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Roman

Sérotonine, Michel Houellebecq (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 28 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Sérotonine, janvier 2019, 352 pages, 22 € . Ecrivain(s): Michel Houellebecq Edition: Flammarion

 

Gilets jaunes, gilets verts

Qui connaît l’œuvre de Michel Houellebecq ne sera pas étonné par son nouveau roman en droite ligne de ses « domaines de la lutte ». L’auteur annonçait il y a près de deux ans qu’il renonçait au roman et à la critique politique et sociale au profit de l’amour, enfin d’en toucher le fond ou l’essentiel. Voire…

Certes, de l’amour il est bien question : c’est même la clé du livre. Mais il est recouvert de substrats. Pour les montrer, l’auteur fait preuve de toute sa verve et son autodérision. Poreux à son époque, il anticipait là (car le livre fut écrit avant) l’épisode des gilets jaunes de France par la jacquerie de ses gilets verts normands qui partent en guerre contre le consumérisme d’un capitalisme effréné. Le tout dans une sauce où, et volontairement, rien n’est épargné aux lecteurs surtout lorsqu’il s’agit de la choquer par une sexualité non tempérée via et par exemple la pédophilie ou la zoophilie dont son ingénieur agronome dépressif est la victime.

Une Chose sérieuse, Gaëlle Obiégly (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Jeudi, 24 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Verticales

Une Chose sérieuse, janvier 2019, 187 pages, 17 € . Ecrivain(s): Gaelle Obiégly Edition: Verticales

 

« Si je compose un roman avec des personnages, un personnage principal, une intrigue, un sujet, je n’écris plus », dit Gaëlle Obiégly dans son livre précédent, N’être personne.

Serait-elle revenue en arrière avec Une Chose sérieuse ? Les dix premières pages nous présentent un narrateur distinct de l’auteur, Daniel, dont le travail sous contrat consiste à rédiger les mémoires d’un autre personnage principal, une femme puissante et manipulatrice nommée Chambray. Cette femme dirige, dans un lieu appelé « L’ermitage », une communauté qu’elle entraîne à survivre à une imminente catastrophe. Daniel affirme que Chambray lui a implanté dans le cerveau une puce électronique destinée à rendre plus performantes ses facultés cognitives. Ces éléments d’exposition pourraient nous faire croire que nous entrons dans un récit avec une « intrigue » et un « sujet » de science-fiction, une fable entre utopie et dystopie : « Puisque la révolution, ça ne marche plus, on a renoncé, la perspective à présent c’est la catastrophe ». Chambray imagine une humanité nouvelle qui sera composée de son cercle de survivants. Mais les tares humaines ont toutes les chances de s’y reproduire car, dit Daniel, « la catastrophe, elle n’est pas devant nous, tu sais. On y est. Et c’est nous autres, la catastrophe ».

Einstein, le sexe et moi, Olivier Liron (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 24 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Alma Editeur

Einstein, le sexe et moi, septembre 2018, 200 pages, 18 € . Ecrivain(s): Olivier Liron Edition: Alma Editeur

Rythmé par le jeu de Questions pour un champion, les « Olé » et le couscous de langues de la grand-mère Josefa de l’auteur, Olivier Liron nous révèle dans ce roman sa différence, à la fois si géniale et douloureuse.

A coup de buzzers, on avance dans le roman dans la vélocité des réponses savantes sans queue ni tête de l’émission de Julien Lepers et le tourbillon des pensées incessantes de l’auteur qu’il nous livre sans censure.

L’auteur se sent comme un ovni à l’école. L’esprit critique y est banni. Quand il ne comprend pas la différence entre immigré et émigré, son professeur s’énerve. C’est d’ailleurs un problème en France, « cette obligation de se ranger en permanence du bon point de vue, édicté par des élites totalement à côté de la plaque, sans transiger ». Sa grand-mère d’origine espagnole est-elle immigrée ou émigrée ? Tout dépend de quel côté de la frontière on regarde. Cependant, quelles que soient les frontières, l’auteur se sent étranger. « Ma vie c’était ce sentiment, la honte. Pour moi il était normal d’avoir honte comme ça de son corps, la honte pour moi était normale comme le vent, comme l’eau du robinet, normale comme le fait de trier les poubelles, normale comme les nuages noirs en hiver ».

September, September, Shelby Foote (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 24 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA

September, September, Shelby Foote, Gallimard, trad. américain Jane Fillion

Décidément, Shelby Foote ne fait rien comme aucun autre écrivain. Dans ce roman, il s’attaque au genre « polar » mais aucun des codes connus de ce genre ne sont ici appliqués. Si bien que, si ce livre est un polar, alors tous les polars n’en sont pas. A travers l’intrigue qui tient September September, Foote va décliner toutes ses obsessions : le Sud bien sûr, son histoire, ses démons, les rapports entre blancs et noirs, la dérive des petits blancs vers le crime, les rapports sulfureux entre hommes et femmes et, toujours, en fond de tableau, l’Histoire des USA, la monographie du Delta, la mythologie sudiste.

On connaissait les polars violents, les polars où l’action tient en haleine, les polars mystérieux, les polars psychologiques. Foote invente un genre unique : le polar au ralenti. L’intrigue est des plus simples, des plus classiques : trois petits malfrats blancs du Delta, deux hommes et une femme, montent un coup. Ils vont enlever le petit garçon d’une famille noire de Memphis pour rançon. Puis ils le séquestrent et négocient avec les parents. On le voit, rien de bien stupéfiant. Ce qui l’est totalement, c’est la narration de Shelby Foote. Les scènes du drame sont en écho permanent. Dans Tourbillon, Foote nous avait déjà esquissé cette structure : une même scène racontée par différents personnages. Ici, c’est la règle.

Mollusque, Cécilia Castelli (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 22 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Serpent à plumes

Mollusque, janvier 2019, 151 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cécilia Castelli Edition: Le Serpent à plumes

 

La confession de Gérard le crustacé

S’il est vrai que la première phrase d’un roman peut être décisive et révéler le ton et la couleur de l’ensemble, le nom attribué au personnage principal est rarement anodin, innocent. Le narrateur de Mollusque ne s’appelle pas Gérard par hasard : c’est sa mère, une drôle de femme, qui a tenu à le lui donner. « Pas intellectuelle pour un sou », elle aime cependant les poètes et en particulier Gérard de Nerval, qu’elle tient pour l’arrière-grand-parent dans la lignée. Elle aurait d’autant plus dû penser à un autre nom qu’elle sait comment l’ancêtre a fini sa vie : au bout d’une corde. Négligeant royalement l’éducation de son fils, elle préfère s’adonner à une drôle d’occupation, qui semble son passe-temps favori :

Ma mère, bizarrement, adorait repasser ses culottes. Je ne sais pas pourquoi. Cela devait la détendre, la relaxer. Elle faisait souvent des piles entières de culottes qu’elle posait ensuite sur la table et qui finissaient parfois par tomber par terre. Alors elle les ramassait, les repliait, et elle semblait satisfaite.