chose. Mais en attendant, on se demande ; Qu’est-ce que cherche à dire l’auteur ? Où veut-il en venir ? Et va-t-on arriver à quelque chose ou perd-on son temps ?

Dans sa première partie, Vie et mort de Ludovico Lauter est un livre plaisant, agréable à lire, mais qui manque singulièrement d’éclat. Cette histoire d’écrivain reclus du monde n’a rien de franchement époustouflant. Par certains côtés, elle peut même paraître relativement éculée. Et cette première partie dure quand même la bagatelle de 290 pages…

Alessandro De Roma aurait pu généreusement tailler dans le gras au moins. 100 pages de moins n’auraient pas fait de mal.

Il reste alors 90 pages… et quelles pages ! Quelles pages ! Elles vont obliger à repenser tout ce qu’on vient de lire. D’un coup, elles élèvent le livre, l’emmènent vers des sommets insoupçonnés.

Chants populaires, Philippe Beck

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Poésie, Flammarion

Chants populaires, 2007, 18 euros. . Ecrivain(s): Philippe Beck Edition: Flammarion

La poésie contemporaine, hum, vous avez dit poésie contemporaine ? Quoi ? Vous lisez ça ? Mais on ne comprend rien ! Et il n’y a peut-être même rien à comprendre !! La poésie contemporaine, c’est toujours très éloigné de la vie, de la langue telle qu’on la parle, telle qu’on la veut, telle qu’elle nous séduit, de la langue telle qu’on pouvait la déchiffrer, la savourer quand on était enfant. De la langue des contes. Vous vous souvenez de l’enfance ? On était là, avec les contes, on vivait dedans. Eh bien, la poésie, c’est exactement l’inverse. On ne peut pas vivre dedans, c’est un objet curieux, que l’on prend avec des pincettes, que l’on regarde de loin.

Bon. Reprenons. Et si la poésie contemporaine, c’était exactement l’inverse ? Si la poésie contemporaine pouvait au contraire revivifier le conte de l’intérieur ? L’enfance d’une part (comme c’est le cas également chez Ariane Dreyfus ou chez Jean Daive dans son très beau dernier livre Onde générale, notamment dans la section : « Noël des maisons qui n’ont plus d’enfants ») et d’autre part la parole impersonnelle : celle des contes de Grimm précisément. Il faut ouvrir et lire pour s’en convaincre Chants populaires de Philippe Beck. Ce merveilleux livre. Merveilleux, merveilleux, merveilleux. « Les Chants populaires dessèchent des contes, relativement. Ou les humidifient à nouveau », comme l’écrit l’auteur dans son avant-propos.

La bibliothèque idéale de Sophia Dachraoui

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Jeudi, 23 Juin 2011. , dans Les Livres, La Une Livres, La bibliothèque idéale


Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire.

Quand la poésie décide que le « spleen » peut fleurir. Quand la beauté décide d’être du côté de l’écriture. Alors du mal fleurissent des poèmes.


La Route des Flandres, Claude Simon.

Quand la mémoire se fait labyrinthe. Quand l’écrivain perd le fil d’Ariane. Quand le lecteur se fait Minotaure. Alors l’écriture se fait « Route des Flandres ».


Molloy, Beckett.

Quand le langage devient sarcasme, quand on veut assister au meurtre du « politiquement correcte », quand on veut explorer le vide, quand on veut toucher les limites de la vie, de la mort, de l’écriture, du roman et jusqu’aux limites de l’humain, on peut lire Molloy.