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Les Livres

Une révolution dans la pensée, Jean François Billeter (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 05 Octobre 2023. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Une révolution dans la pensée, Jean François Billeter, éditions Allia, août 2023, 64 pages, 7 €

 

Une révolution dans la pensée ?? Pas moins ??!… Et par un homme seul, pour un projet global et dans un opuscule d’une cinquantaine de pages ?! On peine à le croire, mais, à le lire, le contenu est riche, le pari est tenu, l’affaire est passionnante. Voici en quoi.

Il faut une révolution, en effet, c’est-à-dire il faut retourner la catastrophe en cours : sans un nouveau commencement (une sorte de mutation personnelle, partagée de proche en proche, y pourvoirait), l’aventure humaine est finie, l’affaire est pliée. Et révolution dans la pensée, car la pensée est le pouvoir le plus général, le plus accessible, le plus proche (il suffit que chacun fasse l’effort de se servir de lui-même) : la pensée est en effet le pouvoir de se représenter ce qui importe, elle est la liberté de comprendre dans l’exigence de vérité. La vérité n’est pas ici un contenu, mais une exigence (un Trump, par exemple, ou un Poutine, ne pense pas, car il n’exige pas la vérité de son propre discours ; il ne pense pas, il se parle – surtout de lui-même – à voix haute, et fait vivre ce qu’il veut réel, sans tenter d’éclairer ce qui rend réel ce qu’on vit).

La Nuit de Gigi, Dominique Dussidour (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 04 Octobre 2023. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Table Ronde

La Nuit de Gigi, Dominique Dussidour, La Table Ronde, avril 2022, 272 pages, 20 € Edition: La Table Ronde

 

La nuit et les jours

Le livre La Nuit de Gigi n’est pas à lire seulement parce que Dominique Dussidour est morte peu après avoir posé son point final. Pas non plus parce que le livre livre la mort, noyade infinie, fleuve sombre, Léthé, Styx ou Seine, mais bel et bien à lire parce que le livre s’illumine du vivant.

Les conversations nombreuses, infinies, adolescentes, futiles et sensibles sont des dialogues qui vibrent l’aujourd’hui. On sent la vapoteuse tout parmi ou les effluves par moment de joints qui flottent.

Les escarmouches sont vives, acides, les effusions l’emportent mais l’une et l’autre sont surtout nimbées d’une fraternité, amoureuse, amicale, on aurait dit bien avant camarade.

Le roman déroule une cour parisienne. Un quartier. La rue bien nommée des Martyrs et ses bars-tabacs célèbres. Le récit est, c’est là que Dussidour innove, jeune. On dirait djeun si ce n’était carrément démodé !

Dernier émoi, Christine Hervé (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 04 Octobre 2023. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Dernier émoi, Christine Hervé, Editions Traversées, juin 2023, 114 pages, 20 €

 

Réjouissons-nous ! La poésie, la vraie, la belle, la puissante, qui émeut, n’est pas morte. Les Editions Traversées, comme, c’est fort heureux, quelques autres maisons indépendantes, nous la font vivre, nous la font lire, nous la font aimer. Les Editions Traversées sont wallonnes…

Les ouvrages publiés sont de beaux livres, d’élégante facture, visuellement attirants, tactilement agréables. C’est important. L’esthétique physique du volume incite à découvrir l’esthétique artistique de l’œuvre dont il est l’écrin. Les Editions Traversées ont le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qu’il faut remercier pour leur implication dans cette riche démarche culturelle.

A noter : Les Editions Traversées publient, à raison de trois numéros par an, une revue littéraire fort appréciée.

L’opus de Christine Hervé, le vingt-troisième, déjà, de la collection, est constitué de quatre corpus de longueur inégale :

Ubik, Philip K. Dick (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 03 Octobre 2023. , dans Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Ubik, Philip K. Dick, éd. J’ai Lu, janvier 2023, trad. anglais, Hélène Collon, 320 pages, 7,40 € . Ecrivain(s): Philip K. Dick Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

Publié en 1969, mais écrit en 1966, Ubik est considéré comme le chef-d’œuvre de Philip K. Dick, et est régulièrement cité parmi les meilleurs romans de science-fiction, voire, à en croire le magazine Time, parmi les meilleurs romans écrits en anglais au vingtième siècle. Et il est vrai que la première lecture de ce roman a été marquante, voire troublante. En effet, il s’ouvre sur une situation qu’on pourrait considérer comme conventionnelle dans le cadre de la science-fiction des années soixante : en 1992, la Lune a été conquise, la société est aux prises avec des personnes possédant des pouvoirs « psi » (télépathes, précogs – dont il faut contrer les agissements) et les morts sont maintenus dans une « semi-vie » qui permet à leurs proches de rester en contact avec eux. Dans ce contexte, Joe Chip travaille pour une « agence prudentielle » : sa fonction est de tester les « inertiels » (ceux qui peuvent neutraliser les « psis ») pour son patron, Glen Runciter ; Chip tient un rien du détective privé à la vie ratée des « hard-boiled novels » et son quotidien permet une critique sarcastique du capitalisme dans son ultime aboutissement, puisqu’il est confronté à la porte de son appartement refusant de s’ouvrir faute d’une pièce de monnaie, chaque élément électro-ménager fonctionnant (ou pas…) de même.

Voyous de velours ou l’Autre Vue, Georges Eekhoud (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 03 Octobre 2023. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Voyous de velours ou l’Autre Vue, Georges Eekhoud, éditions GayKitschCamp, 2015, 180 pages (notes et analyses de Mirande Lucien), 20 €


« beaux de la beauté primordiale, brutes libres et impulsives, candides dans leur perversité même »

Voyous de velours, publié par le Mercure de France en 1904 sous le titre L’Autre Vue, puis sous son titre définitif en 1926 à La Renaissance du livre, constituera pour les curieux une excellente introduction à l’univers (à l’imaginaire, aux fixations, à la géographie intime, à la langue) de Georges Eekhoud, né en 1854 comme Rimbaud. On peut en effet considérer ce bref récit comme une sorte de manifeste romanesque où l’auteur, à travers le personnage de Laurent Paridael, déjà présent dans La Nouvelle Carthage en 1888 et soudain ressuscité puisqu’il y disparaissait lors d’un incendie, donne l’impression d’avoir essayé de condenser une vision du monde et une vision de la société – une érotique et une éthique.