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Articles taggés avec: Talcott Mélanie

Cache-Cash Mortel, Hubert Letiers (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Vendredi, 21 Juin 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Polars, Roman

Cache-Cash Mortel, Les Editions Inspire, novembre 2018, 268 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Hubert Letiers

Dans une société où les slogans, tel « libérer la parole », font fureur chez les foules encagées, où les lanceurs d’alerte se retrouvent en taule ou au chômage et où les journalistes trempent leur plume dans les brouets de la soumission écrite et télévisuelle, il devient difficile de faire circuler des idées et des observations hors-pistes. Avant qu’on nous rejoue Fahrenheit 451, version religieuse, ultralibérale ou nationaliste – somme toute, la palette de tous les intégrismes – les livres d’une poignée d’écrivains en restent le relais. Et il faut du courage pour en prendre Le risque. Pointer du doigt certaines collusions du pouvoir en est un.

Dans son dernier ouvrage, Cache-Cash Mortel, un polar sans sexe, sans cul et sans hémoglobine à tous les chapitres, Hubert Letiers autopsie férocement ces connivences qui lient le politique au judiciaire, pilotées depuis les hautes sphères où le cynisme que l’on y respire carbure au pognon, et où les basses œuvres – de la simple surveillance numérique à l’assassinat ciblé – sont supervisées par les « Zozors », terme qui désigne dans le jargon policier les services de renseignements français, la DGSE, et plus particulièrement sa cellule Alpha. Celle-ci exécute sur ordre non autorisé (officieux) en haut lieu, toute personne susceptible de menacer la sécurité nationale ou de nuire aux intérêts opaques de l’État. La justice, elle, se voit contrainte à faire l’autruche et garder ses effets de manche loin des prétoires

L’humanité en péril, Virons de bord, toute !, Fred Vargas (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mercredi, 05 Juin 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’humanité en péril, Virons de bord, toute !, Fred Vargas, Flammarion, mai 2019, 256 pages, 15 €

Fred Vargas vient de publier un livre à vocation pédagogique, d’une lecture assez fastidieuse, malgré le ton, un tantinet « maternaliste » qui se veut léger, voire rigolard – style « on est entre potes » – sous le contrôle d’un pénible CEI, son Censeur d’écriture intégré. Son titre accrocheur, L’humanité en péril, Virons de bord, toute !, nous dit son éditeur, « explore l’avenir de la planète et du monde vivant », et souhaite mettre fin à la « désinformation dont nous sommes victimes et enrayer le processus actuel ».

Tout le gratin intellectuel ou presque s’est empressé d’applaudir ce foisonnement d’informations et d’arguments, parfois confus qui n’apporte souvent rien de nouveau. Un cumul, témoin à charge de ce que son auteur qualifie de « crime épouvantable », un crime qui fait écho en elle à « une sorte de nécessité implacable ». Il faut réveiller les inconscients, les naïfs, voire les demeurés mentaux, que nous sommes. De la fonte des glaces aux anchois et aux sardines transformées en huile, elle entraîne le lecteur dans son punching ball verbal, le faisant tour à tour acteur et spectateur de ce drame planétaire, tout en l’implorant d’être « héroïque jusqu’au bout », d’autant plus qu’elle est parfaitement consciente combien « c’est emmerdant à lire » !

Surface, Olivier Norek (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mardi, 28 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Surface, Olivier Norek, Michel Lafon, avril 2019, 424 pages, 19,95

 

Le dernier Norek, Surface, porté aux nues avant même sa publication, vaut-il cet hommage péremptoire ? Qualifié de meilleur polar 2019. Encensé par la plupart des chroniqueurs littéraires médiatiques et autres blogueurs.

Tous les ingrédients classiques sont là pour faire prendre la mayonnaise.

– Un flic tragique, cette fois-ci une femme, Noémie Chastain, talentueuse capitaine de la PJ  – ex 36 quai des orfèvres – à la brigade des stups, au caractère professionnellement en acier trempé, avec ses fêlures intimes, son besoin d’être aimée et reconnue dans sa féminité.

– La cohésion apparente d’une équipe, avec ses coups durs qui la soudent ou la font éclater – dans ce cas, le visage de Noémie Chastain dévasté par le flingue d’un dealer. Entre les très rares qui la soutiennent et ceux qui, incapables d’assumer la vision horrifique de sa « gueule cassée », désormais, elle fout les chocottes. A son compagnon, flic lui aussi, qui se barre sans rien dire. A sa hiérarchie qui voit désormais en elle le témoignage cafardeux et traumatisant de ce qui peut arriver à n’importe quel flic.

Romain Slocombe (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mardi, 12 Février 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques


Se pencher sur notre Hexagone vertueux dès lors qu’il s’agit de brandir la bannière des Droits de l’homme et notre fameuse trilogie illusoire « Liberté, Egalité, Fraternité », tout en priant nos sillons d’abreuver le sang impur du tiers-état et de la chair à canon, concept hautement raciste et masochiste, cela, on sait le faire. Tellement opportunément que l’on finit par avoir l’impression de cavaler après du vent. A l’inverse, plonger dans les cloaques de notre histoire est un exploit dont on se garde prudemment. Les volontaires sont peu nombreux et l’entreprise, de haut risque. La collaboration française avec les Nazis est l’un de ces territoires vérolés, laissés plus ou moins volontairement en friche mémorielle

Le sel ! dit Angot. Tiens voilà, répond Nothomb Ou le dépouillement des sentiments (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 25 Octobre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Angot, Nothomb… même combat ! Chacune à fourailler avec le mot juste. Selon elles. L’une affirme qu’elle reste des heures durant en un face à face épuisant avec la solitude d’un seul mot, l’autre que neuf mois de gestation lui sont indispensables pour atteindre la perfection du verbe. La littérature y gagne-t-elle des galons ? Non. A part ceux, peut-être, qui flattent l’ego de ces deux exaltées de la prose.

Un tournant de la vie, dix-huit mois d’écriture, trente-cinq versions. Diantre… Christine Angot a dû en chier des vertes et des pas mûres, des nuits blanches et des doutes pour nous combler, comme à chaque rentrée littéraire, avec l’objet de ses souffrances intimes.

Celles-ci tiennent du vaudeville pathétique. Un trio amoureux, Vincent, chanteur célèbre qui fait mouiller le sexe de la narratrice Je lorsqu’il joue du piano (Vincent est entré en scène. Il portait un costume à épaulettes brodées. Il s’est assis au piano. Mon sexe a mouillé) ; Alex, un Antillais, surnommé par la narratrice Alexinou ou Minou quand il pleurniche à gros bouillons sur lui-même, musicien et ingénieur du son, ami de longue date du premier ; et Je, la narratrice, qui joue à pic-pic et colégram entre son ex et son actuel.