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Chroniques régulières

« Quatre filles et un Violoncelle », par Marie du Crest

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 25 Avril 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La pièce de Michel Bellier, Les filles aux mains jaunes, a été créée en 2014 au théâtre Le Sémaphore à Port de Bouc et reprise ensuite tant en France qu’à l’étranger, dans une mise en scène de Joêlle Cattino. Le théâtre Joliette-Minoterie, scène conventionnée, à Marseille, la propose les 23, 24, 25 et 26 mars à nouveau.

Il est posé sur le sol, ce drôle d’instrument qui ne tient debout que sur sa pointe, que si l’on décide de le faire jouer, assis sur une chaise et installé entre ses jambes comme une amante installée sur les genoux d’un amoureux. Tout est obscur autour de lui ; des lampes industrielles suspendues dans les cintres rappellent sans doute que le théâtre est ce moment suspendu entre le noir et la lumière, et le retour au noir. Le violoncelle, en quelque sorte, dit que Les filles aux mains jaunes ne sont plus seulement le texte de Michel Bellier mais une représentation, une mise en scène matérielle, affaire d’objets et d’accessoires choisis, du son et de la lumière, des corps et des voix. Il n’y avait pas de musique entre les pages de la pièce écrite. Le Violoncelle est là, du début du spectacle, étrange et unique présence masculine puisque c’est Jean-Philippe Feiss qui tient l’archet, fait des pizzicati, le transforme en percussion.

Carnets d’un fou / XXXVII Février 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 11 Avril 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Hier, un songe, et demain, la poussière !

Rien, peu avant, et peu après, fumée !

Et je vis d’ambitions, et me complais,

À peine un point du cercle qui m’enserre !

Francisco de Quevedo, De la brièveté même de la vie, sans qu’on y prenne garde, et dans le malheur, assaillie par la mort.

 

# J’ai cueilli, dans mon grenier à citations, quelques mots de Francisco de Quevedo, l’ennemi intime de Luis de Góngora, qu’il haïssait pour son « cultisme » et jalousait, selon moi, parce que lui, Quevedo, n’avait pas réussi à renverser la table poétique classique, à donner naissance à une poésie différente de tout ce qui l’avait précédée. Avait-il d’ailleurs jamais eu cette ambition ?

Dialogue depuis l’ailleurs - à propos de De la poussière sur vos cils de Julien Bosc

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 08 Avril 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

De la poussière sur vos cils de Julien Bosc, éd. La tête à l’envers, 2015, 13,50 €

 

Le livre que publie Julien Bosc aux éditions La tête à l’envers, est à la fois lumineux et plein de mystère, quand cette lumière vient justement de la qualité du mystère. En effet, les deux parties de ce poème grandement dialogué, sont dédiées à plusieurs personnes. Sont-ce là les enfants et l’épouse du poète ? On ne sait pas, mais on devine un drame violent qui inspire le poète, qui agit dans une sorte de dédoublement – voix de lui-même et voix de l’Autre – en une schize créatrice et capiteuse.

Peut-être endormie :

Journal d’un dernier francophone imaginaire, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 05 Avril 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Je voulais te parler, cher Astérix, de ta langue et t’expliquer qu’elle a une histoire clandestine que tu ne connais pas, et des enfants nègres, mais je ne peux pas le faire sans parler de moi et de ce que j’ai découvert lorsque tu es parti avant ma naissance, en me laissant une poignée de lettres dans la bouche et un tas de livres et de cimetières. On parle souvent de ta langue chez nous, mais les gens qui la parlent sont de plus en plus rares. Comme les vignobles qui s’agrippent après le départ des Français. Ils meurent, se dispersent, s’en vont. Un de mes amis me dit un jour qu’ils ont sur le visage le générique de fin de film. Le problème et le drame c’est que, comme moi, ils n’y ont même pas joué. On les reconnaît facilement à la façon qu’ont leurs lèvres de rester serrées sur les mots : on dirait des nageurs las, qui gardent leur bouche juste à la ligne de flottaison, au-dessus d’eaux étrangères. Ou à leur manière de promener leurs bulles individuelles comme les autres promènent leurs turbans cachés. On sent le francophone chez nous de très loin et, cette odeur, mon Dieu, que de fois j’ai essayé de la cacher ! Les mots, Cher De Gaulle, ont une odeur je te le jure. Parfois des parfums, mais rarement. Chez nous, on sent le francophone. C’est tout.

Charles Bukowski, by Loren Kantor

Ecrit par Loren Kantor , le Vendredi, 01 Avril 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

When I was a college student, I had the habit of checking my friends bookcases to see what they were reading. I’d see books by Milan Kundera, Gabriel Garcia-Marquez and Herman Hesse. Looking on a lower shelf, tucked away in a corner perhaps, I’d often see multiple well-worn titles by Charles Bukowski. The message was clear : high-brow reading is necessary but Bukowski is pure fun.

Charles Bukowski was a poet of the profane, or, as Time called him « laureate of the lowlife ». A student of the gritty streets, he wrote about the shadow side of America. Prostitutes, dingy bars, human cruelty, lonely trysts. He was a brutal drunk, a misogynist, a self-admitted louse. But he was also a prolific writer and at times a sensitive poet with a twisted sense of humor.

Born in Germany in 1920, Bukowski grew up in Los Angeles, son to an abusive alcoholic father. Bukowski began writing (and drinking) in his teens. He struggled for decades, toiling as an on-again/off-again postal worker until 1969. He was a private person who loved cats and valued his solitude. « I don’t hate people… I just feel better when they’re not around ».

Los Angeles was Bukowski’s milieu and creative muse. Many of his fabled haunts have long since been torn down but some locations remain intact and provide a unique view into the life of LA’s literary son.