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Articles taggés avec: Cervera Gilles

Jaune soleil, Éric Chevillard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 29 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Jaune soleil, Éric Chevillard, éd de Minuit, 158pp, 18€

 

Lire jaune !

D’abord dire qu’Éric Chevillard met des couleurs aux titres. Pas comme le savant Pastoureau, plutôt en poète : Oreille rouge, Ronce-Rose, ce que Chevillard voit !

Ensuite Chevillard s’amuse. D’autres titres : Mourir m’enrhume, le premier de ses livres publié comme les autres chez Minuit ou Sans l’orang-outang, La nébuleuse du crabe ou L’explosion de la tortue.

Évoquons ce bestiaire afin de montrer le spectre large du monde chevillardien. Zoologique quoique sans limite ! Rien ne le retient, peu fait frontière. Éric Chevillard nous régalissime et nous fouririssime depuis 1987. Presque quarante ans et vingt-deux éclats de rire au compteur ! Le double si l’on lit la rubrique du même auteur en fin d’ouvrage, chez, Fata-Morgana notamment.

Un frère, David Thomas (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 25 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Un frère, David Thomas, Editions de l’Olivier, 142 pp, 19€ 50

 

L’affre d’écrire l’affreux

Un frère de David Thomas n’est pas à lire comme un précis de psychopathologie, ni comme un roman de plus sur les liens fraternels, ni ni ni, c’est un livre à lire.

Le livre désespéré et désespérant pour qui voudrait (encore) sauver l’autre, le soutenir (malgré tout) à bout de bras quand il tombe, le soustraire à ses démons, à ses monstres. Cela ne se peut pas puisque l’autre est un être !

C’est un homme, un autre. C’est un frère, un être cher et nul n’y peut. Nul ne sauve, malgré l’amour, malgré le lien. Nul n’y peut.

Reste la littérature.

Reste le récit puissant d’un frère qui se tue dès le départ alors que ça ne se voit d’abord pas. Dans la puissance des adolescences, dans la force de la jeunesse, les dérèglements rimbaldiens semblent joie, maîtrise et plaisir festif quand, dans l’âge adulte, l’effondrement s’avère une chute sans fin et un fond jamais atteint. Saut dans le vide ! Dans la maladie du vide.

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 15 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard, Julliard, 269 pp, 21,50€


Sans image, cent

Nous avions déjà été secoué par le Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard paru chez Minuit en 2018.

En janvier de cette année, chez Julliard, nul n’est parfait, apparaît le plus que parfait L’immontrable.

Comment critiquer un livre qui est un monument, s’attaquer à un sanctuaire, une épopée humaine, comment ne pas s’arrêter à un arrêt sur imageS ? Comment dire de ce qui a eu lieu, dont l’auteure dit de sa peau, de ses doigts, de ses yeux et surtout de ce peau-à-peau, de ce mot à mot, de ce mano a mano psychique qui ouvrent et ferment en même temps ?

Le dire. Surtout le lire.

Ce livre est un haut-parleur pour les muettes et les muets. Ces enfants jamais nés vivants, tout le temps morts sauf dans la tête éternelle de leurs parents ou dans le ventre lorsqu’ils bougent, donnent des coups de pied, s’agitent. Enfant de la grotte. De l’utérin.

Ce qui reste, Bernhard Schlink (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ce qui reste, Bernhard Schlink, Gallimard du monde entier, 206 pp, 20€

 

Reste à vivre

Le reste à vivre est une expression banquière odieuse. Ici, elle est fichée comme un couteau dans le réel. C’est que la mort est dans la vie et le livre va bien au-delà.

Bernhard Schlink interroge ce moment du deuil de soi dans un conte à rebours intitulé Ce qui reste.

Ce qui reste est adressé à ceux qui restent, vu des dernières semaines, des derniers jours, des derniers ressauts et ressacs d’amour. Plus de place au regret, trop tard pour la nostalgie. C’est quoi, c’est comment ? Ces derniers moments, sont-ils d’attente, d’illusion projective ou est-ce que retourner revoir la mer est suffisant ?

Au bout de quelques jours, Ulla lui demanda combien de temps il voulait rester au bord de la mer. « Encore un petit peu », répondit-il, et quelques jours plus tard, il dit à nouveau : « Encore un petit peu ».

Peau d’ourse, Grégory Le Floch (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Peau d’ourse, Grégory Le Floch, Aux éditions du Seuil, 230pp, 20€

 

Point sublime

Qu’est-ce qu’une montagne ?

Visible depuis à peu près partout au village : elle est grosse et lourde. Pas du genre pic ou dent qui monte dans le ciel comme les autres. Nan. Du genre gros tas.

-       Un mont en forme de bouse.

Nom : Mont-perdu. Parfait pour rebaptiser l’héroïne de Peau d’ourse, le sixième roman de Grégory Le Floch.

Avec un transgenrisme littéraire très sûr, l’auteur passe de l’ethnologie à l’imaginaire, du gore au fantastique, de l’animal à l’humain et retour, non sans passer par la case souffrance. Dans ce roman, ça douille !

Dans ce minuscule village, ça dérouille.