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L'Arbre Vengeur

L'Arbre vengeur est une maison d'édition de littérature créée en 2003. Elle publie des auteurs contemporains français et étrangers, et des rééditions ou des inédits d'auteurs disparus.

La tourbe et les larmes, John Quigley (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 17 Septembre 2026. , dans L'Arbre Vengeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, En Vitrine, Cette semaine

La tourbe et les larmes (To Remember with Tears), John Quigley. Traduit de l’anglais par Paul Mousset, éditions L’Arbre Vengeur mars 2026. 328 P. 21 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Écrivain rare, John Quigley, dont le titre traité ici est le premier traduit en français, nous offre un ouvrage âpre (et drôle), violent (et tendre), désespéré (et furieusement plein d’espoir) fou (et fou).

Cette île perdue au large de l’Écosse porte sur ses terres noyées de tourbe gluante quelques familles de malheureux pour lesquels survivre est une aventure quotidienne.

Perdu parmi les perdus, Cruachan Campbell, droit sorti de l’enfer d’une terre impossible et d’une misère plus noire que la nuit. Cinglé, velléitaire et paresseux, dévoré par l’idiotie, la superstition, happé par des espoirs et des projets plus absurdes les uns que les autres, il erre, hagard, au sein d’une famille dont les membres, Flora et les filles, ne valent guère mieux que lui – sauf peut-être ce jeune fils qui a fichu le camp sur le continent avec la montre du grand-père à vendre et qui ne reviendra jamais. Mais jamais n’a pas de sens pour Cruachan, il ne sait pas le temps et plus d’un an après le départ de Roddy il pense que son fils est parti depuis huit jours et qu’il reviendra aujourd’hui, ou demain peut-être.

L’hébétude parfaite de Cruachan n’empêche pas une succession d’espoirs voués tous à l’échec. Par la volonté du ciel. Ou par l’absence de volonté de Cruachan. Mais demain, demain …

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript), par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans L'Arbre Vengeur, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Cette semaine

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript, 1939), Traduit de l’anglais par Virginia Vermon et Daniel Apert, éditions L’Arbre Vengeur (L’arbuste véhément) 2025.480 p. 14 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Si d’aucuns lecteurs se sont lassés du genre Science-Fiction à force de technologie, de jargon scientifique, de situations abracadabrantes et de complexité narrative, il y a de fortes chances qu’ils reviennent au genre avec délice par cet ouvrage purement réjouissant.

Ce roman fut publié en 1939 et cette date résonne tout au long de l’ouvrage. La guerre qui gronde dans le monde irrigue l’histoire de ses menaces et de ses causes. Entre la menace de la lune qui s’approche rapidement de la Terre et celle de la folie des hommes en proie aux rivalités politiques et impériales, à la géopolitique post‑cataclysme et à l’obstination britannique à préserver ses routes maritimes et son empire qui précipitent le véritable désastre c’est, finalement, la seconde qui sera la plus grave.

L’Envers de l’éperon, Michel Bernanos (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 06 Décembre 2023. , dans L'Arbre Vengeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Envers de l’éperon, Michel Bernanos, L’Arbre Vengeur, 2018, 217 pages, 17 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

La lecture de ce roman est une véritable suffocation. La tension de l’arc narratif, des premiers mots aux derniers, est permanente tant le « contrat » de départ – au sens donné chez un tueur professionnel – ligote l’action dans une cible intangible et improbable : un frère aîné se voit confier la mission de tuer son frère cadet, qu’il aime et admire.

Michel Bernanos situe l’action au Brésil, dans les espaces brûlants du Sertão, emplis des échos annonciateurs du Diadorim de João Guimarães Rosa et des souvenirs d’enfance de l’auteur, qui vécut, avec son père Georges Bernanos et sa mère, plusieurs années dans ce pays. Le Sertão, devenu un espace mythique de la littérature, qui sert de cadre à tant de chefs-d’œuvre de Guimarães Rosa, Vargas-Llosa, Ribeiro Ubaldo, Da Cunha, et qui a la faculté de s’ériger en personnage central de tous les romans qu’il abrite.

Les tortues, Loys Masson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 27 Juin 2023. , dans L'Arbre Vengeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine

Les tortues, Loys Masson (1956), L’Arbre Vengeur, 2021, 302 pages, 17 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Nous avons, généralement, un regard amical sur les tortues, animaux paisibles, dont la lenteur semble évoquer la sagesse. Le narrateur de ce roman leur voue une haine mortelle, jusqu’à les écraser quand l’occasion se présente, voire les torturer savamment avant de les achever. L’histoire que raconte ce roman éclaire sur cette étrange passion sombre, héritée d’un souvenir d’enfance effrayant.

Le narrateur n’aura pas de nom, comme dans un contrepied parfait du célèbre incipit du roman de Melville qui hante les pages de celui-ci – Appelez-moi Ishmael. Mais comme Ishmael, c’est un jeune marin qui va s’embarquer pour un voyage terrible, dans les pas d’un commandant qui a bien des traits communs avec Achab et d’un compagnon de chambrée qui semble droit descendu de Queequeg. L’ombre de Melville, inévitable, une fois dite, il reste un roman époustouflant, dont l’économie narrative et la poétique particulière font un roman unique, terrible et précieux. Le Diable melvillois était hors du Pequod, dans l’abîme de l’Océan ; celui de Masson est dans La Rose de Mahé, niché dans le sang et la chair des hommes, dans l’abîme des corps. Au gigantisme de la Baleine Blanche, Masson répond par la taille microscopique d’un virus, celui de la variole installée aux Seychelles

Secrets barbares, Rodney Hall (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 19 Janvier 2021. , dans L'Arbre Vengeur, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Océanie

Secrets barbares (Captivity Captive, 1988), Rodney Hall, éditions L’Arbre Vengeur, octobre 2020, trad. anglais (Australie) Françoise Cartano, 246 pages, 17 € Edition: L'Arbre Vengeur

Des surprises, des irruptions littéraires d’une telle intensité sont d’autant plus formidables qu’elles sont rarissimes. Ce voyage dans les ténèbres du bush australien hantera longtemps ses lecteurs. C’est une traversée des replis les plus sombres de l’âme humaine, un véritable roman de terreur dans les ombres d’une famille effroyable, liée par une forme d’amour létale, travaillée par les pulsions les plus barbares. L’amour néanmoins – et c’est là sûrement le trait le plus terrible de ce terrible roman – l’amour qui soude, qui marque les cœurs et les corps, qui torture, qui dépasse toutes les limites de la morale, qui tue enfin.

En 1956, un octogénaire avoue un triple meurtre commis en 1898, au cœur de l’Australie pauvre, rude, oubliée. Une affaire réelle, mais dont Rodney Hall se défait très vite, ne prétendant à aucun moment à l’authenticité historique. « Les faits n’importent pas. C’est la fiction qui importe » écrit-il dans la préface. Il va même se défaire aussi en grande partie du prétexte du triple meurtre. Ce qui fait la matière essentielle du roman, c’est la famille Murphy avec le père, la mère et les dix enfants, dont trois, deux filles et un garçon, sont les victimes du meurtre. Des parents géants – tous deux dépassent les deux mètres et les 150 kilos – des enfants écrasés par cette parenté massive, physiquement et moralement.