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Les papillons noirs, Caroline Gutmann

Ecrit par Sylvie Ferrando 15.08.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Les papillons noirs, mai 2018, 320 pages, 19 €

Ecrivain(s): Caroline Gutmann Edition: Jean-Claude Lattès

Les papillons noirs, Caroline Gutmann

 

Caroline Gutmann nous offre avec ce livre un vigoureux récit de résilience. Les « papillons noirs » qui peuplent son esprit et gênent sa vision sont les symptômes d’un envahissement de son cerveau par un méningiome, tumeur bénigne qui advient, par malchance, plusieurs dizaines d’années après une chimiothérapie. L’héroïne, très inspirée de l’autobiographie de l’auteure, a une longue histoire avec la maladie et aspire à toute force à appartenir au monde des bien portants.

Libérée de toute charge professionnelle et familiale pendant le temps des examens et du traitement, elle se trouve à même d’explorer des pans de son histoire familiale paternelle qui lui étaient encore inconnus : Jean Gutmann, son père, resté à elle étranger, à la fois admiré et détesté, Gustave Hinstin (nom dérivé de celui d’Einstein), son arrière-grand-père, enseignant aux penchants homosexuels et mentor de Lautréamont, l’autre grand-père, le docteur Fernand Lamaze, inventeur de « l’accouchement sans douleur », le général Adolphe Hinstin, l’arrière-grand-oncle, et le cousin issu de germain Charles Hinstin, surnommé par Joseph Kessel « Le Zombie », installé au Cameroun dans les années 1930, qui reprend ensuite l’entreprise Citroën fondée par son père en région parisienne avant de s’expatrier à Kaboul, sont les figures marquantes qui reprennent vie au fil des pages.

En parallèle, pas à pas nous suivons les évolutions du tableau clinique de l’héroïne, hospitalisée en service de neurochirurgie à l’hôpital Sainte-Anne, ses rencontres, ses visites, ses examens, ses baisses momentanées de moral et ses reprises, tout cela conté avec vivacité et fantaisie, accompagnées d’une pointe d’ironie. Il ne faut surtout pas prêter le flanc à la commisération, à la pitié, verser dans la compassion, et engendrer ainsi le malheur et la tristesse. Même en milieu hospitalier, la vie continue, avec son cortège d’amusement et d’insouciance : telle est la « structure mentale » du personnage, et « la maladie n’y changerait rien ». Du repos en Bretagne, au bord de la mer, apporte la paix et l’espoir en fin d’ouvrage.

Toutefois, cette structure mentale farouchement optimiste n’occulte pas la lucidité : nous, humains, sommes des « zombies » qui « avançons dans l’existence, toujours entre deux mondes, sachant mieux que personne que nous sommes de passage, en sursis. De nos voyages, nous avons appris à voir plus loin et à capter les lumières cachées.

C’est notre force ».

 

Sylvie Ferrando

 


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A propos de l'écrivain

Caroline Gutmann

 

Caroline Gutmanntravaille dans l’édition et anime l’émission littéraire Postface sur RCJ. Après une hypokhâgne et une khâgne à Fénelon, elle a suivi des études de lettres. Elle est directrice du service de presse et de la communication aux Éditions du Seuil depuis 2010. Après Le Secret de Robert le diable(1994), Le Testament du Docteur Lamaze (1999) et Le Syndrome Nerval (2010), Les Papillons noirs est son troisième roman.

 

A propos du rédacteur

Sylvie Ferrando

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature française, littérature anglo-saxonne, littérature étrangère

Genres : romans, romans noirs, nouvelles, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Grasset, Actes Sud, Rivages, Minuit, Albin Michel, Seuil

Après avoir travaillé une dizaine d'années dans l'édition de livres, Sylvie Ferrando a enseigné de la maternelle à l'université et a été responsable de formation pour les concours enseignants de lettres au CNED. Elle est aujourd'hui professeur de lettres au collège.

Passionnée de fiction, elle écrit des nouvelles et des romans, qu'elle publie depuis 2011.

Depuis 2015, elle est rédactrice à La Cause littéraire et, depuis 2016, membre du comité de lecture de la revue.

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