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Chroniques régulières

D’Images et de bulles (17) Elle s’appelait Tomoji, Jirô Taniguchi

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Si, dans ce nouvel opus,  le dessin garde sa précision, sa légèreté et sa douceur, Jirô Taniguchi sort de son univers habituel : il quitte les villes pour gagner la campagne la plus reculée, l’époque contemporaine pour le Japon des années 20, des héros masculins pour une héroïne toute jeune.

En 1925, Tomoji a 13 ans, elle s’en revient de l’école, en jeune femme en harmonie avec la nature. Au détour d’un chemin, son regard croise celui de Fumiaki, venu de Tokyo faire de la photographie dans la région. Le lecteur sait que ces deux êtres se recroiseront et attend le déroulé de leur histoire d’amour, toute en finesse et en pudeur.

« Il faudra encore plusieurs années avant que ces deux êtres, qui regardent le même ciel, se rencontrent ».

La théorie du complot : un banc public pour faire asseoir les peuples

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté actualité

 

Un autre ciel, un autre jour. Le fleuve le plus long du monde est Internet. Il coule hors du temps, d’un méridien à l’autre, gambadant sur les créneaux et les insomnies. De quoi y parle-t-on chez nous dans nos têtes ? du complot. Cette vaste théorie qui permet de ne rien faire, de juger le monde sans se juger, de parler pour ne rien dire et dire pour ne rien faire et accuser sans s’accuser et s’expliquer sans agir. La théorie du complot est la théorie favorite du monde dit « arabe », partout, depuis quelque temps. Tout ce qui se passe et se passera, selon les « complotophiles », est l’œuvre du sombre juif, du sionisme mondial, de l’Occident, des ennemis de l’islam ou du Club universel occulte, des forces noires, des enfants de De Gaulle, de la CIA. Rien n’est notre faute à nous qui tuons nos terres par nos mains et nos crachats. Nous sommes tous manipulés et notre intelligence se limite à le signaler tout le temps au lieu d’en changer l’état. Car le théoricien de la « manipulation » ne fait rien contre la « manipulation » sauf répéter que c’est une manipulation. C’est une règle.

Tunisie des lumières : Haddad, Masika, Ben Achour, Bourguiba...

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 07 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté actualité

Avec une superficie 14 fois plus petite que celle de l’Algérie, 10 fois plus petite que celle de la Libye et deux fois et demi moins que celle du Maroc… la Tunisie est un grand pays. Une terre faite de songes et de symboles. Un pays est grand, non pas par son immensité géographique ou par le nombre de têtes de sa population, mais par le génie de ses habitants. Par l’intelligence approuvée à travers son Histoire par ses élites politiques, culturelles et religieuses éclairées, la Tunisie fait partie de ces pays des grands. La Tunisie est le pays du « vivre ensemble ». D’hospitalité. De parfum de vie. De respect de l’autre. De différence.

En guise d’une leçon immortelle, l’histoire de la musique, du théâtre et de la résistance culturelle des années trente, a inscrit en lettres d’or le nom de Habiba Msika (1903-1930), artiste tunisienne juive. Elle était aimée jusqu’à l’adoration par tous les citoyens tunisiens, toutes religions confondues. Sa mort tragique, tuée par un amant jaloux, un juif tunisien, a mis tout le pays dans la tristesse et la peine. En signe de respect, image forte de la culture de la citoyenneté, le jour de son enterrement, les Tunisiens en foules étonnantes, ont accompagné son cercueil vers sa demeure dernière. Ont prié sur son âme. La citoyenneté avant la religiosité est le principe fondateur de la personnalité tunisienne. Précocement, l’enterrement de Msika fut un barrage contre toute culture d’exclusion, de xénophobie ou d’inquisition.

« Dans la nuit »

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 02 Avril 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Dans la nuit »

Création radiophonique de Sauver la peau de David Léon, France-Culture, mardi 17 mars 2015, 23 heures

 

J’ai lu, j’ai vu au Théâtre Ouvert, Sauver la peau de David Léon ; ce soir, seule, au cœur de la nuit, dans la grande pièce de la maison, j’écoute son texte sur France-Culture, juste après l’entretien de Laure Adler et d’Olivier Rolin. Ce texte, je le reconnais, j’en connais des phrases et pourtant il me semble, à cet instant, dans sa totale désincarnation, mystérieux et renaissant. Il est peut-être aboutissement de lui-même : la radio est affaire de voix et ce sont des voix croisées qui font la matière de « Sauver ». Christophe Hocké, le réalisateur, laisse justement toutes ces voix (celle du frère de Mathieu, démissionnaire de son poste d’éducateur, celle des membres de la famille, des représentants de l’institution éducative et psychiatrique, des auteurs cités…) surgir du silence sans jamais les métamorphoser en personnages.

Une mystique sans Dieu, Jean-Claude Bologne

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 31 Mars 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Une mystique sans Dieu, Jean-Claude Bologne, Albin Michel, février 2015, 330 pages, 20,90 € (Essai)

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

 

« … je n’entends pas récupérer sous l’étiquette d’une mystique sans Dieu les auteurs dont j’invoque le témoignage et dont je ne partage pas nécessairement les croyances : ils sont chrétiens, bouddhistes, théosophes, agnostiques, athées, mais ce qui m’intéresse en eux, c’est l’instant où ils n’étaient que traversée du néant… »

Jean-Claude Bologne, Avertissement