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Les Livres

Comme une feuille de thé à Shikoku Sur les chemins sacrés du Japon, Marie-Edith Laval

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 05 Octobre 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Le Passeur

Comme une feuille de thé à Shikoku Sur les chemins sacrés du Japon, mai 2015, 288 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Marie-Edith Laval Edition: Le Passeur

Il y a dans la vie des moments qui en changent le cours, mais nous ne nous en apercevons pas tout de suite. C’est lorsque nous prenons conscience des conséquences que nous faisons le lien avec le point de départ. Ainsi, pour Marie-Edith Laval, l’idée d’un pèlerinage sur le chemin des 88 temples de Shikoku est née lors d’une « rencontre hasardeuse » avec un pèlerin japonais sur le chemin de… Compostelle. Elle ne savait pas alors qu’elle vivrait une aventure peu commune qui changerait ou à tout le moins conforterait sa philosophie de la vie. Un an plus tard la voyageuse fait ses premiers pas sur le sol japonais, dans l’été brûlant, s’équipe des indispensables accessoires du pèlerin, et se lance. Les premiers pas dans ce pays inconnu sont hésitants, la barrière de la langue n’arrange rien, pas plus que les codes de cette société, de ce pays dépaysant, ce « fascinant pays couvert de paradoxes ». Les arrivées aux premiers temples lui permettent de se familiariser avec un rituel précis et répétitif, sorte de fil rouge tout au long du parcours, ainsi que l’astreinte quotidienne de l’écriture. Nous suivons facilement Marie-Edit Laval dans ce récit bien documenté. Elle nous donne des informations et ses impressions sur les paysages, les rencontres, les autres, les échanges, les coutumes, l’accueil d’une voyageuse, les joies et les peines d’une marcheuse.

Artist and her model, Elina Brotherus

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 05 Octobre 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

Artist and her model, éd. Le Caillou Bleu, Waterloo, 2012, 224 pages . Ecrivain(s): Elina Brotherus

 

Elina Brotherus : anti-mémoires

Des premières séries les plus intimes et narratives, l’artiste Elina Brotherus est passée de l’autoportrait au portrait par l’intermédiaire d’un modèle comparable à ce qu’il représente pour un peintre classique. La photographe Elina Brotherus reprend l’esthétique et les thématiques (principalement le portrait) de la peinture figurative. Mais travaillant autant la lumière et les couleurs que la composition, l’artiste pousse plus loin les questions fondamentales de l’image. Si la « décoration » où elle situe son modèle garde une importance, chaque photographie recèle bien d’autres buts que l’ornemental. Et si l’esthétique demeure identique dans les deux « temps » chronologiques des créations, néanmoins le propos a évolué. Dans des photographies telles que I hate sex ou Divorce Portrait, surgissait une histoire induite par le titre. Désormais – et avec des titres plus anonymes (Fille aux fleurs, Horizon, L’artiste et son modèle) – Elina Brotherus s’oriente vers une critique d’un art jusque-là aux mains des hommes. Chez eux la nudité était propre au modèle, et l’habit réservé à l’artiste masculin en induisait une forme de soumission chez la femme. La créatrice se réapproprie ce qui avait été volé à la femme.

Connaître et apprécier, Guillermo De La Roca

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 03 Octobre 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles

Connaître et apprécier, PhB éditions, Chroniques du ça et du là, 2013, 160 pages . Ecrivain(s): Guillermo De La Roca

 

Né en 1929 en Argentine, Guillermo de La Roca est peut-être plus connu comme musicien que comme écrivain, du moins pour ceux qui s’intéressent à la musique andine qu’il pratique et qui l’a amené à jouer avec quelques groupes de renommée (Los Calchakis, par exemple).

Ce recueil de nouvelles, dont le titre, Connaître et apprécier, semble un programme, a été publié en 2013 par les éditions PhB et nous permet de découvrir un écrivain méconnu, pour ne pas dire inconnu, qui mérite que l’on porte plus d’attention à son travail. Au fil des 16 nouvelles du recueil, nous découvrons en effet une voix qui sait jouer d’une ironie séduisante au travers des territoires de l’imaginaire, des mythes et des croyances, de la rationalité. On craint parfois de glisser dans un registre et une sensibilité « new age » dont on peut penser qu’elle est « hors d’âge », pour ne pas dire suspecte, mais non. Ce qui se déploie au fil des pages est d’un autre ordre.

Kirinyaga, Mike Resnick

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 02 Octobre 2015. , dans Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Roman, Denoël

Kirinyaga, juin 2015, trad. de l’anglais (USA) par Olivier Deparis et Pierre-Paul Durastanti, 416 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Mike Resnick Edition: Denoël

 

Qu’ont en commun Les Seigneurs de l’Instrumentalité, L’Histoire du Futur, Chroniques Martiennes, Fondation, et Demain les Chiens ? Ce sont des romans de science-fiction dont chaque chapitre peut être lu comme une nouvelle indépendante des autres, autrement dit des fix-up, technique que ce genre semble le seul à avoir développé, technique dont s’est servi Mike Resnick (1942) pour son déjà multi-primé Kirinyaga, réédité augmenté de la longue novella Kilimandjaro.

Kirinyaga est le nom donné par les Kikuyus au mont Kenya ; c’est aussi le nom de leur « utopie », un planétoïde en orbite autour de la Terre terraformé de façon à ressembler aux savanes sèches sur lesquelles ce peuple élevait ses troupeaux et cultivait ses champs il y a de ça longtemps – puisque l’action débute, dans la nouvelle-prologue, en 2123, le jour où Koriba, futur mundumugu (un rôle à mi-chemin entre le prêtre et le sorcier) de Kirinaya, quitte un Kenya devenu à ses yeux européen pour rejoindre son peuple renouvelé.

Fragments d’une traque amoureuse, Fleur Zieleskiewicz

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 02 Octobre 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Fragments d’une traque amoureuse, éd. L’Editeur, mai 2015, 228 pages, 16 € . Ecrivain(s): Fleur Zieleskiewicz

 

Si le titre Fragments d’une traque amoureuse semble faire un clin d’œil aux Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes et en être l’adaptation Web 3.0, toute ressemblance avec l’original est trompeuse. Il s’agit plutôt d’une nouvelle tendance stylistique chez les écrivains ex-publicitaires consistant à utiliser un remake des titres notoires pour attirer l’œil, comme en témoigne le dernier ouvrage de Beigbeder Conversations d’un enfant du siècle, qui rime formidablement bien avec La confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset. Bref, il faut admettre que ce premier roman de Fleur Zieleskiewicz commence de façon originale. Cette promesse tient jusqu’au bout puisque ce roman raconte un amour déçu au rythme très fragmenté de la traversée d’une dizaine d’aéroports. En cela, on peut reconnaître une point commun avec Roland Barthes car l’auteure y partage une vision très « fragmentée, discontinue et papillonnante » de l’amour.

Avertissement avant le décollage : c’est un livre qui se lit avec des écouteurs (la bande son est annoncée dès la première page) et en mode web full service avec le site web fleurz.com, Facebook, Twitter et Instagram… Vous avez de quoi traquer l’auteure sur tous les réseaux sociaux. Assurément moderne et ultraconnectée, l’histoire peut donc se lire de deux façons :