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Critiques

Les Plateaux de la Balance, Ernest Hello (1880)

, le Jeudi, 06 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Les Plateaux de la Balance, Ernest Hello. Ebook. Format Kindle. 233 p. 4,81 €. Amazon . Ecrivain(s): Ernest Hello

 

En voici un qui émancipa avec panache l’apologie de la foi catholique de sa tiédeur pascalienne. Écrivain mystique et solitaire, Ernest Hello (1828-1885) fut, avec Louis Veuillot, une plume d’une insigne véhémence dans la lutte contre l’impiété galopante du dix-neuvième siècle finissant. Le personnage fut pourtant marginalisé ; injustement, il fut dédaigné de l’Eglise elle-même, qui le prenait pour quelque exégète déviant, alors qu’il s’évertuait à en être le porte-étendard, voire le martyr ; les critiques le moquèrent aussi, et ne virent en lui qu’un lamentable bigot illuminé, non sans talent, certes, mais d’une religiosité trop fervente pour mériter quelque renom (cf. Le IIe Livres des Masques, R. de Gourmont).

Ses écrits témoignent, de fait, d’une croyance en Dieu totale, éperdue, violente parfois. Léon Bloy, dans Un Brelan d’Excommuniés (1889), s’il reconnaît l’influence de Hello sur sa propre pensée, n’en intitule pas moins le chapitre qui le concerne : « Le Fou ».

Le Voyage des mots, Alain Rey

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 06 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Le Voyage des mots, de l’Orient arabe et persan vers la langue française, Guy Trédaniel Editeur, calligraphies de Lassaâd Metoui, octobre 2013, 446 p. 29,90 € . Ecrivain(s): Alain Rey

 

Les mots, un univers complexe, riche, coloré, chargé d’Histoire et d’histoires, une constellation de sons et d’onomatopées visant à appréhender tout ce qui compose l’Homme et tout ce qui l’entoure, qu’il s’agisse d’éléments abstraits et/ou concrets ; les mots, héritages vivants d’un passé plus ou moins lointain, vestiges de civilisations aujourd’hui disparues, témoins de la diversité culturelle, vecteurs de savoir et de partage.

Les mots voyagent. Sans ticket de transport, ni bagages. Ils accompagnent l’Homme dans toutes ses pérégrinations, par voie terrestre et maritime et, par tous les temps. La soie n’est pas seule à avoir emprunté la route éponyme du même nom ; les mots ont, eux aussi, pris part à ces convois, contourné des déserts, franchi des montagnes, suivi des pistes chaotiques, fait halte dans des oasis et traversé des villes, en passant par des contrées comme l’Inde, la Perse, l’Asie centrale et des cités comme Samarkand, Tyr et Constantinople, pour arriver en Afrique du Nord et en Europe.

Quelques mots, quelques voyages.

Ame qui vive, Véronique Bizot

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Ame qui vive, février 2014, 110 pages, 14,80 € . Ecrivain(s): Véronique Bizot Edition: Actes Sud

 

Après Mon couronnement, récompensé notamment par le Grand Prix SGDL, et Un avenir, lauréat du prix du style, Véronique Bizot qui s’était auparavant fait remarquer comme nouvelliste publie Ame qui vive, un troisième et toujours aussi court roman s’inscrivant dans le parfait sillage des deux précédents.

Chacun de ces romans, à l’instar des nouvelles d’un recueil, illustre en effet une même thématique en nous faisant pénétrer dans le même univers étrange, embrassant, survolant plutôt la tragi-comédie humaine : l’absurdité d’un monde hanté par la disparition des êtres, toujours inattendue et brutale – qu’elle soit imprévisible ou dans le cours des choses –, et la solitude foncière des hommes. Et l’auteure y fait évoluer des personnages falots et timorés qui semblent toujours en marge de ce monde que paradoxalement ils n’osent ni investir ni quitter, s’accrochant à des idées fixes ou aux infimes détails du quotidien pour tenter d’échapper à l’absurde de leur condition.

Jeux, Dominique de Rivaz

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Récits, Zoe

Jeux, février 2014, 142 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Dominique de Rivaz Edition: Zoe

 

Décrivons d’abord l’objet : un livre au format atypique, horizontal si l’on peut dire, du beau papier et quelques phrases, parfois une phrase, par page. Il faut une grosse vingtaine de minutes (à une vitesse normale, sans qu’on se prononce sur le concept de normalité en la matière) pour lire Jeux. Mais le livre est loin d’être épuisé après cette première lecture. C’est l’impression de concentration de qualité, de prose poétique et de choix méticuleux de chaque mot qui ressort de la plupart des pages. L’impression aussi qu’il y a des connexions entre différentes pages, que c’est tout de même une espèce d’histoire qu’on nous donne. La relecture permet de savourer ces sens cachés (ou de les laisser intacts) et d’extrapoler seul. Elle permet aussi d’apprécier cette économie du langage et ce travail sur le texte court, sur la densité du sens inversement proportionnelle au nombre de phrases.

Cela tourne autour d’un même lieu : un square d’une ville. L’auteur nous donne quelques fragments de scènes de vie ayant lieu autour ou dans ce square, des pensées de personnes habitant autour de ce square (ou peut-être pas d’ailleurs). Le plus souvent, nous sommes en présence de textes forts et bien affûtés :

Théorie de la vilaine petite fille, Hubert Haddad

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mardi, 04 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Zulma

Théorie de la vilaine petite fille, janvier 2014, 400 pages, 20 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

Hydesville, comté de Monroe, mars 1848.

« Le soleil du crépuscule illuminait l’escalier à travers les fenêtres de l’étage. Assise sur une marche de bois cru, Kate observait la poussière. Celle-ci voletait à l’intérieur d’une lance de cristal comme suspendue au travers de la maison. Fascinée elle retenait son souffle. Chaque grain avait l’air de suivre une trajectoire bien à lui, dans la compagnie dansante de ses infimes voisins et il y en avait des milliers, des millions, davantage que d’étoiles fixes ou filantes par les nuits sans lune ».

Kate Fox a onze ans, l’âge des rêves et des histoires que l’on se raconte le soir pour jouer à se faire peur, pour oublier pêle-mêle le décès d’un jeune frère, celui de sa vieille chienne, la maison délabrée où l’on vient d’emménager et qui a la réputation chez les fermiers alentour d’être hantée. Kate est somnambule, dialogue avec Mister Splitfoot, l’esprit « frappeur » de la maison, convainc sa sœur Maggie de son existence, ainsi que sa mère et enfin sa sœur Leah, de vingt ans plus âgée, qui va flairer rapidement tout le potentiel commercial d’un don surnaturel.