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Articles taggés avec: Faurieux Alain

Griffes 29 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 23 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Arizona, Sissy Batzy. 21/01/2026. Editions Butterfly, 306p. 20€

Je poursuis courageusement mes lectures des livres qui vendent beaucoup, ceci en fait partie. Apparemment une version améliorée d’un « Arizona Dream” de 2021, qui était le deuxième volume d’une trilogie mais le premier ouvrage de notre auteur. Mieux vaut ne pas savoir à quoi cela ressemblait. Dès le nom de l’auteur on y croit, dur comme fer, Sissi Batzy c’est un nom d’auteur pour de vrai. Une trentaine de pages à la fin vont faire la pub pour une autre pensionnaire de l'écurie, c’est toujours ça de gagné. L’histoire se déroule de 2023 à 2026. Sans raison aucune : nous pourrions être en 2018, ou 1989. C’est du pareil au même puisque rien ne nous ancre dans une période. Les seuls repères temporels sont les extraits de chanson que l’auteure utilise avant chaque chapitre pour... on se demande quoi.Dans les premières pages l'héroïne, jeune vierge de 21 ans qui veut devenir procureur, parvient pour la première fois à braver l'interdit paternel et se rend dans un bar où un beau policier la trouble... La base de tout, le bar/salle à tout faire s’appelle le Carpe Diem et il est situé à San Francisco. On le sait parce que c’est marqué. Sinon on ne le saurait pas.

Griffes 28 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 17 Février 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Le Crépuscule des Hommes, Alfred de Montesquiou. 2025, Robert Laffont. 384p. 22€

Pas un mauvais livre. Très documenté, visiblement. Prix Renaudot Essai 2025. Alors que lui reprocher ? Qu’il vienne de nulle part et n’aille nulle part. L’auteur choisit quelques reporters ou photographes, nous les suivrons de leur arrivée à Nuremberg jusqu’à l’après-jugement. Après les procès, après les condamnations (et les acquittements), après les exécutions. Très chronologiquement nous partageons le quotidien, les amitiés, les coucheries, les alliances et trahisons. Nous assistons aux jeux politiques des alliés, voyons passer quelques personnages célèbres, leurs femmes ou leurs maîtresses… le lecteur a même droit à quelques coups d’œil sur les accusés. Bien moins importants sans doute que tout ce petit monde. Et c’est là que j’ai décroché : quel est en fait l’objectif de ce livre ? Son public ? Qui s’est intéressé à Nuremberg (car c’est de ces procès là que nos journalistes vont rendre compte) n’apprendra pas grand-chose. Qui en ignore la plus grande partie…n’apprendra rien.

Griffes 27 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres


Anne Berest, Finistère. 2025 Albin Michel. 432p. 23,90€

Oui, encore une ”saga familiale”. Avec des variations. Pour une fois ce n’est pas un hommage à/règlement de comptes avec la mère de l’auteur(e). Il faut dire qu'apparemment Anne Berest a déjà traité (deux fois) le côté maternel. Mais on a droit au nombrilisme habituel : l’Auteur, sa vie parisienne, ses succès littéraires et ses rapports difficiles avec papa. Construction ? Une première partie censée être rédigée à partir de cahiers d'écolier. Le meilleur du volume, notre auteur ne se donnant même pas la peine de donner, par la forme ou le style, une idée des dits cahiers. Le livre s'appelant glorieusement Finistère, on y trouve l’origine de tout : l'arrière-grand-papa (père de l’auteur des cahiers) fondateur de la première coopérative du pays de l'artichaut. Puis on passera à son fils, à oublier en raison d’un manque de nécessité narrative et de l’inexistence d’un prétexte quelconque à sa présence dans ces pages. Puis viendra le papa d’Anne, dont l’histoire nous sera contée sous la forme de petits (voire très, très très petits) chapitres. Plus de cahiers cette fois ci, principalement des entretiens, se déroulant après la découverte par notre auteur de la grave maladie de son géniteur. Dernière partie (celle qui chevauche plus ou moins maladroitement toutes les autres) l’enfance, la jeunesse, le passage à l'âge adulte et le regard en arrière vers tout cela de devinez-qui.

Griffes 26 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Populicide, Phillipe de Villiers, 2025. Fayard. 418p. 20,80€

Un livre court, assemblage de paragraphes à mi-chemin entre le script radio, l’adresse au peuple, le journal et la rumination. Les oblations du vieil homme. Un livre dont on peut dire qu’il y a là « une plume », comme on pouvait le dire il y a longtemps pour les sous-préfets épris de littérature. Tout s’y mélange allègrement, allégories, paraboles, images, anecdotes, leçons et parallèles. Quelquefois c’est involontairement cocasse. L’auteur semble croire à la réalité d’une parabole, confond image et instantané, allégorie et prophétie, parallèles et identité. Les chiffres sont utilisés de façon très personnelle : « On sait maintenant que, lorsque la oumma s’installe, il faut en moyenne sept siècles pour la dégager. 700 ans en Espagne, entre 150 et 480 ans en Europe centrale et orientale, depuis la Hongrie jusqu’à la Serbie du Kosovo. » La notion de moyenne est malléable, mais De Villiers est bon prince : « Les migrants du Sud, aspirés vers le nord, déposant le sac de voyage là où s’opère la rencontre insolite avec les défilés de dégenrés des technoparades, hauts en couleurs décadentes, ne sont pas responsables de cette décomposition. » Le style varie peu : une sorte d’hommage à une théâtralité fin de siècle, de l’ampleur dans la phrase, un amour de l’énumération et de l’emphase. Une sorte de cabaret grotesque (au sens littéraire), Poe rencontre Péguy. Rien n’arrête notre missionnaire, guidé par Saint Paul, Houellebecq et Onfray.

Griffes 25 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 18 Novembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

La Maison Vide, Laurent Mauvignier. 2025. Les éditions de Minuit, 752 p. 25€

Avouons-le, ce très gros pavé est du sur mesure pour le jury Goncourt. Et les lecteurs des gros volumes qui ont eu le prix Goncourt, et les acheteurs de cadeaux sans risque grâce au prix Goncourt. Pour ma part, il m’est tombé des mains plusieurs fois, pas en raison du poids mais d’un ennui considérable. Le pacte de lecture lecteur/auteur est resté lettre morte. Pourtant tout est fait pour nous vendre la saga : l’histoire familiale étirée sur quatre générations, la France des campagnes dont on parle trop peu (mon œil Laurent), les secrets de famille, le poids des non-dits sur l’auteur lui-même, le respect d’une tradition littéraire. Relirais-je aujourd’hui avec le même plaisir Les semailles et les Moissons d’Henry Troyat ? Je ne sais pas du tout. Bref, nous avons des portraits savoureux de paysans rugueux, de propriétaires âpres au gain, de vendeuses lubriques et de notaires grisâtres.