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Chemins de lectures (13) : Le Horla et les "voix" de l'écriture

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

L'expérience de la lecture du « Horla » de Guy De Maupassant reste à jamais une traversée d'un espace d'effroi, où l'écriture s'érige en aventure extrême. J'entends extrême comme à toute extrémité, au bord de la chute, au bord d'un gouffre sans fond qui n'est rien moins que la folie.

 

L'écriture est toujours une expédition dangereuse, dont on ne sait si l'on reviendra intact. La littérature est pleine de ces tragédies du « dire sur soi », car il n'y a pas d'autre vraie matière de l'écriture fictionnelle que soi. Quel que soit l'effort de détachement, de distanciation, d'arrachement de l'œuvre à celui (à celle) qui la produit, en fin de compte, il reste un seul réel irréductible : l'âme de l'auteur, le sang de l'auteur, le corps de l'auteur. A un journaliste qui lui demandait de parler de lui Jorge-Luis Borges répondit, c'est devenu célèbre, « Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort ! ». Citation fameuse qui prend tout son sens quand on lui adjoint cette autre, du même Borges, en 1970 à l'occasion de la parution de son « Autobiographie » : « De toutes façons, je n'ai jamais rien écrit d'autre qu‘une autobiographie ! »

Super triste histoire d'amour, Gary Shteyngart

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Avril 2012. , dans La Une Livres, L'Olivier (Seuil), Les Livres, Recensions, Roman, Science-fiction, USA

Super triste histoire d’amour (Super sad true love story. Trad. de Stéphane Roques) Mars 2012. 408 p. 24 € . Ecrivain(s): Gary Shteyngart Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il y a maldonne. En septembre dernier on nous annonçait à sons de trompe « le grand livre sur l’Amérique d’aujourd’hui » avec le « Freedom » de Franzen. Livre laborieux, long, finalement assez insignifiant. Eh bien il est là ce livre « de » et « sur » l’Amérique, avec ce tonitruant roman « de SF » de Shteyngart.

De SF  dit-on ? Science-Fiction ? Il fut un temps, naguère, où on disait « anticipation » et dans le cas de ce roman le terme est tellement plus juste ! Anticipation, à peine … Et la puissance tellurique de ce livre c’est ça : l’à-peine décalage dans le temps. Oui, c’est de la fiction, mais une fiction tellement ancrée dans les fondements aveuglants du présent, qu’elle en extrait la quintessence. A la manière d’une fable philosophique, ce roman d’anticipation dresse un tableau saisissant de ce qui nous attend ou, plus exactement, de ce qui nous arrive.

Lenny Abramov, Juif américain presque quadra est tombé amoureux, lors d’une année sabbatique à Rome en l’An … , d’une très jeune coréenne, Eunice Park. Lui qui travaille pour  « les services post-humains » de la Staatling-Wapachung, entreprise US qui a pour objet la production de … l’immortalité, rien moins. Belle injection de jouvence que cette fille, menue, drôle et prototype tonique de son temps.

Nuage de cendre, Dominic Cooper

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Métailié

Nuage de cendre. Trad. De l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller. Mars 2012. 235 p. 19 € . Ecrivain(s): Dominic Cooper Edition: Métailié

Noir, noir, noir. Comme le nuage de cendre qui a survolé l’Europe il y a peu, venu du volcan Eyjafjallajokull ou Grimsvötn d’Islande. Ce livre nous transporte dans un univers d’obscurité. D’obscurantisme. Il constitue à sa manière un renouement avec la tradition du roman gothique.

Terrifiant.

D’abord par le cadre – spatial et temporel. Nous sommes en Islande au XVIIIème siècle. Hivers meurtriers, pauvreté ravageante des campagnes, épidémies létales, nature violente scandée par les tempêtes de neige, de glace ou les éruptions volcaniques destructrices.

Dominic Cooper nous rapporte – à travers « l’affaire de Sunnefa Jonsdottir » - L’histoire d’une haine mortelle entre deux hommes, tous deux représentants de la « loi », shérifs, et dont la haine réciproque sera léguée à leurs fils jusqu’aux extrémités finales.

Il peut arriver au récit de lâcher un peu l’intérêt de la lecture, l’histoire étant si sombre et parfois si complexe. Mais, en fin de compte, le livre n’est pas là ! Il est en deux espaces bien plus importants et qui eux ne nous lâchent jamais.

Chemins de lectures (12) Joyce, le début de la fin ?

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques


James Joyce constitue un cas à part dans la littérature mondiale. (A peu près) tout le monde le connaît, au moins de nom. (A peu près) tout le monde dit que c'est un immense écrivain. Si vous grattez un peu, vous vous apercevez très vite que très peu l'ont vraiment lu. Ou, s'ils l'ont fait, c'est un livre voire un bout de livre. Et il est rare qu'ils y aient pris vraiment du plaisir ! Voilà qui pose question. Comment peut-on à la fois considérer Joyce comme un écrivain majeur du XXème siècle et sentir, confusément, que sa lecture n'est pas toujours un moment de bonheur pour ceux qui s'y consacrent ?


Nous sortons souvent de Joyce un peu... lessivés ! La traversée d'« Ulysses » est une expédition hasardeuse (osons la métaphore homérique). J'ose à peine parler de « lecture ». Joyce nous emmène avec lui dans un furieux combat avec la langue. Ou « contre » la langue. Et c'est pire encore avec ses œuvres tardives, « Finnegan's Wake » en particulier. Une question surgit jusqu'à l'obsession quand, au gré des lectures de Joyce, on revient, comme je viens de le faire, à son « Dubliners » (« Gens de Dublin »). Je pense en particulier à la nouvelle intitulée « The Dead » (« Les morts »).

Ploutos, dieu du fric, Aristophane (Trad. Michel Host)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Théâtre, Mille et une nuits

Ploutos, dieu du fric. Trad. grec ancien, notes et postface Michel Host. 142 p. 4 € . Ecrivain(s): Aristophane Edition: Mille et une nuits

Qu’on se le dise à son de trompes d’Athènes à Wall Street : ce petit opuscule est – pour parler comme les personnages d’Aristophane « revisités » par Michel Host – à se tordre de rire, à se péter les boyaux. Une petite heure d’une récréation hilare, pleine de bonne santé mentale et de rage joyeuse.

Ploutos, dieu du fric, se fait détourner de ses devoirs d’obéissance aveugle (il est aveugle !) envers Zeus et entame une manif anti Zeus digne des luttes contre les p’tits chefs des maos de naguère ! Carion et La Toussaille, esclave et maître (mieux vaut les placer dans cet ordre s’agissant de comédie) rencontre un pauvre hère aveugle et sale. Or ce SDF (faisons comme Michel Host – l’anachronisme structurel) n’est autre que Ploutos, Dieu de l’argent – enfin du fric. Les deux bonshommes entreprennent alors de convaincre le dieu de s’affranchir de son sort affreux : il est condamné par sa cécité – infligée par Zeus – à n’accorder ses largesses financières qu’aux salauds (qu’il ne peut repérer étant aveugle !).

Voilà donc notre Ploutos installé chez La Toussaille. Grâce à Asclépios (dieu de la médecine) il retrouve la vue et s’engage à ne donner désormais le fric qu’aux gens de bonne volonté, négligés par le sort. Ce qu’il fait.