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Articles taggés avec: Cervera Gilles

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous éd nrf Gallimard, 53pp, 11€90 Edition: Gallimard


Quel homme (mâle !) se prétend-on pour oser écrire sur Hélène Cixous ?

Et pire, risque insensé, pour tenter de s’appareiller à Le rire de la Méduse, Manifeste de 1975, publié en 2024 à la NRF ?

Ce pourrait être un tract dont Gallimard a pris l’habitude, son format court et vif correspondrait, mais Le rire de la méduse mérite mieux, la collection ivoire, dite blanche est à bonne hauteur – pour ne pas dire auteure.

Tout le système phallogocentré en prend pour son grade, et à juste titre ! Y compris l’éditorial !

Écris, que nul ne te retienne, que rien ne t’arrête ; ni imbécile machine capitaliste où les maisons d’éditions sont les rusés et obséquieux relais des impératifs d’une économie qui fonctionne contre nous et sur notre dos ; ni toi-même.

Dix huit, Gaëtan Lecoq (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 28 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques

Gaëtan Lecoq, dix huit, éd Terres du couchant, 73pp, 14€


Éclis de mémoire


On voit plus juste en poésie. Le poète voit et revit et son rythme est le bon.

Sa mémoire est une veille et nous révèle dans le miroir.

Voilà de bien banales généralités.

Pour le singulier, lisons Gaëtan Lecoq.

Le poète breton de Rennes et des Finistères fait paraître un chant aux éditions Terres du couchant. Le beau cahier de Gaëtan Lecoq s’intitule sobrement et en toutes lettres : dix huit.

Il suit les quatre années maudites :

Marie-Hélène Lafon, Hors champ (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 30 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Buchet-Chastel

Marie-Hélène Lafon, Hors champ, éd Buchet.Chastel, 170pp, 19,90€

 

Le livre sous le livre, le livre avant le livre

Elle le regarde aux yeux.

Drôle d’expression. Qui ouvre à une langue propre, celle de Marie-Hélène Lafon.

On regarde plutôt dans les yeux. Pas Marie-Hélène Lafon de la Santoire et des monts du Cantal, des fromages en affinage et des fermes au bout des mondes. Là, dans ces paysages-là, on regarde aux yeux.

C’est d’ailleurs une chose bien difficile de regarder aux yeux. Ça voudrait éviter le face à face, ça pourrait empêcher de regarder en face et, avantage certain, ça remplacerait l’usage de la parole.

Comment dans ces campagnes de neige épaisse, de vents vifs, de pas alourdis et de chemins sans fin le lien a-t-il lieu ? Comment la parole passe ? Comment les dos voûtés se tournent, les regards se perdent, souvent plus bas, qui évitent ce que nous nommons, un peu urbains, vaguement normalisés, soi-disant modernes, des conversations.

À ma sœur et unique, Guy Boley (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Guy Boley, À ma sœur et unique, éd Folio, F9, 491pp

 

Nietzsche et sa sœur

À ma sœur et unique a obtenu le prix des Deux Magots en 2023, année de sa parution chez Grasset.

Tout Nietzche n’est pas forcément à relire, ni à revoir, ni avant ni après, mais l’unique est donc la sœur de Friedrich. Dans son troisième livre, l’auteur lui fait sa fête !

Guy Boley nous entraîne cœur et tambour battants dans cette folie fratrique, cette fabrique à fake sororale qui ne va rien de moins que faire œuvre de son frère et lui construire le piédestal, amorcer la pompe à célébrité tout en créant, d’entrée, le malentendu.

Pour ne pas écrire pire. Le contresens, ou pire encore, l’instrumentalisation, celle qui peut jouer aujourd’hui comme une gangue idéologique, un précédant de lecture.

Ou comment une sœur devient mère de son frère et, à ce titre, le contrefait.

Guerre & guerre, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 19 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Babel (Actes Sud), Pays de l'Est

Laszlo Krasznahorkai, Guerre & guerre, éd Babel, 338 pp, 9,30€

 

Lisons un Nobel, ça donne à lire le monde lointain, et celui, si proche des révolutions littéraires que Nobel n’ennoblit pas à chaque fois (LF Céline, Thomas Bernhard, Beckett).

Comment approcher László Krasznahorkai ?

Le lire suffit. Pas seulement le lire, se faire engloutir, se laisser couler, risquer la noyade, et se surprendre, remonter, mieux, voler ! Krasznahorkai ferait s’envoler un non-nageur au fond de n’importe quel abysse.

Lire Guerre & guerre. Cela prend un peu de temps, nécessite un certain, comment dit-on à présent, lâcher prise ! Calembredaine ! Fadaise ! Nous ne lâcherons rien mais nous lirons car, oui, il faut lâcher les rênes de nos imaginaires.

S’avouer en premier qu’on n’y comprend rien. Ne pas s’en défendre, voire même, suprême plaisir, aimer ne rien comprendre – car en vérité on ne comprend jamais grand-chose ! Perdons nos repères :