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Chroniques régulières

D’Images et de bulles (4) : Une affaire de caractères

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Mai 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Une affaire de caractères, François Ayroles, Delcourt, mars 2014, 72 pages, 14,95 €

 

Une affaire de caractères constitue un Exercice de style de haute volée qui réjouira les lettrés comme les amateurs de 9è art. Dans cet hommage à la littérature et aux mots jusque dans leur matérialité, François Ayroles se livre à de savants clins d’œil sur fond d’enquête à la Simenon. Ne vous attendez pas à une intrigue trépidante, toute la saveur de cet album réside dans la douce folie qui règne dans la cité de Bibelosse, dans sa galerie de personnages déroutants, dans la découverte de leurs particularités langagières à la frontière de l’absurde.

L’intellectuel-berger, en Algérie

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 05 Mai 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Série "Souffles"...

 

« Ici, dans ce nulle part, derrière un troupeau de brebis comme celui-ci, par un jour d’été, mon oncle est venu m’annoncer la bonne nouvelle : Tu as eu ton bac. Et une autre vie a commencé, en ville ».

Ce paragraphe n’est que l’identification de la photo d’un jeune écrivain algérien postée sur un compte Facebook. Souriant et nostalgique, cet intellectuel pose derrière un troupeau de brebis et de moutons et autres belles créatures herbivores. Ce qui m’a frappé dans cette histoire, ce n’est ni la photo ni la nostalgie du lieu ou du troupeau, mais cette avalanche de commentaires venant de la part d’une dizaine d’autres écrivains, universitaires, journalistes et autres intellectuels, qui tous confirment que eux aussi ont vécu la même expérience. Ils sont nés institutionnellement derrière les brebis. Ils sont bergers. Je respecte cette appartenance sociale pastorale. Et j’adore les brebis, et les lieux reculés me fascinent. Mais au-delà de la nostalgie rurale qui peut être justifiée, cette situation de l’intellectuel-berger algérien m’interpelle.

Ekphrasis 10 - « 5 fois Catherine »

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 30 Avril 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

PREGHERIA A

SANTA CATERINA DA SIENA

O DIO, che in

Santa Caterina da Siena,

Ardente del tuo spirito di amore,

Hai unito la contemplazione

Di cristo Crocifisso

E il servizio della Chiesa.

 

La petite image pieuse de Caterina, aux mains ouvertes et stigmatisées, à la tête couronnée d’épines comme son Seigneur et la prière à murmurer doucement, là, entre mes mains dans l’église vénitienne.

D’Images et de bulles (3) : Julio

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 29 Avril 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Julio, Gilbert Hernandez, traduction anglais (USA) : Daniel Pellegrino et Christophe Gouveia Roberto (Julio’s day), Ed. Atrabile, février 2014, 112 pages, 19 €

 

D’un cri à l’autre, d’un trou noir à un autre, Julio relate le déroulement d’une vie, ce fragile passage, depuis la bouche grande ouverte sur le premier cri jusqu’à celle du vieillard à l’agonie. Le noir profond du néant forme la trame de fond de cette vie où les événements se succèdent sans explication, sans clé existentielle, où, à la fois, le temps semble perdre sa consistance et peut-être retrouver sa juste place. Dans son introduction, Brian Evenson établit-il ainsi un parallèle entre l’œuvre d’Hernandez et celle de Beckett : « Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau ».

Mohamed Choukri et Tanger (les écrivains et leurs villes)

Ecrit par Amin Zaoui , le Vendredi, 18 Avril 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Souffles...


Mohamed Choukri et Tanger, Sayeh Habib et Saïda, Ahlem Mosteghanemi et Constantine, Med Meflah et Relizane… à chacun sa Mecque, son mur des lamentations, son miroir et son amour. Aux yeux des écrivains, les murs des villes ne sont pas des pierres, ils sont l’âme, la mère et la langue.

Les rues ne sont pas des allées et des trottoirs, elles sont les chansons, les amis et les avenirs. En août 1991, pour la première fois je visite Tanger. J’arrive dans cette ville légendaire pour rencontrer l’écrivain Mohamed Choukri, auteur du célèbre roman autobiographique Le pain nu, pour échanger avec lui sur l’audace de l’écriture autobiographique. J’ai mémorisé cette rencontre dans l’émission Akwas (Parenthèses) que je produisais et animais pour le compte de la Télévision algérienne. Nous arrivons au Maroc par route : le réalisateur, le caméraman, le chauffeur et moi-même. Il était presque minuit lorsque nous sommes arrivés à Tanger. Une ville légendaire grâce aux écrits de l’Américain Paul Bowles, le Français Jean Genet, l’Espagnol Juan Goytisolo et d’autres. Je n’avais pas l’adresse de Mohamed Choukri. Son téléphone à la maison ne répondait pas.