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Chroniques régulières

Une pause dans le feuilleton Russell

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Samedi, 13 Février 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Sils-Maria

Ici j’étais assis, à attendre,

Attendre, mais à n’attendre rien,

Par-delà bien et mal, à savourer tantôt

La lumière, tantôt l’ombre,

N’étant moi-même tout entier que jeu,

Que lac, que midi, que temps sans but.

 

Lorsque soudain, amie ! un se fit deux

– Et Zarathoustra passa auprès de moi.

 

Nietzsche, Le Gai savoir

Une folie utilement inutile ? - Journal de lecture du Don Quichotte en la Pléiade (5)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 12 Février 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L’autodafé ne suffira point pour ceux qui craignent la folie de leur « bon ami », il faudra ajouter un conte à l’échelle de celle-ci et rejeter les fables dans leur monde de fables, les livres dans l’oubli de l’imaginaire. Non content de neutraliser le chevalier et de profiter de son sommeil pour brûler quelques livres (mais pas tous, il faut le souligner), le projet est de les faire disparaître, de les rendre inaccessibles, de les faire oublier. Une bibliothèque murée, le récit d’un enchanteur qui l’aurait fait disparaître et le tour serait joué ? La destruction n’est donc pas si puissante contre la fiction et la littérature qu’il faille encore inventer une nouvelle fiction, somme toute assez littéraire, pour la repousser au loin… Paradoxale défense qui fait adopter la menace comme arme, qui prétend utiliser le fléau même contre lui-même. Le récit et ses personnages ne cachent-ils pas en fait une impuissance vis à vis de cet objet qui décidément les dépasse. La fiction et l’imaginaire comme recours contre la fiction et l’imaginaire ! Voilà un paradoxe qui ne peut que réjouir les lecteurs que nous sommes.

Carnets d’un fou - XXXV Décembre 2015, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 11 Février 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« En France, on les appelle les ténors du parti. Ils chantent faux pour la plupart. Que leur chant s’élève et la foule se bouche les oreilles. Les militants les écoutent à genoux refoulant leurs larmes dans leurs gorges nouées d’émotion. Ceux du parti adverse entonnent alors leurs hymnes et leurs ritournelles. Leurs partisans s’époumonent et hurlent leur joie d’en découdre. Cacophonie ! Charivari ! Cela n’est rien qu’une campagne électorale », Maxime du Touret de Loisne, dit Le Béthunois (1942- ?), Lexique des Mots Hardis ou Trompeurs, Éditions de Festubert.

 

# À la suite du massacre parisien du vendredi 13 novembre, nous arrive la deuxième catastrophe. Elle est à effet lent et progressif. Dans la puissante chronique romanesco-véridique qui fera l’essentiel de ce Carnet de décembre, le lecteur qui a encore la patience de me suivre sera tenu informé de ses développements, soubresauts, convulsions et conséquences rapprochées, voire lointaines.

Le 6/XII

L’intégrisme hideux au nom de la Palestine, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 10 Février 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Existe-t-il un intégrisme de la « cause palestinienne » ? Oui. A distinguer de la Palestine et de ses drames. Le second est un pays volé. Le premier est une sorte de religion, lobbys, catalogues d’insultes, myopies, lâchetés, sous couvert de gauche ou d’engagement ou d’islamisme ou de solidarité. L’intégrisme de la cause palestinienne ressemble d’ailleurs à l’idéologie sioniste : il fonctionne par lobbys, par exclusion, par violence et par sournoiserie et par le monopole et la propagande. Le sioniste vous accuse d’être anti-israélien dès que vous êtes contre lui. L’intégrisme de « la cause palestinienne » vous accuse d’être à la solde des juifs, de viser la visibilité ou d’être naïf dès que vous pensez autrement que sa doxa et ses meutes.

Ensuite ? Comme tous les intégrismes, il est aveugle. Il a sa hiérarchie : en bas, les insulteurs. Ceux qui « veulent libérer » la Palestine par la langue, en insultant à partir de Lille ou de Londres « le traître » qui ne collectionne par les affects, les photos des enfants de Gaza et qui ne s’émeut pas comme un ver dans un bocal en brûlant un drapeau ou en crachant sur du Juif.

Shakespeare, une vision du monde, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

à propos de Shakespeare, éd. Arfuyen, coll. Ainsi parlait, janvier 2016, édition bilingue, trad. William English, Gérard Pfister, préface Gabrielle Althen, 176 pages, 13 €

 

Il n’est pas facile de résumer ici mes sentiments à l’égard de ce livre que publient les éditions Arfuyen dans une toute nouvelle collection, car la tâche semble écrasante. Comment rassembler mes idées sur l’immense dramaturge et poète anglais, que je côtoie depuis si longtemps, Shakespeare donc ? Car, traverser grâce à des dits, maximes et citations divers, l’œuvre presque entière de l’écrivain est une gageure de grande ambition. D’ailleurs, à ce sujet, cette édition bilingue est facile d’accès et procède par thématiques plus ou moins apparentes, ce qui génère une lecture en focale resserrée d’un ensemble de textes de l’auteur élisabéthain. C’est à la fois au plaisir de lire cette poésie extraordinaire et encore d’exercer une intellection de la pensée du poète, qui permet de saisir la philosophie, voire la morale de William Shakespeare.