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À propos de Comment j’ai raté ma vie, Bertrand Santini, Bertrand Gatignol (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 10 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Jeunesse

Comment j’ai raté ma vie, Bertrand Santini, Bertrand Gatignol, Grasset Jeunesse, avril 2019, 48 pages, 12,50 €

 

 

Brève histoire d’un perdant

L’album intitulé Comment j’ai raté ma vie, conçu par les auteurs, illustrateurs et scénaristes, Bertrand Santini et Bertrand Gatignol, se présente comme un carnet de croquis luxueux, au format original de 22x16,7 cm. Ce livre-jeunesse relate l’enfance assez solitaire – pour ne pas dire triste – d’un garçonnet que l’on voit passer à l’âge adulte. Le ton est décalé et caustique. Le titre Comment j’ai raté ma vie, suivi d’un avertissement « ou comment ne pas rater la vôtre », annonce le caractère général de ce petit traité de philosophie, si je puis dire. Les monologues se situent plus près des tankas occidentaux que des répliques des phylactères de bandes dessinées.

La Collection Emil Bührle (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans Albums, La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Gallimard

La Collection Emil Bührle, Lukas Gloor, Gallimard, mars 2019, Catalogue d’exposition, 190 pages, 35 € Edition: Gallimard

L’art en témoignage

Le catalogue de la Collection Bührle, dont la couverture est agrémentée d’un détail du Champ de coquelicots près de Vétheuil, de Monet, de 1879, relate le cheminement des acquêts de l’industriel et le répertoire d’une partie de sa collection. L’exposition de cette collection, au Musée Maillol à Paris du 20 mars au 21 juillet 2019, sous l’égide de Culturespaces, a déclenché une vive polémique. D’une part, parce qu’Emil Georg Bührle (1890-1956) a dirigé une grande entreprise industrielle « dans le cadre du réarmement secret de l’Allemagne » (L. Gloor), en rachetant les parts de l’usine Oerlikon-Bührle & Co en 1937, et d’autre part, à cause de révélations sordides, liées à la spoliation de biens et d’objets précieux ayant appartenu à des citoyens juifs (désignés comme tels par les nazis). Ainsi, il était donc utile de connaître les noms des commissaires-priseurs des grandes maisons de ventes aux enchères, de suivre la chronologie de tout un commerce d’œuvres d’art, identifiées comme acquises légalement dans un premier ou un second temps. Des dates, des noms et des lieux témoignent des transactions financières durant le 3ème Reich notamment, ces tableaux servant souvent de monnaies d’échange. Par la suite, l’on apprend qu’Emil Bührle a restitué et racheté « les derniers tableaux spoliés [et que jusqu’à sa mort il] acquérait en propre une centaine d’œuvres par année ».

Une saison à Hydra, Elizabeth Jane Howard (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 19 Avril 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, La Table Ronde

Une saison à Hydra (The Sea Change, 1958), Elizabeth Jane Howard, La Table Ronde, mars 2019, trad. Cécile Arnaud, 448 pages, 24 €

 

Sarah la morte et Alberta la vivante

Au début du roman Une saison à Hydra, Elisabeth Jane Howard campe des personnages très modernes en cette fin des années 50, précurseurs de ceux par exemple du film de Mike Nichols, sorti en 1966, Qui a peur de Virginia Woolf (d’après la pièce éponyme d’Edward Albee, 1962), ou d’Opening Night de John Cassavetes, film de 1977. Des situations contrastées défilent sous la plume éblouissante de la romancière anglaise, dans une grande maîtrise, notamment, des descriptions. Le roman est découpé à la façon d’un scénario, et l’on rentre à l’improviste dans cette micro-société, nantie et fermée, qui gravite autour d’un artiste-roi adulé, qu’un pouvoir exorbitant rend parfois ignoble. C’est en observatrice avisée et sans complaisance qu’Elisabeth J. Howard en cerne les caprices et les manques. Ainsi, le couple Lillian et Emmanuel Joyce, l’imprésario Jimmy Sullivan et la secrétaire débutante Alberta Young, se récitent, se confient, du passé au présent, du matin au soir. En dépit de tics et d’envies superficielles générés par le luxe et la courtisanerie, la vieillesse est inéluctable, les réveils douloureux, accompagnés de troubles narcoleptiques.

Émerveillements, Sandrine Kao (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 09 Avril 2019. , dans Albums, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Jeunesse, Grasset

Émerveillements, mars 2019, 40 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Sandrine Kao Edition: Grasset

 

 

L’album jeunesse composé par Sandrine Kao, d’origine taïwanaise, née en 1984, illustratrice et auteure de plusieurs romans et ouvrages d’art, s’offre à nous orné d’une couverture veloutée, au titre en lettres en surimpression, en relief. Sa réalisation est conçue de façon géométrique – un rappel d’idéogrammes avec quelques signes autour d’un sommet, probablement celui du Mont Fuji, dans des cases en forme d’écrans. Les couleurs et nuances pastel sont quelquefois mangées par le noir sidéral, la couleur d’encre. L’ère du minuscule alterne avec des indices infimes et pourtant visibles : le blanc de la neige, le rose des pétales de fleurs de cerisier et de pêcher et le vert du printemps. En dehors des éléments végétaux et de la vastitude du ciel, il y a la germination de la graine, l’éclosion délicate de quelques fleurs ou fruits.

Un peintre de notre temps, John Berger (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 13 Mars 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Un peintre de notre temps, John Berger, L’atelier contemporain, février 2019, trad. Fanchita Gonzalez Battle, 224 pages, 25 €

 

Peindre en exilé

Un peintre de notre temps, ayant fait l’objet d’une censure brutale, car il fut interdit de vente dès sa sortie en 1958, et de publication jusqu’en 1976, est le premier roman de John Berger (1926-2017). Le livre commence par la visite d’un atelier vide et la découverte du journal d’un ami peintre hongrois, Janos Lavin, dont la ville de refuge est Londres, « la capitale la plus conventionnelle et la plus fermée d’Europe ». Le journal forme un récit à deux voix, un chassé-croisé de deux points de vue, soit deux conversations juxtaposées, ce qui renforce la diégèse tels les sous-titres d’un film, sa traduction. Ainsi, et après-coup, John Berger décrypte les propos du peintre Janos Lavin (son double ?) à la manière d’un rébus. Or, le constat du peintre exilé est amer, affaibli par des projets qui ne marchent pas, réduit à la pauvreté, aux « humiliations de la dépendance ». Le métier d’écrire et le métier de peindre se répondent, et John Berger livre des pages fondamentales sur le dessin : « Dessiner, c’est savoir par la main – c’est avoir la preuve qu’exigeait Thomas. (…) Même devant un modèle, on dessine de mémoire. (…) Pas même de quoi que ce soit dont on puisse se souvenir consciemment. Le modèle est un rappel d’expériences qu’on ne peut formuler et donc se rappeler que par le dessin ».