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Les Livres

Souviens-toi de Hallows Farm, Angela Huth

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm, traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum, Quai Voltaire, 2011, 21 €. . Ecrivain(s): Angela Huth Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm est un livre sans prétention qui trouvera sa place parmi les lectures légères de vacances. Mais il pose un paradoxe : c’est un beau roman où il ne se passe rien, où les personnages rivalisent de vacuité. L’effet obtenu est curieux, on passe du plaisir à l’agacement d’une page à l’autre. Durant la première partie du livre, on suit ce que nous propose Angela Huth avec le sentiment qu’une tragédie va se nouer. On sait d’emblée que Prue n’est pas faite pour ce lourdaud de Barry, qu’elle a d’autres aspirations, après tout ce qu’elle a vécu dans un volume précédent, Les Filles de Hallows Farm – qu’il est complètement inutile de lire au vu des nombreuses références qui y sont faites ou qu’il faudrait lire avant pour espérer un peu plus de suspens.

Or, en réalité, non, Prue n’aspire qu’à redevenir une volontaire agricole et à s’ébattre dans la campagne. Cette femme est vaine, superficielle. Même la mort de son bébé – spectaculaire scène des prémices d’un l’accouchement parmi une horde de cochons grognant et agressifs – ne l’affecte pas. A l’approche d’un homme, elle entre en mode séduction et croit aimer parce qu’elle le veut. D’échec en échec, cette nouvelle Emma Bovary finit par réaliser qu’elle devrait mener sa vie, seule, comme elle l’entend, c’est-à-dire, dans un jardin.

La Perruque de Newton, Jean-Pierre Luminet

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Biographie, Editions, Jean-Claude Lattès

La Perruque de Newton, 2010, 354 p, 20 €. . Ecrivain(s): Jean-Pierre Luminet Edition: Jean-Claude Lattès

Pourquoi Newton devrait-il clore la magistrale série : « Les Bâtisseurs du Ciel » ? La vie des grands astronomes se poursuit bien : Messier, Herschel, Laplace, Einstein, Hubble...Oui, mais « Newton savait bien, au fond de lui-même, que la recherche de la vérité ne serait plus l'affaire de quelques initiés, mais de l'humanité toute entière. » Affaire de travail d'équipes oui. Incidences sur l'humanité aussi. Avec Copernic, les visions du monde vont basculer. Aujourd'hui, un enfant sait bien qu'il est perdu, particule, dans l'univers.

De Newton, on connaissait la pomme. Voici donc la perruque. De Newton, on savait la loi de l'attraction universelle (ou loi du carré inverse). Mais savait-on qu'Isaac, qui vécut 85 ans, « perdit » ou « gagna » beaucoup de temps à l'alchimie et aux pratiques ésotériques ?

JP Luminet montre les liens vitaux tissés entre activité rationnelle et souci soi-disant irrationnel. Une vie. Les vies, et non les biographies, recèlent des trésors de lumière et des ressorts très sombres, cocasses, comiques ou pathétiques. A fortiori les grands découvreurs. Chez eux, les contraires exultent. Les génies ont souvent des vies hors du commun (ce qui n'est pas du tout le critère du génie qui, justement, n'a pas de critères).

Vers le silence, Max Pons

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Vers le silence, Editions de la Barbacane, 2011, 88 pages, 15 € . Ecrivain(s): Max Pons


Max Pons est un amoureux, un grand amoureux de l’humain et des pierres, amoureux au sens le plus courtois du terme, comme les troubadours de langue d’Oc. Dans ce recueil, admirablement préfacé par Michel Host, il nous offre un cheminement de haut vol poétique  « Vers le silence ».

Fidèle à sa passion minérale, le recueil s’ouvre sur la pierre, mais une « Pierre de caresse/ Pierre maternelle ». Max Pons, qui fut pendant si longtemps gardien et guide du Château de Bonaguil, un château-fort, allégorie de la forteresse quasi imprenable du féminin, connaît mieux que personne les liens secrets qui se tissent entre la pierre et les forces de la nature et ce que je retiens de l’ensemble de ce nouveau recueil, ce rassemblement de fragments, de morceaux de ce territoire qui est le sien, c’est que tout, de la pierre à la chair, de la terre au ciel, transpire et conspire un puissant chant d’amour.

Zola Jackson, Gilles Leroy

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Zola Jackson, 2010, 152 pages, 5,10 € . Ecrivain(s): Gilles Leroy Edition: Folio (Gallimard)

Alors qu’un véritable fléau, l’ouragan Katrina, est sur le point de s’abattre sur la Nouvelle Orléans, l’institutrice en retraite, Zola Jackson, se souvient. La dernière visite de son fils. Sa maladie. Elle pourrait fuir, se faire secourir mais elle reste envers et contre tout. Car on ne quitte pas cette ville. Elle l’aime et elle la subira jusqu’à la lie. Bientôt, emprisonnée par les éléments, elle lutte pour survivre et ne doit son salut qu’à sa chienne Lady. Face à l’ouragan, elle fait front, seule, comptant sur ses ressources et son habitude du phénomène. La description de la catastrophe est percutante.

« Les corps flottent sur le ventre, tous sans exception. Et tous ont les bras en croix, telles des outres chrétiennes.

Parfois, sur le dos d’un corps, on discerne un rat embarqué. Un rat en croisière. C’est formidable ».

Zola Jackson est une sacrée bonne femme. Incarnation de la solitaire, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle conspue Dieu qui n’est même pas capable de veiller sur les siens. Elle a éduqué tous les gamins du coin, en élevant un garçon métis et sensible qui ne parvint jamais à se fondre dans la masse. Ambition maternelle satisfaite, Caryl devient un brillant historien. Seul bémol, il est homosexuel. Mais, tout en râlant après le compagnon de son fils, elle accepte car elle l’aime d’un amour inconditionnel.

Pas son genre, Philippe Vilain

, le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions, Grasset

Pas son genre, 187 pages, 15€. . Ecrivain(s): Philippe Vilain Edition: Grasset


Un jeune professeur de philosophie parisien est muté dans le nord de la France, à Arras. Il se sent seul. Il est nostalgique de Paris, et est en manque d’une certaine ambiance, totalement absente dans cette sombre ville du nord. On se rend vite compte que ce jeune homme a une fâcheuse tendance à l’indécision lorsqu’il s’agit de son engagement auprès des femmes.

Un jour, chez le coiffeur, une jeune femme, sa coiffeuse, qui au départ ne provoque en lui qu’une totale indifférence, va peu à peu l’intéresser.

Cette femme est coiffeuse, habite à Arras. Lui est professeur de philosophie, et parisien. Un inévitable et grand fossé se situe entre leurs deux niveaux sociaux. Un fossé qu’ils vont, et surtout lui, croire surmontable. Jusqu’au jour où.

Philippe Vilain nous trace ici une histoire d’amour. Plutôt banale, mais toute en finesse. Il nous décrit une histoire peu à peu affectée par les différences d’origines sociales, les différences de milieux sociaux, et les différences d’ambitions. Elle est fascinée par lui, par son statut de professeur. Une barrière est déjà créée.