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Critiques

La fiancée des corbeaux, René Frégni

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 15 Mars 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Gallimard

La fiancée des corbeaux, Gallimard, février 2011, 15 euros. . Ecrivain(s): René Frégni Edition: Gallimard

René Frégni nous offre son journal. On pourrait penser qu’écrire sur la quotidienneté ne présenterait que peu d’occasions d’envolées vers la lumière, par le style, et la qualité du regard posé sur les choses, mais c’est tout le contraire.

Ecrire sur la quotidienneté se révèle l’occasion d’un voyage. Un voyage à jamais commencé dans la blancheur de l’appartement, dans la solitude, et à jamais continué dans la blancheur de l’appartement. Un voyage sur place. Mais un voyage qui fait se mêler le présent tissé d’impalpable et de gestes souvent infimes, dérisoires, répétés, sans poésie évidente, et la mémoire, plurielle, tout à la fois enracinée dans le vécu et dans les lectures, mémoire mettant en somme sur le même plan les êtres rencontrés dans la vie ou sur le papier, car c’est ça aussi la magie de la littérature, ouvrir encore un peu plus grand les portes de nos vies pour accueillir le plus possible de monde, des gens avec leurs destins singuliers, leurs secrets à raconter, fussent-elles des créatures de papier.

Dimitri Mérejkovski, Mystères d'Orient et d'Occident ...

, le Lundi, 07 Mars 2011. , dans Critiques, Les Livres, Russie, L'Âge d'Homme

Les Mystères de l'Orient, Egypte-Babylone, Dimitri Mérejkovsky, Editions Delphica / L'Age d'Homme, 2010, 297 p. 28 € . Ecrivain(s): Dimitri Merejkovski Edition: L'Âge d'Homme

« Si, en entrant aujourd'hui dans une société de gens « comme il faut », vous faisiez le signe de la Croix, on vous prendrait, dans le cas le plus favorable, pour un fou et, dans le pire, pour un imposteur. Je ne suis pas un imposteur : ce que je fais actuellement m'est trop préjudiciable. Celui qui écrit veut avoir des lecteurs, car « il n'est pas bon pour l'homme d'être seul », surtout en matière de religion. L'écrivain aime son oeuvre comme son enfant, et voici qu'aux yeux de la plupart de mes lecteurs, en mettant mon livre au nom de la Sainte Trinité, sous le signe de la Croix, je le détruis aussi sûrement que si je le jetais au feu. Mais qu'y faire ? Je ne puis agir autrement. Je fais ce petit sacrifice à ce qui est tout mon amour, toute ma foi. Que ce livre, mon enfant, se consume donc, infime holocauste à la gloire des Trois ! » (p.7)

Première partie du maître ouvrage de Dimitri Mérejkosky, Atlantide-Europe ou le Mystère de l'Occident, Les Mystères d'Orient forme pourtant un texte suffisamment puissant par lui-même. Hymne à l'incompréhensibilité trinitaire, se formant en trois parties (en comptant la détonante préface) ces lignes tracent la carte d'un invisible voyage au cours duquel l'Egypte antique et Babylone nous deviennent spirituellement contemporaines.

Comment gagner sa vie honnêtement, Jean Rouaud

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 07 Mars 2011. , dans Critiques, Les Livres, Recensions, Gallimard

Comment gagner sa vie honnêtement. La Vie poétique 1. 2011. 335 P. 19 €, 50 . Ecrivain(s): Jean Rouaud Edition: Gallimard

Longtemps résonnera à nos tympans les mots et les sens, les lettres et les sons du finale des Champs d'Honneur : oh, arrêtez tout ! Ce cri arraché au silence imposant d'un livre si court et si fort. Il  parlera  longtemps, ce cri, il dira longtemps l'étouffement, si loin de l'indignation morale majoritaire, il fera vivre, ce cri, en nous des millions d'âmes mortes, pour de vrai, et pour sûr.

Inaugurant les futures livraisons de Vie poétique Jean Rouaud invoque Henry-David Thoreau : « Sur la question de savoir comment gagner sa vie honnêtement; on n'a presque rien écrit qui puisse retenir l'attention. » Saluons au passage la splendide nouvelle traduction de Walden chez Le Mot et le Reste éditeur.

Rouaud comble-t-il ce vide ? Oui, sur deux plans au moins : une époque et ses codes, un témoin et sa poésie.

Coco givrée, Nadine Monfils

Ecrit par Eric Vauthier , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Critiques, Belfond

Coco givrée. 2010, 259 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Nadine Monfils Edition: Belfond

Nadine Monfils fait partie des figures les plus attachantes des Lettres belges contemporaines. Depuis près de trente ans, celle qui compta jadis André Pieyre de Mandiargues, Leonor Fini et Thomas Owen parmi ses amitiés littéraires et artistiques, explore un imaginaire exubérant, entre candeur et perversité. Nourri aussi bien de peinture et de cinéma que de littérature, l’univers de l’écrivaine se donne à lire dans de savoureux contes érotiques et cruels[1], mais également dans des pièces de théâtre ou des romans.

C’est dans ce dernier genre que Nadine Monfils s’est acquise un large et fidèle public, grâce surtout à sa série mettant en scène le commissaire Léon, « le flic qui tricote »[2]. C’est également dans le roman qu’elle a offert quelques-unes de ses œuvres les plus marquantes. Parmi celles-ci, on se bornera à rappeler Rouge fou[3], un très beau conte d’initiation féerique et érotique digne des grandes réussites de la surréaliste Lise Deharme, ainsi que deux inoubliables romans noirs, Une petite douceur meurtrière[4] et Monsieur Émile[5], résolument hors normes. Évoquant le premier, le critique et collagiste proche du surréalisme André Stas, a pu admirer dans ce livre un « polar bizarroïde, mâtiné de conte grand-guignolesque[6] ».