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Articles taggés avec: Rialland Ivanne

Le Jardin de derrière (3)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Novembre 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Où Georges découvre ce qu’il y a sous la baignoire

 

Il poussa la baignoire sur le sol bétonné. Elle était bien plus légère qu’il n’y paraissait : du fer émaillé. La trappe faisait cinquante centimètres de côté. Elle était bordée d’acier. Une large poignée en acier brillait en son centre, au ras du béton. Georges l’agrippa, tira. La trappe était lourde, mais se souleva sans à-coups. Un bruit de mécanisme à ressort, un claquement puissant : la trappe resta dressée en l’air, exhibant une poignée identique de l’autre côté. Une odeur humide s’exhala par l’ouverture. Georges y mit la tête. Il distinguait une sorte de caveau, un cube en béton de peut-être deux mètres de côté, ou un peu moins. La lumière qui entrait par la porte laissait distinguer une ouverture arrondie, dans l’une des parois.

Le Jardin de derrière (2)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Où Georges rencontre les indigènes

 

Tôt le lendemain, par un joli temps de mai, Georges alla faire quelques courses chez Auchan. Le parking était à moitié vide, en ce dimanche matin. Devant les portes du magasin étaient exposées de lourdes tables de jardin, des auges de pierre et deux bétonneuses. La peinture un peu écaillée, avec des traces de rouille, elles semblaient avoir passé l’hiver là, sur ce parking, et leurs tréfonds retenaient peut-être un peu de neige mêlée aux feuilles de l’automne dernier. Georges médita devant elles. Il était tenté par le petit modèle. Ou une auge en plastique suffirait-elle, pour commencer ? À moins qu’il ne casse tout ce béton pour planter du gazon. Ce serait un gros chantier, et il ne savait pas trop comment s’y prendre. Il regarda autour de lui les hommes qui entraient et sortaient du magasin, remontaient dans leur voiture ou poussaient des caddies devant eux, en jogging ou en jean, leur pull à col camionneur aux manches relevées au-dessus du coude. Sauraient-ils le lui dire ?

Le Jardin de derrière (1)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 12 Novembre 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Où Georges prend un congé

 

La pièce avait une odeur humide. Devant lui, un couloir s’enfonçait dans la pénombre. Les murs étaient lépreux, le coin cuisine, à sa gauche, marquait son âge. Du bois sombre, des meubles massifs, le carrelage beige piqueté de brun sur les murs, quelques fleurettes décoratives. Il fit un pas de côté, se heurta douloureusement la jambe à la table basse, grimaça, se passa la main sur le front. Il se retourna et sortit de la maison.

Sur le balcon de pierre, les mains agrippées à la rampe de fer, les yeux papillotant dans la fraîche lumière de ce matin de printemps, il regarda le panorama de champs et de bois qui s’offrait à lui de l’autre côté de la route. Sur sa droite, assez loin, en haut d’une colline pierreuse surmontée d’un bois, il distinguait le clocher gris et pointu d’un autre village. Au-delà de la cour bétonnée, au-delà de la route, un pré, son pré, clos d’un muret. A côté, un peu en contrebas, un autre pré, où vagabondaient des poules et des dindes.

Trilogie de Corfou, Gerald Durrell

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 01 Juillet 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, La Table Ronde

Ma famille et autres animaux et Oiseaux, bêtes et grandes personnes, traduits par Léo Lack, Le Jardin des dieux, traduit par Cécile Arnaud, avril 2014, 400, 352 et 304 pages, 14 € chaque volume . Ecrivain(s): Gerald Durrell Edition: La Table Ronde

 

Fuyant un maussade été anglais, la famille Durrell part pour Corfou, où elle restera cinq années idylliques, racontées par le plus jeune de la fratrie, Gerald. Âgé d’une dizaine d’années, le futur naturaliste évoque avec nostalgie son émerveillement pour la faune de Corfou. Féeries dans l’île : le titre choisi lors de la première parution française du volume inaugural de la trilogie (en 1958, chez Stock) rend bien compte de l’atmosphère enchantée de ce séjour qui semble baigné d’un éternel été.

Il masquait cependant la fantaisie et l’humour de l’ouvrage, rendu par la traduction ici littérale du titre anglais : Ma famille et autres animaux. Comme l’explique en effet Gerald Durrell dans sa préface, après avoir introduit les pittoresques membres de sa famille dans ce qui devait être un « exposé […] sur l’histoire naturelle de l’île », « ils s’y installèrent et invitèrent divers amis à partager avec eux les chapitres suivants ». Ce sont ces figures amicales qui dominent d’ailleurs le dernier volume, inédit en français, proposé par La Table ronde dans une traduction de Céline Arnaud. Les deux premiers volumes reprennent pour leur part dans une version révisée la traduction de Léo Lack, publiée pour la première fois aux éditions Stock, respectivement en 1958 et 1970.

Souvenirs (et) Le chemin du serpent, Torgny Lindgren

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 16 Janvier 2014. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Biographie, Récits, Pays nordiques, Roman

. Ecrivain(s): Torgny Lindgren Edition: Actes Sud

Souvenirs, récit traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes Sud, novembre 2013, 235 pages

 

Le serpent, chemin faisant

Livre arraché à Torgny Lindgren par un éditeur, comme il l’explique dans une scène burlesque au seuil de ce volume, c’est à une drôle d’expérience de lecture que nous confrontent les mémoires de l’écrivain suédois, qui ne cesse d’insister sur son indifférence à la vérité tout en égrenant des scènes de son enfance puis de sa vie d’écrivain auxquelles nous ne pouvons nous empêcher de prêter foi. D’un côté, donc, l’ouvrage paraît éclairer le lecteur français sur les mœurs et l’atmosphère du Västerbotten, province natale de l’écrivain qui est notamment le cadre du Chemin du serpent et l’une des sources de son univers et de sa langue poétique. De l’autre, l’autobiographie, qui s’affirme irriguée de fiction, pourrait bien ne proposer là qu’un trompe-l’œil, en offrant au lecteur naïf en quête de sources et de clés le tableau d’une province toute romanesque et intime.