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Pourquoi cette animosité envers nos écrivains ?

Ecrit par Amin Zaoui le 20.01.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Souffles...

Pourquoi cette animosité envers nos écrivains ?

 

L’écrivain détient sa propre logique. Elle est à lui seul. Sa peau. Même dans le mensonge, la logique de l’écrivain est prophétique, juste. Elle est autre que celles dont disposent les autres menteurs. L’écrivain adore prendre la folie en compagnie. Cette compagnie, cette folie, n’est que sa bougie pour voir clair, détecter la brume et traverser l’obscurité qui règne autour de lui.

Boualem Sansal, écrivain talentueux, le silence, la rigueur et la plume. Le défi et la douceur ! Il ne recule pas ! Fidèle à la mémoire de son ami le romancier Rachid Mimouni. L’encre d’écrivain est équivalente au sang du martyr. Comme Kateb Yacine, Boualem Sansal n’est pas aimé dans ce pays. Rejeté par les siens. Pas tous. Pourquoi on maudit les créateurs. Dieu les a créés à son Image Sublime. En 1978, encore étudiant à l’université d’Es-Sénia d’Oran, j’ai eu la chance de rencontrer Kateb Yacine. Écouter en tête à tête Kateb Yacine. Cela s’est passé à Ténira, petit village agricole dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès. C’était un beau jour de printemps, en avril. Assis, Kateb et moi, à même le trottoir, devant le seuil de sa petite maison rurale, il m’a offert une tasse de café.

Accompagné de sa troupe théâtrale, Kateb Yacine venait de débarquer à Sidi Bel-Abbès en tant que directeur du Théâtre régional de Sidi Bel-Abbès. Devant une telle sommité, j’ai été troublé. Kateb Yacine m’a mis à l’aise et j’ai pu réaliser avec lui une interview. Il a parlé de beaucoup de choses : son projet d’un nouveau roman (projet qui n’a pas vu le jour), sur Nedjma, sa vision théâtrale, le pouvoir, les langues en Algérie, la liberté d’expression, etc. L’entretien a été publié dans le journal La République (Al Joumhouria) paru à Oran. Mais parmi toutes les questions que j’ai posées à Kateb Yacine, je retiens la suivante : M. Kateb Yacine, vous en tant qu’écrivain sans pair, qui dans toute votre vie, vous étiez sous les lumières dans grandes villes, ne sentez-vous pas, aujourd’hui, que vous êtes comme en exil, dans ce petit village agricole oublié, au fond de la jarre ? Avec un sourire angélique, moqueur ou diabolique, il m’a répondu : “Ici, dans ce village, je suis entre de bonnes mains, celles de ces braves hommes, les fellahs moudjahidine. Je suis entouré par mon peuple. Ce sont "eux", ceux d’Alger, qui sont en exil.” Je me suis rappelé de cette rencontre avec Kateb Yacine et de ses propos historiques, quand j’ai vu ce silence tueur de la part de nos institutions officielles vis-à-vis de Boualem Sansal auteur du Serment des barbares, lauréat du plus prestigieux prix littéraire allemand : “Prix de la paix” octobre 2011. Pourquoi ce silence mortuaire envers cet écrivain talentueux, courageux et intelligent ? Ceci m’a attristé. Pourquoi, nous n’avons pas organisé une journée, une table ronde en l’honneur de Boualem Sansal ? Pourquoi nos institutions culturelles et universitaires n’ont pas pensé organiser des rencontres avec l’auteur et autour de ses romans? Fêter Boualem Sansal est un honneur et un bonheur pour l’Algérie littéraire et culturelle. À ce point, l’écrivain fait-il peur ? Face à cette situation similaire, à celle de Kateb Yacine, Boualem Sansal dira à tous ceux qui veulent bien l’entendre : à Boudouaou comme à Berlin, je ne suis pas en exil. Plutôt ce sont “eux”, ceux d’Alger, qui sont coupés, exilés dans leur solitude bruyante.

Il nous dira, je vis parmi mon peuple, le peuple de lecteurs. Les romans de Boualem Sansal sont tirés à des milliers d’exemplaires, traduits dans une trentaine de langues.

Au moment où chez nous, l’Algérie culturelle célèbre quelques “faux-monnayeurs” de littérature, le monde, de l’autre côté, célèbre : Boualem Sansal. Même si je ne partage pas quelques idées de l’écrivain. Boualem Sansal, au côté de Yasmina Khadra, lui aussi marginalisé, demeureront nos écrivains les plus connus, les plus lus de la littérature maghrébine, arabe et africaine, dans le monde. Même si Boualem Sansal n’est pas nommé par les nôtres, il est notre ambassadeur extraordinaire. Il est accrédité par les autres.  Pourquoi toute cette haine envers nos écrivains qui, avec leur génie, ont réussi à redonner à cette Algérie, par le roman, une voix forte, belle et unique !?


Amin Zaoui


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A propos du rédacteur

Amin Zaoui

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Rédacteur


Amin Zaoui est un écrivain algérien né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa (Algérie). il écrit chaque jeudi deux articles un en arabe dans le quotidien arabophone echorouk et en français dans le quotidien francophone liberté.

 

 

 

1984-1995 : enseignant à l’université d'Oran (département des langues étrangères)

1988 : Doctorat d'État en littératures maghrébines comparées

1991-1994 : directeur général du Palais des Arts et de la Culture d’Oran

2000-2002 : enseignant à l’université d’Oran (département de la traduction)

2002-2008 : directeur général de la Bibliothèque nationale d'Algérie

2009 : membre du conseil de direction du Fonds arabe pour la culture et les arts (AFAC)

Conférencier auprès de plusieurs universités : Tunis, Jordanie, France, Grande-Bretagne.

 

Publications en français

Les romans d’Amin Zaoui ont été traduits dans une douzaine de langues : anglais, espagnol, italien, tchèque, serbe, chinois, persan, turque, arabe, suédois, grec…

 

Sommeil du mimosa suivi de Sonate des loups (roman), éditions le Serpent à plumes, Paris, 1997

Fatwa pour Schéhérazade et autres récits de la censure ordinaire (essai collectif), éditions L'Art des livres, Jean-Pierre Huguet éditeur, 1997

La Soumission (roman), édition le Serpent à Plumes, Paris, 1998 ; 2e édition Marsa, Alger. Prix Fnac Attention talent + Prix des lycéens France

La Razzia (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 1999

Histoire de lecture (essai collectif), éditions Ministère de la Culture, Paris, 1999

L’Empire de la peur (essai), éditions Jean-Pierre Huguet, 2000

Haras de femmes (roman), éditions le Serpent à Plumes, 2001

Les Gens du parfum (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

La Culture du sang (essai), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

Festin de mensonges (roman), éditions Fayard, Paris, 2007

La Chambre de la vierge impure (roman), éditions Fayard, Paris, 2009

Irruption d’une chair dormante (nouvelle), éditions El Beyt, Alger, 2009

 

En arabe

 

Le Hennissement du corps (roman), éditions Al Wathba, 1985

Introduction théorique à l’histoire de la culture et des intellectuels au Maghreb, éditions OPU, 1994

Le Frisson (roman), éditions Kounouz Adabiya, Beyrouth, 1999

L'Odeur de la femelle (roman), éditions Dar Kanaân, 2002

Se réveille la soie (roman), éditions Dar-El-Gharb, Alger, 2002

Le Retour de l'intelligentsia, éditions Naya Damas, Syrie, 2007

Le Huitième Ciel (roman), éditions Madbouli, Égypte, 2008

La Voie de Satan (roman), éditions Dar Arabiyya Lil Ouloume, Beyrouth ; éditions El Ikhtilaf, Alger, 2009

L'Intellectuel maghrébin : pouvoir - femme et l’autre, éditions Radjai, Alger, 2009