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Nouvelles

Les nouveaux contes de la cité perdue, Richard Bohringer

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 20 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Les nouveaux contes de la cité perdue, 2011, 175 p, 15 €. . Ecrivain(s): Richard Bohringer Edition: Flammarion

Les schizoanalystes auront ici des grains à moudre. Mais pour quelle farine ? Et pour quel pain ?

Tout le monde ou presque aime bien Richard Bohringer. Il est humain, très humain, hyper humain. Il parle comme tout le monde, il se met en colère comme tout le monde et c’est pour ça qu’on l’aime bien, Richard Bohringer.  D’écrans en librairies, d’occident en accidents, le monde des animateurs criticopolitiques sourit à sa bonne gueule, sacrée gueule. RB sort du 7ème art et livre son 7ème livre.

Les résumés du livre sont partout, alors…

Mais voilà, sur le fond :
 rien de nouveau sous le soleil ! Le malheur, encore le malheur, on veut bien, oui, mais quelques épices d’humour, une pincée de distance, une once d’ironie même, une fraction homéopathique d’aromates sauvages ou autres herbes eussent agrémenté une lecture haptique ou l’eussent rendue moins contrainte voire obligée.

Mais voilà, sur la forme : « Moi j’ai pas de syntaxe : mon style c’est la syncope… » entendons-nous à l’envi sur nombre de tuyaux archi communicants. Et préfère l’impair de la sainte taxe de la sainte coupe – pourquoi pas ? – car RB nous y invite, façon post Ferré, mais vraiment post post. Et puis ça continue.

Nouvelle extraite de "Les hirondelles sont menteuses", Anita Berchenko

, le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Bonnes feuilles, La Une Livres, Numeriklivres

C'est une vieille anglaise, comme il y en a beaucoup dans le Sud-Ouest. Enfin, vieille, peut-être pas... difficile à dire. Grande et assez plate, de longs cheveux blonds fades qui pendent plus ou moins tristement sur ses épaules. Des yeux pâles, et le visage déjà ridé. Pas très féminine non plus, elle aime porter ce qu'on appelle des vêtements confortables, pulls, pantalons, chaussures sans talon. Ce qui ne l'empêche pas d'être très sympathique de l'avis de ses voisins et amis.

Elle s'appelle Kate Brighton. Elle a profité de l'époque où la livre était si forte qu'elle lui a permis, grâce à des économies bien placées, d'acheter cash une maison en France, comme un certain nombre de ses congénères. Elle a liquidé toutes ses affaires en Angleterre, a démissionné de son poste de cadre, et s'est consacrée à la rénovation de sa maison tristement abandonnée aux outrages du temps, qui étalait sa déchéance sur la place de la mairie de cette petite ville du Lauragais.

Le Lauragais, qui s'étend du sud-est de Toulouse jusque dans l'Aude, est une région magnifique. Avec un petit air de Toscane, à ce qu'il paraît. Une succession de vallons, de collines quadrillées de verts et d'ocres rutilants. Des platanes à perte de vue. Des marées de tournesols ou de blés ondulant sous le souffle du vent.

Les hirondelles sont menteuses, Anita Berchenko

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Numeriklivres

Les hirondelles sont menteuses. Numerik livres. . Ecrivain(s): Anita Berchenko Edition: Numeriklivres

Anita Berchenko nous offre encore des nouvelles, après son «  petites morts en plein jour ».  Dix nouvelles encadrées par un joli prologue et un épilogue, que, pour ma part, je trouve superflu.

Unité de lieu : un village du Lauragais «  le vent d'Autan s'était levé et secouait les branches des arbres alignés le long de la place. Il portait avec lui une odeur de moisson, une poussière de blés coupés et battus ... »; Dix femmes différentes, des habitantes des plus banales ; tous âges, toutes histoires, tous physiques, fantasmes, états d'âme, spleen … On est bien dans du Berchenko ! C'est toujours, chez elle, cette admirable aptitude à décliner le quotidien ; ses petits traits en pointillé - limite G. Perec dans «  les choses » - «  décor à l'anglaise … des porcelaines, des vases, des théières en fonte … so british ... ».On y croise des femmes, celles de tous les jours, nous ! «  Magali rajoute du vert sur ses paupières au risque d'en mettre trop, et d'un geste un peu tremblant ... » et puis, et on a là tout le talent d'une Berchenko, ça bascule juste à temps pour nous étonner, nous faire battre le cœur un peu vite, nous donner envie de plonger tout de go, dans la nouvelle suivante, guignant la chute …

Comme chiens et chats. Histoires de frères et soeurs

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier

Comme chiens et chats. Histoires de frères et sœurs, collectif, 2011, 159 p. 9 € Edition: Thierry Magnier

Neuf nouvelles autour des relations fraternelles, neuf approches différentes et sensibles qui toucheront, questionneront et amuseront les adolescents et, comme tout bon ouvrage de littérature jeunesse, leurs parents.

« La randonnée du quinze août » de Véronique M. Le Normand réunit une fratrie devenue adulte pour un rituel estival imposé par les parents. Le cadet des quatre enfants y rejoue le scénario sans cesse répété du vilain petit canard, mais trouve cette fois sa place, sans « la douloureuse sensation de nager à contre-courant ». Un fils cesse d’être unique, adoptant son grand frère sans retenue, à la différence des adultes rétifs et méfiants face à une paternité mise en doute. Une adolescente parvient à faire disparaître par magie son horrible petite sœur et n’aura de cesse de la retrouver. Florence Thinard souligne que le lien qui se tisse entre sœurs n’est pas seulement le fait d’une relation de famille mais le fruit de rencontres et de coups de cœur. « Mes parents m’ont donné un frère et la vie m’a offert des sœurs ». Avec un frère ou une sœur, on se perd de vue car l’un des deux a déjà mis un pied dans le monde adulte, parce qu’il souffre ou a sombré dans une addiction. Mais ce lien ineffable et complexe n’a de cesse de se recréer, de se refondre à chaque étape de la vie.

Darling River, Les Variations Dolorès, Sara Stridsberg

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Stock

Darling River, les variations Dolorès, Stock La Cosmopolite – 350 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Sara Stridsberg Edition: Stock

Darling River, les variations Dolores est, comme son titre l’indique, une série de variations. Variations autour du Lolita de Vladimir Nabokov et de son personnage principal devenu figure symbolique. Variations à travers quatre destins de lolitas.

La première de ces lolitas, Lo, a treize ans. Son père l’a baptisée Dolorès en hommage au roman de l’écrivain russe qu’il aime tant. Le soir venu, ils montent dans sa voiture et parcourent les routes, à travers un paysage apocalyptique de forêts ravagées par des incendies. Ils roulent toute la nuit et ne reviennent qu’à l’aube. A l’occasion, le père percute des animaux sur le bord de la route ou arrête son engin pour s’exercer au tir sur des robes et des chemises ayant appartenu à sa femme, la mère de Lo, aujourd’hui disparue.

Lo ne le considère pas comme un père, mais plutôt comme un frère, comme s’ils étaient tous les deux des orphelins abandonnés par leur mère.

« Papa adorait rouler en voiture. […] il prenait le volant et emmenait maman pour de longues promenades la nuit. Ils faisaient l’amour dans la voiture, mangeaient et dormaient dans la voiture garée sur la place. […]. Quand maman n’a plus voulu l’accompagner, j’ai pris sa place ».