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Polars

L’enfer de Church Street, Jake Hinkson

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 28 Mars 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

L’enfer de Church Street, mars 2015, trad. de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides, 236 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jake Hinkson Edition: Gallmeister

 

Avec la réédition du Pike de Benjamin Whitmer et Exécutions à Victory de S. Craig Zahler, L’enfer de Church Street ouvre la nouvelle collection des éditions Gallmeister, Neo Noir, consacrée plus particulièrement à des romans noirs américains plutôt urbains et dont l’action s’ancre dans le cœur d’une Amérique en crise – économique, morale, sociale – et s’attache à suivre les pas de personnages qui la subissent.

On est donc en plein dedans avec cet Enfer de Church Street qui débute sur une route de l’Oklahoma lorsqu’un repris de justice décide de braquer le client d’une épicerie qui lui réserve quelques surprises et peut-être aussi trois mille dollars :

J’ouvris le portefeuille. Il était plein à craquer de billets de cent. Je ne les comptai pas, mais il semblait bien y avoir la somme en question. Je regardai à nouveau le gars. Pour une obscure raison, mes mains étaient poisseuses de sueur. Je savais que je pouvais flanquer une sacrée raclée à Geoffrey Webb. Je lui avais déjà mis une belle dérouillée, mais il avait pris la chose comme si ce n’était rien de plus qu’une tracasserie. Il n’avait pas peur de moi, et il n’avait pas peur de mon arme non plus.

Trait bleu, Jacques Bablon

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 25 Mars 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jigal

Trait bleu, février 2015, 152 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jacques Bablon Edition: Jigal

Monologue, carnet intime, journal de « débords », Trait bleu dépeint, tous freins lâchés, les péripéties de la vie cabossée d’un gars, qui, comme le chantait le regretté Pierre Vassiliu, n’avait pas de papa, n’avait pas de maman. Mais le gars en question ne s’appelle pas Armand, d’ailleurs dans son journal intime il ne se nomme pas, il se raconte. Il vit quelque part… sans doute aux Etats-Unis, mais à quoi bon préciser les lieux ? Le narrateur n’en éprouve pas le besoin… du coup, nous non plus. Quand ? Ce n’est pas l’achat d’une Toyota Cressida d’occasion qui permettra au lecteur de situer avec précision l’histoire dans le temps. Seule solution : sauter à pieds joints dans l’univers du mal barré de l’existence et partager avec lui dans une complicité voyeuse son incroyable destinée. Et là, promis, vous ne serez pas déçus.

Le conteur, un mec fragile, sensible et impulsif, un maladroit de la gâchette, mais un expert en pêche à la cuillère, n’a pas connu dans sa prime jeunesse les bienfaits de la résilience et l’on devine qu’il vit depuis sa naissance en situation précaire tant sur le plan affectif que psychologique. Accusé d’un meurtre dont il refuse d’expliquer le mobile, mais qu’il reconnaît avec orgueil, son équilibre instable vole en éclats lorsqu’il apprend que le véritable meurtrier est Iggy, son pote, son frère de cœur, et que celui-ci vient de se pendre dans sa cellule. Nouvelle cassure, déstabilisation totale, tout à construire, à reconstruire…  et c’est loin d’être fini…

Le cannibale de Crumlin Road, Sam Millar

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 19 Mars 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Seuil

Le cannibale de Crumlin Road (The Dark Place), janvier 2015, traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal, 296 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Sam Millar Edition: Seuil

 

Deuxième volet des enquêtes du détective privé Karl Kane et de ses hémorroïdes, Le cannibale de Crumlin Road, comme le précédent volume (Les chiens de Belfast, traduit en France en 2014), joue à la fois avec l’image du détective dur à cuire et avec les poncifs du thriller à base de tueur en série retors et bénéficiant si ce n’est de la protection active, à tout le moins de l’ignorance volontaire des institutions qui devraient tout mettre en œuvre pour l’arrêter. Ici donc Karl Kane affronte un riche notable déséquilibré rompu aux techniques de gavage de la volaille qu’il applique à de jeunes filles pour mieux manger leurs abats.

Sans doute convient-il de commencer par solder la question de l’intrigue abracadabrantesque du roman. Nul besoin d’être Sherlock Holmes pour y relever incohérences – à commencer par un Karl Kane hospitalisé et plâtré qui, dans les jours qui suivent, gambade à travers Belfast et combat le tueur – accumulation d’heureuses coïncidences et justes conclusions tirées d’on ne sait où, qui permettent de mettre Kane sur la piste de l’assassin. Il y a là, en effet, de quoi rebuter les esprits cartésiens.

Persona, Erik Axl Sund

Ecrit par Pauline Fouillet , le Vendredi, 13 Mars 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

Persona, novembre 2014, 477 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Erik Axl Sund Edition: Babel (Actes Sud)

 

Présenté par la maison d’édition comme le nouveau Millénium, le lecteur peut se trouver quelque peu déçu par un manque de noirceur. Loin d’être un roman à grand suspense ab initio, comme l’est le premier, Persona est un roman noir très psychologique.

En l’espèce, Jeanette Kihlberg, flic de talent, mal payée et peu heureuse en ménage, se trouve en charge d’une enquête concernant des meurtres de jeunes garçons étrangers, qui visiblement n’ont ni famille, ni lien avec le pays. Enquête complexe, elle doit faire face à toute l’horreur humaine face à des corps mutilés et même momifiés.

Très vite Jeanette sera sous pression et devra stopper ses investigations, l’argent du contribuable devant être mieux utilisé… Mais cette dernière, entêtée, persiste !

Les Variations Sebastian, Emily St. John Mandell

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Mars 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Canada anglophone, Rivages/Thriller

Les Variations Sebastian (The Lola Quartet), Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé, février 2015. 309 p. 20 € . Ecrivain(s): Emily St. John Mandell Edition: Rivages/Thriller

 

La Floride, son soleil, ses plages, ses résidences pour retraités milliardaires ? Les publicités d’agences de voyages ou immobilières en prennent un coup mortel dans cet opus de Emily Saint John  Mandell. Air suffocant, quartiers pauvres et sales, bicoques immondes, canaux infestés d’une faune inquiétante, dans et hors de l’eau. En effet, que dire des humains ? Venimeux, rancuniers, impitoyables. Ce roman est une plongée au fond d’une Floride létale et de pensées humaines qui ne le sont pas moins.

« Le quartier avait été conçu, à la fin des années 50, pour être la Venise de la Floride, un paradis tropical où on pourrait se rendre en bateau chez son voisin pour un barbecue, mais les canaux qui passaient derrière les maisons avaient fini par rejoindre les marécages, en conséquence de quoi ils abritaient aujourd’hui une population de serpents et de lézards géants aux yeux scintillants. Les résidents voyaient parfois des pythons nager dans les canaux, ondoyants rubans dotés de crocs. A la lisière des jardins, lézards et varans observaient le monde des humains. Une habitante du coin jurait avoir vu un anaconda (…) »