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Les Livres

Le Royaume sans murailles, suivi de : L’aurore intranquille, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Août 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Le Royaume sans murailles, suivi de : L’aurore intranquille, Catherine ANDRIEU, éd. Rafaël de Surtis [120 p.] – 17 €

Je suis née trouée, dit Catherine Andrieu, le laps fulgurant d’un souffle puisé dans une transfiguration chamanique du monde et l’alchimie d’un style, au cœur d’un Royaume sans murailles blotti tel une grotte au creux de la Terre, à l’écart du monde normatif, géode cosmique grandeur nature à même la paroi du vertige. « Je me suis levée avec la sève aux poignets », poursuit-elle, dressée à l’assaut du ciel sous l’arche végétale où le velours des fougères cervidées, entre autres -au milieu d’une faune sauvage qui n’a de sauvage qu’une liberté indomptable- peuple l’animale forêt de sa pensée. Par les interstices du feuillage, ceux de l’observation patiente, de la peur, du doute,  de la clairvoyance, elle s’y incarne par le sang de ses mots prenant racine « sur un sol (…) de sources invisibles » (arbre, clairière, « langue rauque des torrents », …), dans une osmose alchimique de sourcière, renversant la perspective, accouchant d’oiseaux en vol du Saint-Esprit sur les persiennes de sa chair, par le ventre de l’œil à l’écoute visionnaire (« des oiseaux carnivores sont nés dans mes cils »). Elle remue les globules de son encre dans le calice d’une immobilité figurative incorporant le total univers non domestiqué qui nous entoure.

Car le feu qui me brûle est celui qui m’éclaire, carnets de cavale 18 octobre 2009-8 mars 2010, Brigitte Brami (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Lundi, 25 Août 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Récits, Unicité

Car le feu qui me brûle est celui qui m’éclaire, carnets de cavale 18 octobre 2009-8 mars 2010, Brigitte Brami, éditions unicité , 2022, 87 p. 13 euros Edition: Unicité

 

Une erreur, un malentendu, un dysfonctionnement de la machine bureaucratique peut faire basculer dans un autre monde où l’irrationnel se loge dans le rationnel, où une logique parallèle à la logique ordinaire et différente d’elle se met en place sans que rien ne semble devoir l’arrêter.

Condamnée à 18 mois de prison dont 10 avec sursis, Brigitte Brami est libérée au bout de 5 mois mais doit se présenter à nouveau devant la justice en raison d’une nouvelle plainte de la partie civile. Convocation perdue, égarée, jamais envoyée, nul ne le saura jamais. Quoi qu’il en soit, elle est absente à l’audience et se retrouve poursuivie, sous le coup d’un mandat d’arrêt avec inscription au fichier central des personnes recherchées. Dans l’attente de l’appel qu’elle a interjeté, elle devient une fugitive. Commence alors pour elle une cavale de cinq mois dans Paris.

À peine sortie des murs de la prison*, la vie à l’air libre pour elle se referme soudain et devient une nouvelle prison. Une prison à ciel ouvert. Comme si le dehors devenait le dedans.

Ton corps est là, Répons de Ténèbres, François Rannou (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 25 Août 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Ton corps est là, Répons de Ténèbres, François Rannou, éd. Bruno Guattari, 2025, 97 p. 12€

 

Transparence et opacité

Pour donner à entendre mon sentiment à l’égard de ce recueil de François Rannou que publient les éditions Bruno Guattari, je dirais que ce voyage (petit en termes de volume) m’a conduit à la fois à travers transparence et opacité, un voyage au sein des ténèbres et de la lumière. Là où le corps est dans son éclipse. Selon moi, le travail qui inaugure le livre vient du chapitre I de l’Évangile de Matthieu, de la description des filiations - la partie très claire du livre. Donc, une sorte de quête dans le temps des créatures, chemin générique et génésique tout à la fois, un arrière-monde d’utopie, de mythe, le mythe d’une famille. Puis, l’on avance dans l’opacité, dans la profondeur d’une réponse énigmatique au monde, peut-être là aussi éclipse du corps : matérialité impénétrable, conscience en demi-teinte, à moitié sûre de la présence du corps à lui-même.

Éclair & Tonnerre ou l’histoire de deux petites fées intrépides (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 22 Août 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Éclair & Tonnerre ou l’histoire de deux petites fées intrépides, HAN Kang, JIN Tae ram, éd. Grasset-Jeunesse, 40 p., 2025, 16,50 € Edition: Grasset

 

Les fées s’ennuient

L’histoire de cet album jeunesse débute avec l’histoire de deux petites fées intrépides qui s’ennuient. Le texte provient de Han Kang, née en 1970 à Gwangju en Corée du sud, fille de l’écrivain Han Sung-won, prix Nobel de Littérature 2024, la première femme à écrire en hangeul. Ses œuvres explorent des problématiques historiques. Deux de ses romans, Bébé Bouddha et La Végétarienne (en réaction à la colonisation japonaise) ont été adaptés au cinéma.

Les petites princesses, Éclair et Tonnerre, maîtresses des nuages, veulent quitter leur royaume céleste. Comme dans tous les contes de fées, il leur faut accomplir une prouesse pour se libérer, afin de découvrir « le monde d’en bas ». Une fois lancées dans la stratosphère, les nuages noirs et les éclairs ont le fracas du son du tambour Boum, boum, boum ! Cracaboum !. Et voilà Éclair et Tonnerre parties pour une grande aventure au-dessus de la terre.

Cette rive, Pierre Maubé (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 22 Août 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres

Cette rive, Pierre Maubé, Les Cahiers d'Illador, 2025, 82 p., 16 euros.

 

Le poète consacre "Cette rive" aux prestiges de l'amour. Dans des poèmes classiques, vivement rythmés, le poète vouvoie l'aimée, effet de distance, à l'aune de " cette rive" qui marque l'absence, le temps écoulé, l'autre temps, celui des effusions, sans doute.

Les vers, que l'usage de l'anaphore assez souvent fluidifie, sont là, écrits pour que cet amour fini, honoré, transposé, récrit, puisse durer encore en poésie.

Ici, on rend hommage aux beautés perdues, où il s'agit de "chercher son chemin", où, devenus "aveugles" les amants "suivent/ le chemin de l'étoile".

Alors, le soir "venant", la nuit, il faut recréer la magie pour que "la lumière" revienne "à travers nous".