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N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes, éd Verdier, 154 pp, 19 € 50

 

Cercle de fou

Tout est à garder chez Verdier ! Emma Marsantes y édite à cette rentrée N’efface pas mes cercles.

Comprendre dès la première exergue signée Plutarque que le destin tient du géométrique et du mortifère et à la seconde, éclairante, de Valère Maxime (1er siècle ap JC): Archimède aurait dit en mourant : « N’efface pas mes cercles ».

Géométrique, circulaire, c’est la forme du livre d’Emma Marsantes.

On se croit d’abord dans la Maison vide de Laurent Mauvignier mais on le sait qu’on a pris un an. La saga va plus vite, les phrases sont courtes et le rythme accéléré entre les quatre générations nous perd parfois. On ne se retrouve ni sain ni sauf.

L’histoire est plutôt nantaise. Pornic, pour être précis. Belle propriété, grilles et enlacement de glycines centenaires.

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 12 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu, éd Albin Michel, 337 pp, 21€90

 

Labyrinthe tordant

Et si chaque exilé était un labyrinthe. Son incarnation.

Entrez dedans, fil d’Ariane d’écriture à tenir fin entre les doigts en lisant Quelqu’un comme nous de Dinaw Mengestu.

Chaque exil témoigne d’une force inouïe, d’une certaine mélancolie aussi bref d’une somme incalculable de romans à écrire.

L’auteur entre dans la Collection Terres d’Amériques aux éditions Albin Michel.

Né en Ethiopie, Dinaw Mangestu est un exilé. Et généralisons, donc exagérons, donc contrevéritons, l’exilé renouvelle tout, y compris la manière de voir, de se voir, d’écrire, de s’écrire.

Quelqu’un comme nous est donc ce labyrinthe incarné, vivant, dans le temps autant que dans l’espace.

La Maison aux livres, Enis Batur (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La Maison aux livres, Enis Batur, éd Zulma, 181pp, 9€95

 

Les éditions Zulma, belles dans la main même en poche, ont livré en 2025 La Maison aux livres d’Enis Batur.

L’auteur est turc, éditeur et écrivain.

Universaliste, humaniste, il réactive dans ce livre l’origine du livre. On a Manguel en tête, Umberto Eco, Elias Canetti ou bien évidemment Borges.

C’est écrasant. C’est lumineux. C’est le monde exact où l’on voudrait vivre, poings et pieds liés, dans cette Maison aux livres où le seul nourrir et le seul mourir seraient de tourner les pages, tout lire, tout le temps, tout.

L’impossible.

Il y a dans ce labyrinthe initiatique l’origine du fleuve et son immense delta. Chaque livre est une source et une arborescence. On repart d’Homère, on repart d’où chacun veut repartir, on arrive à l’arrivée, enchanté d’avoir lu, en attente douce du livre qui n’est pas encore écrit.

La Graine, Jacqueline Manicom (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 28 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La Graine, Jacqueline Manicom, ed Gallimard, coll L’imaginaire, 228pp, 10€50

 

Colère pour un passé proche

La collection L’imaginaire nous comble toujours autant. Faisant ressurgir des limbes des œuvres pas lues à l’époque de leur sortie, même si nous étions nés en 1974 !

La Graine de Jacqueline Manicom est éditée aux Presses de la Cité. Sous-titré Journal d’une Sage-Femme.

Ah le beau métier !

Pas besoin de faire un dessin car tout le monde le connaît ! Chacune et chacun a été cueilli par ses mains, ou tout du moins à l’immense majorité.

Ah la triste réalité !

Jacqueline Manicom dont le beau portait photographique ouvre heureusement le livre est guadeloupéenne.

Raoul Vaneigem (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques, Cette semaine

 

Moins 1 – Belge !

Dans mon lycée jadis, d’aucuns se passaient le petit livre rouge de Mao, plastifié pour affronter les bains-douches ou les sévères conditions météo d’Armorique, ceux-là psalmodiaient. D’autres se filaient, fatiguées et humides, les repros de repros de séminaires du Grand Jacques ! Chacun sa clandestinité. Certains s’enchantaient de Léon Tr. Pour ma part, nous lisions avec passion Raoul et obtenions notre bac, quand même, option Vaneigem !

Une vie d’adulte s’éclaire des découvertes adolescentes. C’est un lieu commun, sauf que Vaneigem resta mon clandestin, mon secret, discret talisman sur un rayon de bibliothèque entre Grenier et Guilloux, mes éclaireurs en ma ville de baie, et Rimbaud le doigt sur le détonateur.

Ah, mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations a son frontispice ivoire nrf bien flapi, vous vous en doutez. Couvertures déchirées et livres défraîchis témoignent d’un âge certain.

Vaneigem vient de mourir.