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Chroniques régulières

Concierto Barocco ! par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Je sors, enivré de plaisir, de l’écoute de la « Griselda » de Vivaldi, avec l’ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi. C’est une des œuvres majeures, et pourtant relativement méconnues, du répertoire vocal  du Prêtre Roux, une de celles – et elles sont nombreuses à notre grande joie – que l’on continue à exhumer d’un répertoire vertigineux.

Il se passe décidément quelque chose dans la Musique Baroque. De tous les genres musicaux dits « classiques », le Baroque (période couvrant environ 1600-1750)  est celui qui a suscité, depuis quelques décennies, le plus de révolutions radicales en termes d’interprétation. Depuis les années 70. La démonstration la plus claire en est l’écoute comparative de la « scie » du genre, le sempiternel « Quatre Saisons » du même Vivaldi. Dans la version « I Solisti Veneti » 1970, vous avez – j’exagère un peu - la musique d’attente de votre téléphone, ou le bruit de fond qui accompagne vos courses au supermarché. C’est mélodieux, mollasson, linéaire. Pas désagréable du tout, mais joué comme du classique ou du romantique. Ecoutez les dernières versions ! Giuliano Carmignola par exemple : le souffle de l’Enfer, les grondements du « tremoto », les flammes dévorantes, les glaces du Pôle Nord, les brumes de la Lagune. Tout y passe, de l’allégresse délirante à la plus profonde méditation sur la condition humaine.

A Hanoï, un Algérien avec des sandales de caoutchouc par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 23 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

11 heures de vol, dans un cheval d’élan et de fer, luttant contre la nuit et la fin de la terre dans le ciel, pour arriver au Vietnam et à ce moment exact de la vie : les pieds dans l’eau de pluie de Hanoï, chaude, le vêtement mouillé, le corps enfin libre, calmé, serein, ouvert au monde comme une paume, la plante des pieds dans les sandales en caoutchouc, le regard apaisé. La ville est étonnante : mille et une motos traversent la rue et votre tête à chaque minute.

Désordre fou qui ne se conclut pas par la collusion : ici la moto est le descendant du vélo communiste et les gens conduisent en réussissant, dans le chaos, l’art de la fluidité. La moto permet de circuler entre les piétons, dans les ruelles étroites et cela ne coûte pas cher. Du coup, des scènes invraisemblables : des familles entières entassées dans le bicycle avec l’enfant absolument serein, comme s’il avait le visage collé sur une vitre de voiture.

A.I.R 2015, Littérature, cinéma : les pouvoirs de la fiction, Mardi 26 mai

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 22 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« Le cinéaste et la romancière »

Dans le cadre de l’édition 2015 des Assisses internationales du roman à Lyon, Joy Sorman et Olivier Assayas ont pu échanger sur leur démarche respective, à l’occasion de la sortie de leurs derniers livres : La peau de l’ours, Gallimard 2014, et Assayas par Assayas. Des débuts aux Destinées sentimentales, avec Jean-Michel Frodon, Stock 2014.

Le cinéma et la littérature romanesque ne sont pas uniquement affaire de fiction, de récit, mais aussi de documentation, de description. Joy Sorman a d’abord dans son tout premier texte mené une autofiction, c’est-à-dire qu’elle s’est documentée sur elle-même, la fille qu’elle a pu être à un moment. Pour Assayas, il est question de traverser le réel en vie. L’entreprise du scénariste est avant tout forme dialoguée alors que l’enjeu principal et du film et du roman repose sur l’incarnation, l’épaisseur d’une matière.

Pour Assayas, le genèse de son travail de cinéaste est passée par la recherche d’un apaisement, d’une souffrance à évacuer d’abord dans la solitude de la peinture et du dessin et ensuite par la nécessité de sortir de lui-même, de regarder autrui et donc de faire des films. Ce qui importe, c’est bien de se confronter au monde. Et le cinéma est d’ailleurs fondamentalement travail d’équipe.

Carnets d’un fou - XXVIII, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 19 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination », Marcel Proust, Albertine disparue

 

# Les femmes ?

Dédierai-je ces Carnets de mai aux femmes, jolies ou moins jolies ? Je m’y appliquerais volontiers. Nous verrons ce qu’il en sortira. À suivre le conseil de Marcel Proust (1), nous nous trouverions prisonniers d’un rude dilemme. Assortis à de jolies personnes, nous manquerions d’imagination. Liés à de moins jolies, nous en déborderions ? À l’évidence, par sauvegarde et nécessité. Je reste dans un doute gênant, car d’un côté, en tant que romancier et nouvelliste entiché de fictions, je ne crois pas manquer complètement d’imagination, et, de l’autre, je n’ai jamais regardé celle à qui j’ai lié mon sort autrement que comme une fort jolie femme ! Ah, Marcel, tu me gâches mon plaisir.

Les contrées de femmes-malédiction !

Ecrit par Amin Zaoui , le Jeudi, 18 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Azul Picasso !

Par excellence, la femme et l’art représentent l’ennemi farouche des islamistes. Pourquoi la femme et l’art font-ils peur aux islamistes ? Tout simplement, parce qu’ils symbolisent le chemin ascendant vers la liberté et vers la beauté.

En permanence, les Algériens, de même les Arabes et les musulmans, ont la tête et l’œil collés, braqués sur une seule partie du corps féminin !? Focalisation sur un seul organe ! Hallucination ! Obsession ! Quatre-vingt-dix pour cent de leurs discours tournent autour de la nudité ou autour de la couette sur le corps féminin !

Habité par cette situation maladive obsessionnelle, et afin de dénoncer cet état sociétal inhumain, j’ai écrit Le Miel de la sieste, roman paru aux éditions Barzakh 2014, dans lequel je raconte l’histoire d’un petit garçon, Anzar, né avec une malformation génitale. Il est né avec deux petites boules asymétriques. Et voici la folie qui court tout le village : la maman, la tante, la sœur, le père, l’oncle… tout le monde est affolé. L’état d’urgence décrété dans le village. Un enfant avec deux testicules inégaux ! Le ciel va tomber sur les têtes !