Il n’y a que la fiction qui sauve :
On ne lit pas Houellebecq comme on lirait un manuel de pensée positive ou un traité de sociologie. Le titre de son dernier roman, anéantir, présuppose une force violemment négative qui réduit l’homme et la civilisation à néant. Son précédent roman, Sérotonine, s’annonçait déjà « en chemin vers l’anéantissement ». Celui-ci raconte une histoire d’agonie, un face à face avec la mort, ce « néant radical et définitif » et creuse le trou des ténèbres avec une vitalité désespérée. La menace de désintégration, c’est toujours aussi chez Houellebecq les effets désastreux de la post-modernité : une vacuité absolue qui déstructure l’homme et ruine les valeurs humaines « dans un gigantesque collapsus ». Mais Houellebecq n’est ni un sociologue, ni un homme politique, ni même un philosophe : c’est un écrivain qui s’affirme d’essence baudelairienne, obsédé par la mort, la débauche et la nuit, accablé par la solitude et l’ennui, un écrivain à l’humeur ironique mais jamais démonstrative. A quoi bon s’indigner de son inadéquation morale si, comme l’affirmait Baudelaire accusé lui aussi d’offense à la morale publique, l’artiste ne poursuit pas un but moral et « n’a pas la vérité pour objet » ?