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Critiques

Sigmaringen, Pierre Assouline

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 19 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Sigmaringen, Janvier 2014, 350 pages, 21 € . Ecrivain(s): Pierre Assouline Edition: Gallimard

 

 

Nervosité d’une écriture précise, descriptions affinées ; attaques des dialogues, sens d’un restitué – loin des clichés – propre à amarrer l’Histoire au plus profond de nous… Réussi de bout en bout, dans le souffle qu’il faut, ce Sigmaringen, un des livres majeurs de ce début d ’année.

« Décor en trompe-l’œil… où nous avions tous joué la comédie des apparences. La représentation de “Vichy sur Danube”, une comédie tragique et bouffonne »… Sigmaringen, un lieu – Allemagne du sud ; une brèche, un appendice, dans l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale. On connaît ce refuge installé dans le vieux château des Hohenzollern ; nid d’aigle au-dessus des derniers bruits de la guerre, où le régime Hitlérien serra les gouvernants de Vichy – pêle-mêle, et le peuple fourre-tout des collaborateurs en déroute. On a beaucoup lu – Histoire ou romans ; mémoires aussi, sur ces quelques mois quasi immobiles au-dessus du vide. « Principale activité au château, tuer le temps ».

La Conjuration, Philippe Vasset

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 19 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fayard

La Conjuration, 2013, 230 pages, 17 € . Ecrivain(s): Philippe Vasset Edition: Fayard

 

Pris dans la cacophonie promotionnelle de romans tels Nus ou La petite communiste qui ne souriait jamais, La Conjuration de Philippe Vasset se fraie difficilement mais sûrement un chemin grâce à ce qui bien souvent fait défaut aux dernières parutions, un vrai statut d’observateur pour le narrateur, qui, tout en reprenant à son compte l’abstraction bizarroïde (éminent critère de littérarité), sonorise avec une assurance et une technicité quasi criminelle, les silences suspects d’un monde globalisé.

Le faible écho du roman réussit néanmoins à susciter la curiosité des primo lecteurs et, immédiatement, l’indignation de la chaire journalistique au complet. Beaucoup de réactions autour d’un roman si peu attendu, court, dont l’esprit à l’image de la couverture s’apparente davantage à un roman-noir vendu en kiosque qu’à un futur prix Renaudot, Medicis, Etudiant ou Interallié, prix pour lesquels le roman est nominé. La question de la promotion du livre n’est pas exactement sans intérêt. Taire ces matrices revient au contraire à renforcer le malaise qui touche de près ou de loin ce couple bien heureux que forment les lettres et les chiffres, pour parler rapidement.

Les passagers de la foudre, Erik Larson

Ecrit par Jean-Baptiste Pedini , le Mercredi, 19 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Les passagers de la foudre, traduit (USA) par Marc Amfreville, février 2014, 552 p. 22 € . Ecrivain(s): Erik Larson Edition: Le Cherche-Midi

Les passagers de la foudre, nouveau roman d’Erik Larson, nous amène au début du 20ème siècle pour un récit incroyable. Avec une maîtrise des détails historiques et un réel talent pour le suspense, l’auteur présente en parallèle les parcours de Marconi, inventeur du télégraphe sans fil, et de Crippen, pharmacien sans histoire, accusé du meurtre de sa femme. Entre témoignage et thriller haletant.

Sous certains aspects, le livre peut sembler, dans sa première partie notamment, un peu trop documenté. Les nombreuses citations ou les détails, parfois insignifiants, sur les conditions de vie de l’époque n’apportent finalement pas grand-chose au roman et finissent par ennuyer le lecteur. De même que les nombreux détails techniques et parfois longs sur les recherches de Marconi et la mise au point de son invention.

Et c’est finalement l’histoire du docteur Crippen qui va tenir le lecteur en éveil. Quand le rythme finalement s’accélère et que la succession de courts chapitres, alternant entre les deux personnages, tient enfin le lecteur en haleine. Le suspense monte d’un cran quand l’inspecteur Dew entre en jeu et qu’une macabre découverte est faite au domicile des Crippen. Avec un suspect qui intrigue autant qu’il fascine. Ce petit homme discret et apprécié de tous (jusqu’aux enquêteurs qui n’hésiteront pas à l’inviter à déjeuner entre deux interrogatoires) a-t-il vraiment pu commettre un crime aussi horrible ?

Les Bonnes Gens, Laird Hunt

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 18 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

Les Bonnes Gens (Kind One), traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, février 2014 256 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Laird Hunt Edition: Actes Sud

 

1910. Au crépuscule de sa vie, une femme se souvient. Elle s’appelle Ginny Lancaster. Autrefois, elle était surnommée « Scary Sue ». Scary, qui vient de sa cicatrice (« scar », en anglais), un cercle rouge sombre au-dessus de l’os de sa cheville, qu’elle se fait un malin plaisir à entretenir. « Dès que la cicatrice se mettait à se résorber, elle commençait à lui donner un ou deux coups bien sanglants ». Scary, aussi, comme celle qui fait peur.

A quatorze ans, quelques années avant la guerre de Sécession, Ginny se marie avec un cousin éloigné, Linus Lancaster. Il lui a promis une grande propriété, une vie de princesse, mais elle se retrouve dans une ferme isolée du Kentucky, dans un élevage de porcs. C’est bien à eux seuls que le maître des lieux est capable de témoigner quelques égards. Sinon, c’est un être abject. Un tyran domestique. Un véritable porc qui maltraite ses esclaves noirs et sa femme.

Prenant prétexte d’une hypothétique stérilité de Ginny, il se met à abuser sexuellement de ses deux domestiques, Cleome et Zinnia, qu’il appelle ses « filles ».

Ame qui vive, Véronique Bizot (2ème critique)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 18 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Ame qui vive, février 2014, 110 pages, 14,80 € . Ecrivain(s): Véronique Bizot Edition: Actes Sud

Il y a du Thomas Bernhard dans ce livre… mais une forme de désespoir qui trouve son exutoire moins dans le ressassement que dans l’engluement.

Quatre personnages, quatre hommes et parmi eux, deux frères, dans des lieux inhospitaliers, vivant là parce qu’ils l’ont choisi – ou accepté, mais n’est-ce pas la même chose ? – pour un temps. Accepté, choisi, le pire, la fatalité du pire.

Fouks, dramaturge à succès, détruisant au fur et à mesure toute production, cloîtré, enterré dans une maison lugubre :

« Et si une forme de joie avait autrefois existé chez eux (joie de vivre) elle donnait l’impression de les avoir depuis longtemps désertés, et sans doute s’étaient-ils, après quelque temps d’étonnement, habitués à se passer d’elle. Mais j’aimais bien les observer, assis dans l’atelier, ou bien Montoya et mon frère installés dans la bibliothèque face au bureau de Fouks éclairé par une lampe de cuivre, Fouks leur lisant parfois des passages de son travail, ce qu’il n’avait jamais fait avant de rencontrer Montoya, et raturant vigoureusement au fur et à mesure de sa lecture, si bien qu’il finissait par s’interrompre complètement et se mettait à tout récrire comme si nous n’avions pas été là » (p.36-37).