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Critiques

Pourquoi pas moi ?, Claire Gratias et Sylvie Serprix

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 03 Février 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Pourquoi pas moi ?, Belin jeunesse, septembre 2013, 40 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Claire Gratias et Sylvie Serprix

 

Tous les oiseaux ont des ailes. Tout le monde sait cela. Or, que se passe-t-il lorsque, dans une nichée, un oisillon est dépourvu d’ailes ? Et bien, il y a du rififi chez les passereaux. Cette histoire pourrait rappeler par certains côtés le conte du Vilain petit canard. Mais ici, pas d’erreur en l’espèce, le petit dernier est bel et bien un passereau, simplement il n’a pas d’ailes. C’est « un Oiseau-Pierre » diagnostique l’oncle Corbeau qui est un peu sorcier !

Voué à sautiller, cloué au sol, le jeune Pierrot se contente de regarder ses frères et sœurs qui apprennent à voler. Si les écureuils se moquent de lui, cela ne le peine pas. Il est trop occupé à observer tout ce qui l’entoure et en particulier « le Grand Arbre », « l’arbre aux mille branches » où se posent des oiseaux de toutes sortes. Il voudrait aller jusqu’au Grand Arbre pour voir le monde. Pour y parvenir, il décide de se fabriquer des ailes ! « Il observa le vol majestueux de l’aigle royal, la belle gorge rouge de la frégate, le corps élancé des libellules et il se mit au travail ».

Médium, Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 01 Février 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Médium, janvier 2014, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

« Time is money, la folie gronde. La contre-folie, elle, prend son temps. Pour qui ? Pour rien. La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit, n’a aucun souci d’être vue ».

Lorsque la folie gronde, il vaut mieux être protégé par un paratonnerre, réel ou imaginaire, peu importe, mais il convient de s’armer de contre-folie, s’arrimer à la terre, et flécher le ciel. En ce siècle crispé, il y a des lieux, des êtres, des livres qui en tiennent avec légèreté l’office. Rien de nouveau sur la planète Sollers, la petite aiguille de sa boussole amoureuse lui indique toujours la même direction : Venise. Ville médium, ville dictionnaire qu’il ouvre et parcourt accompagné d’or – Loretta –, d’une fleur – Ada –, et de son moraliste, l’immortel de Versailles – Saint-Simon.

Médium est le roman de la folie et de son contre feu. L’une, on sait sur quoi elle tient : trafics en tous genres – dollars, organes et arts –, falsifications, vérités et mensonges, mauvais romans et mauvaise vie, l’autre repose sur quelques certitudes : immortalité et musicalité du Temps, amours gagnés, lectures attentives et écriture permanente, mouvement permanent du corps joyeux, trilogie divine. Le Père lit, le Fils écrit, et le Saint Esprit ne cesse d’aller et venir entre Paris et Venise sans changer de place.

La maladie de la mort, Marguerite Duras

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 31 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Les éditions de Minuit

Marguerite La Maladie de la mort, Les Éditions de Minuit, 61 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Marguerite Duras Edition: Les éditions de Minuit

Un homme paie une femme pour vivre dans son orbe, et tenter, par son regard principalement, de mettre son mystère à jour, dans la nuit du monde, du ressenti et des corps.

C’est ainsi que tout commence. C’est ainsi que tout commence, toujours, pour Duras :

Vous devriez ne pas la connaître, l’avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-même, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent. Vous pourriez l’avoir payée. Vous auriez dit : Il faudrait venir chaque nuit pendant plusieurs jours. Elle vous aurait regardé longtemps, et puis elle vous aurait dit que dans ce cas c’était cher. Et puis elle demande : Vous voulez quoi ? Vous dites que vous voulez essayer, tenter la chose, tenter connaître ça, vous habituer à ça, à ce corps, à ces seins, à ce parfum, à la beauté, à ce danger de mise au monde d’enfants que représente ce corps, à cette forme imberbe sans accidents musculaires ni de force, à ce visage, à cette peau nue, à cette coïncidence entre cette peau et la vie qu’elle recouvre. Vous lui dites que vous voulez essayer, essayer plusieurs jours peut-être. Peut-être plusieurs semaines. Peut-être même pendant toute votre vie. Elle demande : Essayer quoi ? Vous dites : D’aimer.

John Dos Passos, archives du XXe siècle

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 31 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Biographie

John Dos Passos, archives du XXe siècle, entretien réalisé par Hubert Knapp et réunis par Jean José Marchand : John Dos Passos, coffret 1 DVD/Collection Regards, Editions Montparnasse, 2 janvier 2014, 15 €

 

John Dos Passos, né le 14 janvier 1896 à Chicago, mort le 28 septembre 1970 à Baltimore, à la fois écrivain et peintre, avait autant de plaisir à accorder des interviews qu’à rendre visite à son dentiste. Aversion fort regrettable s’il en est – à tout le moins à l’endroit des interviews – car, face à la caméra, il captive autant qu’il séduit.

Pour s’en convaincre, il suffit de visionner le document, enregistré en septembre 1969, à « Spence’s Point », nom donné à sa propriété située en Virginie à proximité de la rivière Potomac : assis sur un banc, proche de son jardin, il narre son amour des plantes, des légumes et des fleurs ; il évoque également ses origines, son père, surnommé « le commodore » et aussi sa mère. Avec pudeur, il confesse son admiration pour ses parents et, surtout, pour son père qui, en l’occurrence, lui apprendra très tôt le culte du travail. John Dos Passos se lève ainsi chaque matin à 06h30 et se met à écrire dès 07h30.

Histoire Naturelle, Pline l'Ancien, en La Pléiade

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Janvier 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, La Pléiade Gallimard

Histoire Naturelle. Traduit du latin, présenté et annoté par Stéphane Schmitt. Octobre 2013. 2128 pages. 79 € . Ecrivain(s): Pline l'Ancien Edition: La Pléiade Gallimard

 

Première grande encyclopédie occidentale l’« histoire naturelle » de Pline l’Ancien ? Assurément oui, mais une encyclopédie comme personne n’en fera plus jamais par la suite. L’écrin, purement littéraire, qui contient cette encyclopédie en fait tout autre chose : un immense roman en quelque sorte, le roman du monde tel que pouvait le percevoir un Romain du Ier siècle après J-C. Et tout y passe, dans une sorte de boulimie cognitive et imaginative : astronomie, géologie, géographie, physiologie, anatomie, arboriculture, médecine. Une liste exhaustive serait interminable.

Avec ce que cela implique de subjectif, de fiction, d’erreurs magistrales (et d’ailleurs follement drôles parfois !) mais aussi de lyrisme, de passion. Passion, c’est probablement le mot-clé de cette entreprise monstrueuse, gigantesque. Les encyclopédistes des siècles plus proches de nous nous ont habitués à un travail d’équipe : on se partage les champs de compétence selon sa spécialité. Avec Pline rien de tel ! Il fait tout, tout seul. Il est géographe, historien, astronome, mathématicien, littéraire, en un mot homme orchestre. Il sait tout – plus ou moins bien – en tout cas il est à lui tout seul la synthèse des savoirs de son temps.