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Critiques

Les déterreurs de trésors, Washington Irving

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Contes

Les déterreurs de trésors (The money diggers) Trad. de l‘anglais (USA) et présentation Thomas Constantinesco et Bruno Montfort. Ed. Rue d’Ulm 15 mars 2014. 125 p. 13 € . Ecrivain(s): Washington Irving

 

Ce petit livre de contes, qui compte deux siècles d’âge, est un bijou parfait de noirceur, d’écriture gothique mais aussi de finesse d’esprit et de drôlerie. Un authentique chef-d’œuvre.

Cinq Récits enchâssés – un personnage d’un récit narre le récit suivant – cinq perles qui prennent place avec une autorité magistrale dans la grande lignée de la littérature américaine. Fils spirituel de Thoreau, nourri d’influences baroques européennes (il rencontra Mary Shelley et Walter Scott lors d’un voyage de jeunesse en Angleterre), on découvre dans cette œuvre que Washington Irving est aussi le père spirituel de Nathaniel Hawthorne ou Edgar Poe.

Récits fantastiques ou à la limite du fantastique – le genre est tenu à distance par l’humour d’Irving (« mais ce sont histoires de bonnes femmes » vient toujours démystifier l’irrationnel) – ces contes sont d’une richesse extraordinaire.

Trahisons, suivi de Hot-House, Un pour la route, Harold Pinter

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard, Théâtre

Trahisons, suivi de Hot-House, Un pour la route, et autres pièces, adaptation française d’Éric Kahane, 277 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Harold Pinter Edition: Gallimard

 

Dans ce recueil de pièces, l’on retiendra surtout Une sorte d’Alaska (A Kind of Alaska). Cette courte pièce fait partie de la trilogie Other Places (avec Victoria Station et One for the Road) créée au National Theatre de Londres (en 1982) et reprise en 1985 au Duchess Theatre. Ce n’est que deux ans plus tard que la trilogie sera créée en français, et ce au Festival d’Avignon de 1987, par la Comédie-Française.

Pour l’écriture d’Une sorte d’Alaska, Pinter s’est inspiré de Awakenings (Éveils) du docteur Oliver Sacks, ouvrage publié à Londres en 1973. Ce qui a percuté la toile de son attention au point que les remous prononcés sur le tissu soient suffisamment durables pour qu’ils donnent son impulsion et son cours à une pièce, c’est tout ce qui concerne les effets sur l’organisme de l’encephalitis lethargica, variété rare d’encéphalite virale communément désignée sous le nom de « maladie du sommeil européenne » (même si Pinter semble également s’être inspiré de ce mal qui caressa de son manteau d’ombre et de froid la littérature de la fin du dix-neuvième siècle, à savoir la catalepsie).

Maladie d’amour, Nathalie Rheims

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Léo Scheer

Maladie d’amour, janvier 2014, 297 pages, 19 € . Ecrivain(s): Nathalie Rheims Edition: Léo Scheer

 

Alice et Camille, trentenaires, amies depuis le collège, suivent des chemins différents, ont chacune leur existence propre, mais, restées intimement liées, ne peuvent vivre sans se retrouver régulièrement pour échanger les détails matériels et sentimentaux qui font leur quotidien.

Le parcours d’Alice est celui, dynamique mais aléatoire, souvent précaire, ponctué de déceptions pour celle qui est persuadée que son talent n’est pas reconnu, d’une intermittente du spectacle obligée, pour arrondir ses fins de mois, d’accepter des emplois accessoires. Alice raconte à son amie ses aventures amoureuses, mais refuse systématiquement de lui présenter physiquement ses partenaires successifs.

La vie de Camille est celle, statique, confortable et linéaire, à la limite de l’ennui, d’une mère de famille bourgeoise, épouse d’un notaire aux revenus copieux et constants.

Telle est la situation au moment où le récit commence.

Le garçon du Rwanda, Bernard Dan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 12 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Le garçon du Rwanda, Editions de l’Aube, Collection Regards croisés, janvier 2014, 256 p. 17,20 € . Ecrivain(s): Bernard Dan

 

Regards croisés


Depuis toujours Esther Lyon a un problème qui lui ronge l’existence : elle ne peut pas dormir. Son insomnie la pousse à côtoyer le monde médical et, d’errance en errance à la quête d’un diagnostic, elle rencontre des traumatisés de guerre telle la petite fille venue de Bosnie. Cette rencontre l’a profondément marquée mais c’est surtout le face à face fortuit entre Esther et un petit garçon qu’elle nomme d’emblée Sanembe qui va bouleverser son existence.

Des années plus tard, devenue adulte et brisée par la vie, Esther revoit Sanembe qui s’appelle en réalité Camille. Tous deux vont tenter de survivre en puisant chez l’autre la force nécessaire pour continuer à avancer. En effet, si Esther a une personnalité morcelée, Camille, lui, cache un mal plus grand : celui du génocide rwandais dont il semble être témoin. Chacun va aider l’autre à surmonter sa terreur de vivre. Esther, atteinte d’un mal incurable sent la vie lui échapper lentement. Cependant, elle s’apaise en écoutant les histoires de son ami :

Schroder, Amity Gaige

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 11 Mars 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Belfond

Schroder, traduction de l’anglais (USA) Isabelle Philippe, mars 2014, 343 pages, 22 € . Ecrivain(s): Amity Gaige Edition: Belfond

 

On le sait depuis Georges Devereux : le changement brutal de culture peut produire chez l’individu différentes formes de schizophrénie. Ainsi le narrateur Schroder, jeune allemand de l’Est délocalisé aux USA qui décide, adolescent, de changer son nom (rien de plus facile aux US de l’époque – pas de fichiers électroniques communicants) en… Kennedy (mais rien à voir, assure-t-il, avec JFK, même si, sur un autre plan, Amity Gaige reconnaît s’être « inspirée » du fait divers Clark Rockfeller qui avait enlevé sa fille par amour et par résistance à un divorce sanglant).

Quand on change de nom, on change d’identité ou on multiplie ses identités. Kennedy sait et ne sait pas qui il est. D’où la méprise du mariage avec une catholique alors que Kennedy se fiche bien de l’église. Mais il aime sa femme, et même son ex, enfin un certain temps – il y a des limites – et surtout il aime sa fille. D’où tous ces malentendus d’une banalité désormais standardisée. D’où l’incommunicabilité, d’où le sentiment d’exclusion. D’où l’intégration désintégrante…