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Nouvelles

Mood Indigo, Mamadou Mahmoud N'Dongo

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Mood Indigo, Improvisations amoureuses, 18 euros . Ecrivain(s): Mamadou Mahmoud N'Dongo Edition: Gallimard

Mamadou Mahmoud N’Dongo continue, avec Mood Indigo, qui sont de courtes nouvelles ayant aussi bien trait à l’incompréhension amoureuse qu’à l’incompréhension politique, un parcours prosodique qui vise à faire advenir, dans le langage même, quelque chose de l’Afrique, du corps de ce pays en même temps que de son humour, multiple. Bien sûr il ne s’agit pas pour l’auteur de penser qu’un continent puisse être soluble dans une forme, dans un art, mais assurément Mamadou Mahmoud N’Dong pense avec raison qu’un art peut donner à entendre un pays – il ne s’agit pas ici de donner à voir, puisque la plupart des situations décrites sont, du reste, des situations proprement linguistiques –, à écouter une altérité géographique, laquelle n’est pas le fait d’un invariant mais d’une multiplicité de singularités.

Car il ne s’agit jamais pour l’auteur qui n’en est pas à son coup d’essai de donner corps par la forme et par le style à des topoï, mais il s’agit toujours pour lui de chercher à approcher inlassablement une culture, la sienne, avec toutes les nuances que lui permet le langage autant que la diversité des formes utilisées qui ont toutes des liens avec la nouvelle, mais des liens superficiels, car l’on trouve également, dans ce livre, ce que l’on pourrait appeler de très courts romans, condensant chacun le non-dit qu’il véhicule autant que ce qu’il donne à penser.

La théorie de la lumière et de la matière, Andrew Porter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

La théorie de la lumière et de la matière, traduit de l'anglais (USA) par France Camus-Pichon. Mai 2011. 208 p. 20 € . Ecrivain(s): Andrew Porter Edition: L'Olivier (Seuil)

Attention, joyau. Ne vous laissez pas piéger par ce titre à terrifier tout esprit non scientifique. Ce livre ne traite pas de physique. Encore un miracle que les Américains cachaient dans leur vivier de nouvellistes étincelants. Andrew Porter nous fait faire une sorte de road reader à travers les USA. Un collier de dix nouvelles inoubliables, scènes à la fois banales et effarantes de la vie quotidienne. C’est là le secret de Porter : il a trouvé la clé du mystère qui lie étroitement le banal et l’effarant. Chaque histoire est un morceau, quelques heures ou un moment unique, de la vie de quelques personnages. Rien d’exceptionnel dans les situations : deux amants nus sur le sol de leur salle de séjour, un fils et ses parents qui ne s’entendent pas, deux enfants qui jouent dans un jardin, un couple qui a adopté un jeune garçon … et doucement, sans en avoir l’air, la dissonance arrive dans l’harmonie apparente, mettant à nu, impitoyable, le réel niché derrière les illusions d’une vie.

« C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu mon père en costume avec ma mère en robe du soir. Ils se tiennent par le bras, souriants, serrés l’un contre l’autre, légèrement courbés pour lutter contre le vent, se protégeant de quelque chose qu’ils ne voient pas encore. »

Modèles réduits, Jacques De Decker

Ecrit par Christopher Gérard , le Dimanche, 15 Mai 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Modèles réduits, Editions de la Muette, 18€. . Ecrivain(s): Jacques De Decker


La lecture de Modèles réduits, de Jacques De Decker, s’apparente à une dégustation de pâtisserie fine. Ce touche-à-tout des Lettres nous propose un recueil de nouvelles, publiées ici ou là (et notamment dans la revue Marginales) où se conjuguent charme, humour et gravité. Nous y suivons Jacques De Decker dans son exploration du Royaume des Belges, contrée étrange, tour à tour attachante et agaçante, aux lisières du ridicule comme aux antipodes du sublime. Qu’il mette en scène le père d’un élu, grabataire (le père, pas le fils qui lui se porte bien) empli d’une ironie féroce pour le « ramassis de politiciens véreux et de démagogues éhontés » que courtise son rejeton ; qu’il raille le tabagisme (« cette folie collective qui a frappé notre culture au moment où elle s’est affichée comme la première au monde ») ou les incohérences de notre STIB régionale, Jacques De Decker ne se départit jamais d’une bonhomie de sceptique désabusé, mais un sceptique qui aime rire, attaché à la vie et à ses plaisirs, dans la plus pure tradition brabançonne. Un « ennemi des certitudes » – attitude typique d’un peuple allergique aux messies – qui scrute les lézardes de notre petit monde ;

Les trois roses jaunes, Raymond Carver

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Les Trois roses jaunes, Œuvres complètes, volume V, traduit de l'anglais par Françoise Lasquin, février 2011, 182 p., 15€. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)


Ce volume rassemble sept nouvelles, les dernières publiées du vivant de l’écrivain. Tout comme le précédent volume, Les Vitamines du bonheur, il plonge le lecteur dans un univers a priori des plus banals mais où de petits rouages se grippent, se bloquent, créant tantôt la surprise, tantôt un étrange sentiment de malaise. On est dans la quatrième dimension.
Plusieurs nouvelles mettent en scène le couple, dysfonctionnel, recomposé maintes fois, tantôt hanté par une belle-mère aux pulsions vagabondes dans Cartons, tantôt par une hypocondrie aussi soudaine qu’irrationnelle dans Débranchés. Le narrateur dans Le Bout des doigts s’enferme dans ses recherches au point de ne pas réaliser que sa femme le quitte, se trouvant rejeté « en dehors de l’histoire, relégué au rang de l’anecdote ».
Cette voix, à chaque fois différente, qui se raconte, focalisée sur son propre point de vue, donne l’impression de sombrer doucement dans la folie, une folie ordinaire faite de petites obsessions et d’inconscience, d’incompréhensions et d’un zeste de fantastique.