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Critiques

Ciels de Loire, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 26 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Mercure de France, La rentrée littéraire

Ciels de Loire, 22 août 2013, 142 p., 13,80 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

Ciels de Loire se présente un peu comme le deuxième volet du travail initié par Emmanuelle Guattari dans son premier roman publié l’année dernière chez le même éditeur. L’auteure qui a grandi avec ses parents et ses frères au domaine de La Borde, en pays de Loire, dans cette célèbre clinique psychiatrique hors norme codirigée par son père – et employant de nombreux membres de sa famille maternelle – continue en effet d’y explorer sa mémoire. Mais la petite fille grandit, devient adolescente puis mère. Une nouvelle génération s’annonce qui prendra le relais de celle qui peu à peu s’est éteinte : « au suivant ! »

Ce second roman n’est pas la répétition de La petite Borde. Le mouvement s’y inverse, entraînant un « feuilletage différent des perspectives » et « quelque chose de subtilement décalé dans la vision ». Les gares ferment, les lieux changent, comme les corps, et la narratrice s’y éloigne progressivement de ce « monde fou » autour duquel tourna sa petite enfance, de ces cavalcades dans un espace hors du temps, ignorant des frontières, où tout semblait possible.

Les esprits de la Steppe, Corine Sombrun

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 26 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Albin Michel

Les esprits de la steppe. Avec les derniers chamanes de Mongolie, 330 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Corine Sombrun Edition: Albin Michel

 

Si on a eu la chance de suivre Corine Sombrun depuis le début de ses incroyables mais bien réelles aventures, nous ne pourrons qu’apprécier au plus haut point ce nouveau livre, qui raconte la vie d’Enkhetuya. Cette femme chamane tsaatane a initié pendant de longues années Corine Sombrun, après que celle-ci se soit inopportunément, et bien malgré elle, retrouvée en transe dans la peau d’un loup, alors qu’elle participait à une séance chamanique chez un autre chamane, afin d’en faire des enregistrements sonores pour la BBC.

C’est ce que Corine Sombrun raconte dans son livre Mon initiation chez les Chamanes (Une Parisienne en Mongolie), paru chez Albin Michel en 2004. Cela dit, son séjour d’alors en Mongolie n’était pas totalement dû au hasard. Si on lit son tout premier livre, Journal d’une apprentie chamane, paru en 2002, on apprendra que lors d’un séjour chez un ayahuascuero en Amazonie, où elle était partie suite à la perte d’un être très cher, elle s’était mise à chanter, lors d’une cérémonie sous ayahuasca, des chants diphoniques qu’elle ne connaissait pas du tout, mais qui lui avaient indiqué, sans qu’elle comprenne pourquoi, la voie vers la Mongolie où est pratiquée cette technique de chant traditionnelle.

A l'aide ou le rapport W, Emmanuelle Heidsieck

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 22 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Inculte

A l’aide ou le rapport W, éditions Inculte/Laureli, 21 août 2013, 142 pages, 14 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Heidsieck Edition: Inculte

Journaliste spécialiste des questions sociales, Emmanuelle Heidsieck aime aussi aborder ces problèmes dans des fictions, tentant de plus d’y renouveler les formes littéraires. Son dernier livre, A l’aide ou le rapport W, est ainsi une sorte d’essai romanesque traitant de l’évolution des relations humaines se dessinant dans notre société. Un livre qui résonne comme un cri d’alerte, et s’articule étonnamment autour d’un de ces rapports type dont les citoyens ordinaires ont rarement connaissance.

Ce roman d’anticipation commence comme un mauvais rêve que le retour progressif à la réalité ne viendra pas dissiper. Il plonge en effet le lecteur dans un univers kafkaïen, et l’infime décalage de deux ans adopté par l’auteure montre bien qu’un inquiétant processus est déjà largement engagé.

Un jour d’été 2015, un paisible professeur de droit à la retraite est arrêté sans ménagement à la sortie de son domicile par deux policiers. Son crime ? Avoir aidé ses voisins de ses judicieux conseils juridiques sans leur demander de contrepartie financière : coupable d’avoir sciemment enfreint la loi interdisant aide, don ou service à titre gratuit ! Depuis l’adoption de cette loi dite ADS, ces derniers sont en effet considérés comme des actes de concurrence sauvage quasiment « terroristes » car mettant en péril l’ordre social reposant sur une économie marchande.

La trilogie babylonienne, Sébastien Doubinsky

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 20 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

La trilogie babylonienne, Traduit de l’anglais par Sébastien Doubinsky. 209 p. 20 € . Ecrivain(s): Sébastien Doubinsky Edition: Joelle Losfeld

 

Que ce soit dit d’entrée – et ici écrit – Sébastien Doubinsky est un architecte et un styliste. Sa maîtrise de l’art romanesque en est époustouflante.

Architecte. Tout dans ce livre est bâti en passerelles, en arc-boutants, en galeries de ronde, en abymes, en correspondances. Un « narrateur », passablement déjanté, caché derrière des masques de couleurs, nous l’annonce d’ailleurs dans le premier volet du triptyque. Comme un guide qui nous indiquerait grosso modo le chemin dans les méandres, seuils et répliques de la narration. Dans une amusante adresse au lecteur :

« Ah vous êtes là… Déjà ?... On aurait dû me prévenir… Enfin, ne vous inquiétez pas, je vous en prie… Cette histoire finira par prendre tout son sens – Du moins, je l’espère. On n’est plus sûr de rien de nos jours. »

Autofiction : Pratiques et théories, Articles, Arnaud Genon

, le Mardi, 20 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Autofiction : Pratiques et théories, Articles, Mon Petit Editeur, avril 2013, 228 pages, 22 € . Ecrivain(s): Arnaud Genon

 

« Le débat sur l’écriture de soi est souvent réduit à se situer de part et d’autre d’une frontière qui sépare les défenseurs et les détracteurs de toute littérature autobiographique » (p.135), déclare à bon droit Arnaud Genon en guise de préambule dans un des cinquante-cinq articles reproduits dans son ouvrage synthèse qui vient tout juste de paraître sous le titre Autofiction : Pratiques et théories. Articles. C’est certes pour esquisser « une cartographie de l’autofiction » (p.7) et sans doute en partie pour dépassionner ce débat, voire pour pénétrer les arcanes d’un « mauvais genre » (Jacques Lecarme) dans une (vaine ou fructueuse ?) tentative de lui redonner ses lettres de noblesse que ce spécialiste de l’autofiction a réuni la grande majorité de ses écrits sur le sujet :

« Chacun prendra alors conscience, qu’on la défende ou qu’on l’accuse, que l’autofiction a ce mérite-là : en faisant parler d’elle, elle fait parler de la littérature. Cette « notion » n’est donc pas, quoi qu’en disent les « déclinistes », la manifestation de la dégénérescence de l’art littéraire, mais le simple indicateur d’une de ses mutations. Le signe rassurant de sa vitalité… » (p.8).