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Roman

Le testament de Dina, Herbjørg Wassmo (par Zoé Tisset)

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 26 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques

Le testament de Dina, Editions Gaïa, septembre 2018, trad. norvégien Loup-Maëlle Besançon, 552 pages, 24 € . Ecrivain(s): Herbjørg Wassmo

 

Ce livre vous tient en haleine, il égaie la journée du lecteur car il sait qu’il a rendez-vous le soir avec Karna, jeune fille fragile dont la parole ou plutôt le silence et le corps sont devenus, pour une seule cérémonie, les lignes du testament de Dina sa grand-mère. Pour Karna alors, le monde de la réalité et celui onirique d’une grand-mère aventurière et féministe avant l’heure se sont confondus.

« Comment Johan, un adulte, un pasteur, avait-il pu ainsi exposer une enfant en lui demandant de confesser à l’église les crimes de sa grand-mère ? Ne comprenait-il pas qu’il y avait des limites à ce qu’une jeune personne était en mesure de supporter ? ».

Le lecteur est rapidement happé par l’histoire de cette famille aux prises avec la folie et la passion. Nous sommes dans une tragédie et chaque personnage est ancré dans une réalité qui le dépasse. Benjamin, le père de Karna, mais aussi le mari d’Anna qu’il a trahi mais qu’il aime, ne sait plus comment « réparer sa faute ».

L’île au trésor, Robert Louis Stevenson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Aventures, Tristram

L’île au trésor (Treasure Island, 1883), septembre 2018, trad. anglais Jean-Jacques Greif, 302 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Robert Louis Stevenson Edition: Tristram

 

Quel bonheur littéraire plus grand que de relire L’île au trésor ? Il n’en est guère d’imaginable, surtout quand nos souvenirs de la première lecture sont rabotés, mis à neuf, vivifiés par la grâce d’une traduction qui est en fait une véritable rénovation du texte de Robert Louis Stevenson. La langue des gens de mer explose à chaque page, rendue dans sa crudité, ses sonorités râpeuses, sa poésie brute. Aussi, c’est avec une joie rageuse que l’on retrouve Jim Hawkins, Long John Silver et les silhouettes inoubliables qui ont peuplé notre jeunesse.

Robert Louis Stevenson écrivait là le modèle suprême du roman d’aventure. On y retrouve le thème essentiel de l’initiation d’un enfant à la vie, le dépaysement absolu, les méchants et les gentils, l’amitié et la traîtrise, la peur et le courage. Rappelez-vous la scène du tonneau sur le pont du navire : qui n’a pas tremblé avec Jim découvrant, terrifié, les plans funestes et meurtriers de Long John Silver et ses acolytes ? Qui n’a pas ri aux bordées de jurons de Cap’n, le perroquet de la cuisine du navire ? Qui n’a pas applaudi aux victoires de Jim, Smollett, le docteur et toute la bande ? En un mot, qui n’a pas rêvé ? Et ce rêve, est celui du souffle de la grande aventure, celui qui tient les adolescents les yeux ouverts.

La fille au Leica, Helena Janeczek (par Carole Darricarrère)

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud, Italie

La fille au Leica, octobre 2018, trad. italien Marguerite Pozzoli, 384 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Helena Janeczek Edition: Actes Sud

 

 

Confidence pour confidence, la chronique n’est pas un sport de tout repos. Le trou noir de la lecture existe, ce livre en fournit la matière, qui nous renvoie à notre incurable sens des responsabilités.

Portrait retard enchâssé dans un jeu de miroirs en révélant bien d’autres, incarné dans le lit d’une actualité d’une densité historique à couper au couteau qui fait de cette reconstitution in extenso sur deux continents et quelques pays un tour de force en forme de machine de guerre, La fille au Leica est un gros livre réel, composé par degrés de réminiscences et de touches de frappe, un roman solide dans lequel il ne suffit pas d’entrer pour s’enfoncer à la verticale du temps dans les strates de l’Histoire et les remous d’une époque, sorte de monument funéraire à effet de labyrinthe qui vous enserre dans ses replis à s’y perdre ou non.

Un hiver en Galilée et Sud, Didier Ben Loulou (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 19 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

. Ecrivain(s): Didier Ben Loulou

 

Un hiver en Galilée, Didier Ben Loulou, Arnaud Bizalion Editeur, juillet 2018, 96 pages, 22,50 €

Sud, Didier Ben Loulou, La Table Ronde, mai 2018, 96 pages, 24 €

 

« Je passe devant une maison de prières où des chants s’élèvent, voix et louanges immuables qui disent ce qui ne peut être oublié. C’est quoi cette vie qui se concentre au cœur d’un paysage, entre les branches d’un amandier qui bientôt se remplira de boutons rose et blanc et cette sorte de curiosité comme le prolongement d’un savoir que je commence à explorer ? ».

Un hiver en Galilée est une promenade photographique, un roman photographié, comme nous dirions un roman dessiné, depuis la Galilée, et l’hiver à Safed. Le photographe met sa vie sur pause, il retarde le déclencheur, le temps de fixer l’objectif, de faire un pas de côté dans sa vie, de romancer cette nature inouïe qu’il découvre, ces traces de vie et de recueillement. Il croise un arbre ou un religieux curieux.

La coupe de bois, Carlo Cassola (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Octobre 2018. , dans Roman, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Italie, Editions Sillage

La coupe de bois (Il Taglio del Bosco, 1949), traduit de l’italien par Philippe Jaccottet, 119 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Carlo Cassola Edition: Editions Sillage

 

Comment ce miracle ? Comment ce petit livre, pas un roman, à peine une novella, peut-il condenser en une centaine de pages toute la magie de la littérature ? L’ampleur du style, son immense simplicité, des personnages taillés au burin, une histoire élémentaire, et la détresse des hommes, tout est là pour faire de ce petit roman un monument de littérature. Il semble que les écrivains italiens aient eu au XXème siècle un tropisme pour ce genre de la novella ancrée dans les profondeurs du pays, ses villages et ses montagnes. On pense à Leonardo Sciascia (La tante d’Amérique), surtout à Silvio d’Arzo (La maison des autres).

Guglielmo est bûcheron. Il vient d’acheter une coupe dans les bois perdus dans les Abbruzes. Il s’y rend après avoir embauché quatre hommes, plus ou moins ses amis, pour une période de six mois – automne et hiver – à couper des pins pour en faire du charbon qu’il vendra. Il est content car l’affaire est bonne. Et ce sont ces six mois, où il ne se passe rien d’autre que la coupe et les soirées dans la cabane construite dans le bois, que ce livre raconte. Rien d’autre. Mais qui a besoin d’autre chose ? L’écriture de Cassola fait le reste, c’est-à-dire l’essentiel.