Identification

Chroniques régulières

Pour Farid Bessayeh

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 07 Avril 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Je n’aime pas rendre hommage, me dit-il. C’est comme enterrer deux fois quelqu’un. Mais je ne sais pas que dire. Il était l’un des rares enseignants qui m’offrait la littérature en spectacle et donnait au mot l’émotion que l’université tuait en moi. Il aimait Julien Gracq, Ernest Jünger et d’autres qui avaient fait de l’attente un spectacle de la condition humaine et j’aimais cette vision qui n’était passivité mais défi. L’homme est-il au-delà ou en deçà de l’image que je me faisais de lui ? Je ne sais pas. Certains le trouvaient ridicule et d’autres un peu excessif ». Puis il se tut.

J’étais à côté, je ne disais rien, moi aussi. Le deuil des autres est une gêne.

Il y avait du vent sur la ville mais le ciel était si bleu qu’on se disait qu’il était vivant finalement. Tendu par le souffle retenu vers une sorte d’incandescence.

Il répétait « l’enfance est l’âge d’or des questions. Et c’est de réponses qu’on meurt ». Ce n’était pas de lui. Mais dans ma tête, il était l’auteur de cette sentence dramatique. Bon. « Que dire d’autre ? », m’interrogea-t-il.

Ibn Khaldoun : la Kabylie, la femme, le couscous et le burnous !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 01 Avril 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Souffles. In "Liberté" (Algérie)

 

En réponse à une question relevant des frontières du pays des Berbères avec brio, Ibn Khaldoun (1332-1406) a dit : la contrée des Berbères débute là où les hommes portent le burnous et s’arrête là où les gens ne mangent pas du couscous. Ce propos parvenant d’un savant de la taille d’Ibn Khaldoun nous rappelle la place déterminante qu’occupent l’art vestimentaire et l’art culinaire dans la définition de l’identité d’un peuple. Le costume est une langue. L’habillement n’est pas neutre. Tout est codifié, significatif et porteur de messages.

L'obsession : le roman arabe contemporain est malade !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 19 Mars 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

SOUFFLES ...


Je ne veux pas tomber dans des généralités infécondes, mais ce que je développe est phénoménal et mérite d’être pensé. Repenser. Le roman arabe contemporain est otage d’obsessions. Il est obsédé par la politique, démesurément idéologique. Il est fait de dénonciations, de lamentations et de “faux barrages” dressés par les islamistes ! Et parce qu’ils sont hantés par une seule obsession, les romanciers arabes écrivent la même chose, dans un même texte qui change de titre. Ils écrivent de la même façon la même amertume. Dans un monde Arabo-musulman où le romancier, dans sa vie privée comme dans ses pensées politiques ou philosophiques, est assiégé par une chaîne de montagnes d’interdits, de toutes couleurs, dans ce monde où la liberté individuelle est confisquée, l’individu n’est qu’un rien appartenant à un troupeau qui, à son tour, aux yeux des pouvoirs, n’est qu’un double rien !

D’Images et de bulles (2) : Le Chevalier d’Éon, Agnès Maupré

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 13 Mars 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le Chevalier d’Éon, Agnès Maupré, tome 1 « Lia », Ankama, février 2014, 96 pages, 15,90 €

 

Personnage fascinant et énigmatique, source de nombreuses rumeurs et légendes, objet d’études et de fictions diverses, le Chevalier d’Éon s’incarne sous la plume élégante d’Agnès Maupré dans un volume recherché et passionnant. Ce premier volet de ce qui s’annonce comme une série, nous plonge dans le siècle de Louis XV, complexe et décadent et nous fait découvrir comment d’Éon débuta sa carrière fantastique.

La belle facture de l’édition, la couverture montrant le Chevalier nu devant son miroir prêt à revêtir une robe, une épée à ses pieds, piquent déjà la curiosité du lecteur et annoncent une lecture des plus savoureuses. Toute l’ambiguïté du personnage se résume en cette image : doté de tous les talents, aussi séduisant en homme qu’en femme, d’Éon passera adroitement d’une identité à l’autre au gré de ses missions afin de satisfaire les souverains pour lesquels il travaille.

D’images et de bulles (1) : Blacksad, Amarillo

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 08 Mars 2014. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Blacksad, tome 5 Amarillo, Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, janvier 2014, Dargaud, 56 pages, 13,99 €

 

Depuis son premier volume en 2000, la série Blacksad rayonne avec bonheur sur le neuvième art. Des scénarios impeccables, une composition sublime, des illustrations d’une élégance et d’une maestria inégalées. Et pas une ride en près de quinze ans. Amarillo en témoigne de façon magistrale.

Nous retrouvons notre privé félin décidé à se mettre au vert après des aventures mouvementées en Louisiane. Alors qu’il quitte Weekly à l’aéroport, il croise la route d’un riche bovidé qui lui confie la conduite de sa voiture direction Tulsa. Mais les habitudes reviennent au galop et Blacksad ne peut s’empêcher d’intervenir dans une rixe inégale : résultat, les victimes lui volent son véhicule. Il s’agit d’un duo d’écrivains beatniks rongés par l’incertitude et l’alcool, rivalisant de talent et de rage (on avait déjà croisé Greenberg le bison furieux dans le tome 3 Âme rouge). Lors d’une soirée trop arrosée, la querelle dégénère et Chad Lowell dézingue Abraham Greenberg avant de décamper au volant de la voiture dérobée, le privant à la fois de sa « poésie » et de ses « couilles ».