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Critiques

Le Ciel identique, Stéphane Blok

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Campiche

Le Ciel identique, mars 2014, 125 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphane Blok Edition: Campiche

 

« C’est étrange de ne pas penser à ce que l’on fait ».

Tous les jours sont différents. Et pourtant. Tous les jours, on a des gestes, une façon de vivre, que l’on enregistre, que l’on ne pense plus et que l’on produit machinalement ou reproduit mécaniquement :

« Je ne pense en fait pas (ou très rarement) aux actions que j’effectue. Est-ce que cela change quelque chose de penser ou non aux actions que j’effectue ? (…) A tel point que je doute de me rendre réellement compte de la présence des autres autour de moi quand nous sommes à plusieurs. (…) Je ne vois pas vraiment ce que je vois, ni n’entends ce que j’entends. (…) … mû par mes plus anciens instincts – attention la voiture, la plaque est brûlante, la fille est désirable ».

Toutes ces petites choses, cumulées les unes aux autres, font de nous des « automates ». L’être humain vit sous un « ciel identique » : chacun d’entre nous se brosse les dents, remplit ses poubelles, éteint les plaques, allume son ordinateur, vérifie mille trucs avant de quitter son appartement, surtout avant un départ ou un voyage. Tics et tocs : « Ne surtout pas oublier la poubelle, le chargeur, le cash, les clefs, les cartes de crédit, le passeport ».

Sept années de bonheur, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Moyen Orient

Sept années de bonheur, traduit de l’anglais (Israël) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, 197 pages, 18 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Pour ceux que cela intéresse, voici un aspect curieux de ma pitoyable personnalité que j’ai appris à connaître avec les années : quand il s’agit de prendre un engagement, il existe une relation directe, inversement proportionnelle, entre la proximité dans le temps de ce à quoi on me demande de m’engager et ma disposition à le faire. C’est ainsi, par exemple, que je risque de répondre poliment non à une demande bien modeste de ma femme – “Tu me préparerais une tasse de thé, s’il te plaît ?” – alors que je suis prêt à accepter généreusement d’aller acheter des provisions le lendemain. Je me porte volontaire sans hésiter pour aider un parent éloigné à déménager, du moment que c’est dans un mois, et si le délai de grâce passe six mois, je serais prêt à me battre à mains nues contre un ours polaire. Le seul ennui – mais de taille – de ce trait de caractère, c’est que le temps passe inexorablement et qu’à la fin, quand on se retrouve tremblant de froid, au beau milieu de la toundra gelée en Arctique, nez à nez avec un ours à la fourrure blanche qui montre les dents, on ne peut s’empêcher de se demander s’il n’aurait pas mieux valu tout simplement dire non six mois plus tôt » (p.149).

La tante d’Amérique, Leonardo Sciascia

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Nouvelles, Folio (Gallimard), Italie

La tante d’Amérique. Traduit de l'italien par Mario Fusco mars 2014. 85 p. 2€ . Ecrivain(s): Leonardo Sciascia Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Avertissement au lecteur : ce tout petit livre est un pur moment littéraire ! Tout l’art de Leonardo Sciascia se retrouve condensé dans ce court récit de l’arrivée des troupes américaines dans un petit village italien. C’est à la fois un exemple limpide de l’écriture fluide et lumineuse de Sciascia – celle qui nous éblouissait dans le conseil d’Egypte ou Le Contexte – et un morceau savoureux de comédie italienne à la Vittorio de Sica ou Mario Monicelli, avec ses personnages déjantés, immoraux, bruyants, hypocrites, lâches et, finalement, furieusement attachants.

A commencer par le jeune narrateur, gamin type des rues villageoises du sud de l’Italie : dégourdi, un peu voyou, malin, qui adore repérer les imbéciles et les harceler. Sa rencontre avec les Gis est un vrai choc de civilisations !

Une année qui commence bien, Dominique Noguez

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 19 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Flammarion

Une année qui commence bien, 2013, 383 pages, 20 € . Ecrivain(s): Dominique Noguez Edition: Flammarion

 

Parler de soi. C’est-à-dire parler d’un amour impossible. Amour construit non « par des réalités » mais « par des manques ». Non par « des plaisirs » mais par « des désirs ». Restituer les grandes et farouches et douloureuses lueurs d’un amour déçu, vécu dans l’absence de partage, dans l’idéalisation, dans l’espoir sans cesse recommencé, qui finit par se confondre avec les minutes, avec la façon qu’elles ont de passer, au travers de soi, arrachant des bouts de rien, des bouts de rêves, des bouts de tout.

Espoir que tout change et que la clairière brûlée (étendue intérieure, mais qui finit par épouser de ses contours sans contours l’ensemble du visible, de ce en quoi l’on est amené à vivre) à laquelle nous soumet l’autre idéalisé et aimé laisse place à une douce brume d’abandon de soi, de véritable vie à deux, fût-elle le fait d’un seul instant.

La dernière frontière, Howard Fast

, le Mercredi, 18 Juin 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

La dernière frontière (The Last Frontier, 1941), traduit de l’anglais (USA) par Catherine de Palaminy, mai 2014, 320 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Howard Fast Edition: Gallmeister

 

Déportés en 1877 dans le Territoire indien de l’Oklahoma où ils subissent famine et épidémies, trois Cheyennes fuient en juillet 1878 la réserve dans laquelle ils sont parqués. Une évasion qui met en branle un système aveugle et entraîne bien vite une échappée bien plus grande. En effet, confrontés à une administration qui entend prendre une partie d’entre eux en otages en attendant la capture des trois qui sont partis, ce sont pas moins de trois cents Cheyennes qui décident de rejoindre quoi qu’il advienne leurs terres des Black Hills à plus de 1500 kilomètres de là. Dans un pays en mutation, où les ranchers ont fait main basse sur les terres de l’Ouest, où le chemin de fer commence à considérablement tisser sa toile, où le télégraphe permet de communiquer plus vite mais où l’Indien représente encore un obstacle à la civilisation et demeure un objet de crainte et de haine, cette longue marche, pied de nez à une autorité qui veut imposer sa volonté quoi qu’il en coûte, ne peut que virer au drame.