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Articles taggés avec: Cervera Gilles

Raoul Vaneigem (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques, Cette semaine

 

Moins 1 – Belge !

Dans mon lycée jadis, d’aucuns se passaient le petit livre rouge de Mao, plastifié pour affronter les bains-douches ou les sévères conditions météo d’Armorique, ceux-là psalmodiaient. D’autres se filaient, fatiguées et humides, les repros de repros de séminaires du Grand Jacques ! Chacun sa clandestinité. Certains s’enchantaient de Léon Tr. Pour ma part, nous lisions avec passion Raoul et obtenions notre bac, quand même, option Vaneigem !

Une vie d’adulte s’éclaire des découvertes adolescentes. C’est un lieu commun, sauf que Vaneigem resta mon clandestin, mon secret, discret talisman sur un rayon de bibliothèque entre Grenier et Guilloux, mes éclaireurs en ma ville de baie, et Rimbaud le doigt sur le détonateur.

Ah, mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations a son frontispice ivoire nrf bien flapi, vous vous en doutez. Couvertures déchirées et livres défraîchis témoignent d’un âge certain.

Vaneigem vient de mourir.

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres, Espagne

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 07 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse, éd le Réalgar, 60 pp, 7€

 

Josse tonique

Nous parlons de Jacques Josse.

Sa bibliographie est longue de vingt centimètres au moins, l’écart de nos doigts qui couvrent d’est en ouest une carte 1/250000ème de la Bretagne.

Jacques Josse est de cette péninsule.

Il est de ces vents de mer et de terre, à leur point de rencontre. Là que le natif de Lanvollon écrit.
On ne compte pas les biblios en centimètres, évidemment. Plutôt en titres. Lire ces titres dit beaucoup, ce n’est pas qu’une liste. C’est un monde, le monde jossien :

Tachée de rue la blessure, Fabrique, Carnets de brume, Des voyageurs égarés, Un habitué des courants d’air, Café Rousseau, De passage à Brest, Les buveurs de bière, Cloués au port, Gwin Zegal, Terminus Rennes, Retour à Nantes, Liscorno, J’ai pas mal d’écume dans le cigare, Au célibataire retour des champs, Comptoir des ombres, Chapelle ardente, Vestiaire de la mémoire.

L’empereur de la joie, Ocean Vuong (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

L’empereur de la joie, Ocean Vuong, éd Gallimard coll Du monde entier, 499pp, 25€

 

Joie du roman

La joie est ou n’est pas.

Ocean Vuong nous enfonce bas dans la joie dostoïevskienne, dans les bas-fonds de Gogol, sous terre où rampent à fond sur leurs vélos à grosse roue les livreurs de pizza, les découpeurs de poulets, les rôtisseurs et les hambourgeuteurs, ce grouillement d’humains tout en bas du bas. Ici, dans une ville pourrave donc joyeuse de Nouvelle-Angleterre. Plutôt en haut sur la carte, on peut même dans une virée de van visant à chercher des stocks d’épinards toucher au Vermont, ça dit peu à peu, sans doute, sauf aux américanophiles qui restent ou aux phobes de plus en plus nombreux.

Un remède pour les deux : lire Ocean Vuong !

La Pianiste, Isabelle Amonou (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 24 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La Pianiste, Isabelle Amonou, éd Dalva, 431 pp


Iode et ode

Rentrons d’entre rochers gris et vagues puissantes. Du Finistère.

La pianiste d’Isabelle Amonou nous y a conduits. Bord d’estran, rangées d’écume, Fort du Taureau ou raz de Batz, allons-y à la nage bien que ce ne soit pas recommandé par la sécurité civile ni la SNSM (Sauveteurs en mer).

La pianiste n’a plus qu’une main, débrouillez-vous de cette partition et entrez au cours de natation.

Faire un livre ou écrire un livre ne renvoie pas au même. Pour le faire ou l’écrire, deux solutions. Se laisser emporter, aller aux vents de soi, courir sur ses chevaux de mer et sans brides. Ou, au contraire, comme Isabelle Amonou, tenir tout très serré.

Faire œuvre de didactisme, continuer de donner la leçon, ici de musique, là d’amour, ou, pour encore plus d’intrigues, y mêler la grande Histoire, Berlin anéantie, un viol, une fille née de ce viol, Jeanne, donc pianiste.