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Chroniques régulières

Chemins de lectures (21) - Roland Barthes nous manque

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Février 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Philo

 

En cette année anniversaire, il nous faut bien constater que Roland Barthes nous manque. Terriblement. C’est là un manque qui fait béance, tant notre époque – disons celle qui débute avec ce XXIème siècle qui s’annonce chaotique et illisible – aurait un besoin immense des outils de sa pensée et de l’acuité de son regard. Les outils, on peut penser que nous les avons. Mais que sont-ils sans son regard ?

C’est là le propre de la pensée de Roland Barthes : ce n’est pas un prêt-à-porter. Ce n’est pas non plus un « système » de lecture. C’est une myriade de pistes, de directions, de méthodes pour voir le monde, le langage et les analyser. La genèse linguistique du travail de Barthes a laissé le champ ouvert aux syntagmes, paradigmes, morphèmes d’une œuvre polymorphe et éclatante d’inventivité. Il n’y a pas de pensée-Barthes, il y a une intelligence-Barthes et c’est à la fois sa grandeur et sa difficulté.

Quand on lit S/Z ou Mythologies ou Fragments d’un discours amoureux, on sent bien que l’on n’a pas à faire à des œuvres de « philosophe », c’est-à-dire de faiseur de monde clos. L’écriture de Barthes est traversée par l’élégance poétique, par des illuminations littéraires, par un souffle qui se situe bien au-delà de la raison raisonnante.

Assia Djebar couronne sa vie par un livre sur saint Augustin

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 16 Février 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Le fauteuil cinq est vide, à Paris ! Et Fatima Zohra dormira ce soir à côté de son père, à Cherchell. Fille de son père ! Les dames de la taille d’Assia Djebar ne partiront jamais. Ne disparaîtront jamais. Jamais !

Il y a de cela trois mois, à ma façon, j’ai rendu un hommage à Assia Djebar, en forme d’un dossier d’une cinquantaine de pages que j’ai publié dans la revue Nizwa, parue à Muscat, Oman (n°80, octobre 2014). La plus prestigieuse revue arabe dirigée par le poète Saïf Rahby, et qui encore respecte la culture et la littérature. L’unique hommage en arabe rendu à Assia Djebar de son vivant. Dans cet hommage mérité, j’ai réuni autour d’un ensemble de questions concernant l’écriture d’Assia Djebar trente écrivains, traducteurs et critiques algériens toutes langues confondues, arabe, tamazight et français. Des écrivains de différentes générations : Youcef Merahi, Djamel Mati, Leïla Hamoutène, Lazhari Lebter, Dehbia Ammour, Tarik Djerroud, Ahmed Hamdi, Habib Sayeh, Ahmed Dellabani, Mohamed Meflah, Saïd Boutadjine, Amer Makhlouf, Bachir Mefti, Mohamed Sari, Guellouli Bensaâd, Rabah Khaddouci, Samir Kacimi, Youcef Ouaghlissi, El-Maissa Boutiche, Hacène Bennamène, Mohamed Djafar, Ahmed Abdelkarim, Fayçal Lahmar, Habib Monissi, Lyamine Bentoumi, Abderrahmane Meziane, Mohamed Daoud, Soumia M’hannech, Farès Kebbich et Brahim Tazaghart.

Des sorcières comme les autres, Artistes et féministes dans la France des années 1970, Fabienne Dumont

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 12 Février 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Des sorcières comme les autres, Artistes et féministes dans la France des années 1970, Fabienne Dumont, Presses Universitaires de Rennes. Coll. Archives du féminisme, 2014, 568 pages, 26 €

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? » Et celle-ci l’est tout particulièrement !

Michel Host

 

Des Femmes-Artistes et de leurs travaux vers la fin du siècle dernier

« Encore faudrait-il que ces messieurs pensent aux dames au moment de sélectionner les candidats potentiels au statut d’Immortel ». (Il s’agit de l’Académie des Sciences, où aucune femme ne sera reçue en juin 2015).

Signé de Maryline Baumard

Quotidien Le Monde, aux 30-XI et 1er-XII- 2014

Introduire un peu d’art dans nos sentiments, Jean-Paul Michel

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 12 Février 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

« Le prix qu’il faut payer pour la réalité »

Je me retrouve rarement devant un livre sans un sentiment particulier pour l’auteur, car j’aime voir l’homme formulé derrière le livre. Ici, encore, avec ce livre de Jean-Paul Michel, qui investit le discours en philosophe et en poète, je ressens une personne investie par Hegel et Marx, jusqu’en ces temps d’aujourd’hui.

Enfants intrépides des Lumières, Hegel, Marx, Comte avaient nourri des optimismes conquérants. Les procès de Moscou d’un côté, Auschwitz d’un autre, Hiroshima enfin opposèrent une dure contrepartie à ces rêveries.

C’est là le cœur du livre. Et quelle mesure violente pour un poète que d’avoir sa pensée payée au tribut politique du siècle finissant, avec son euphorie dialectique et ses cauchemars guerriers. Mais rien de manichéen dans la conception de ce vêtement de discours. Plutôt des nuances, des oppositions de bloc et de détails, avec cette impression de la chimère du Baudelaire des Petits poèmes en prose, et des lumières contrastées sur les oppositions dialectiques de la pensée.

Ijtihad et non pas jihad !

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 09 Février 2015. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Souffles…

 

Au su et au vu des habitants de la planète, le monde arabo-musulman se noie dans le chaos chaotique. Le chaos religieux. Sur quelle fin ce chaos cauchemardesque qui nous dévaste se terminera-t-il un jour ? Quel demain le nôtre sera-t-il ?

L’histoire du conflit amer entre la religion et l’institution politique ou étatique nous apprend que : dès que la religion, n’importe quelle religion, se mêle à la politique, se mêle à la gestion du quotidien social, cette dernière perd son identité et sa morale. Pour se trouver sur un autre champ. Pour se trouver hors jeu ! L’histoire ensanglantée de l’Église nous dit beaucoup de choses sur les enfers terrestres. Elle nous raconte les blessures des années d’inquisition qui sont encore ouvertes. Les autorités de l’Église nommaient des censeurs de liberté censores librorum chargés d’une seule mission : que rien de contraire à la foi ne puisse être édité. Les artistes chrétiens, plutôt ceux qui vivaient dans la terre du christianisme, ont énormément souffert. Le poids de la religion fut un fardeau à l’encontre de la liberté individuelle et collective. Les livres ont été brûlés. Les écrivains incinérés, vivants. Les intellectuels ont payé cher leur liberté et celle de leur société. Ceci s’est passé en Europe chrétienne du moyen-âge.