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Chroniques régulières

Une bouche à mourir, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Une bouche peut-elle manger son homme ? Oui. Ça m’arrive. Ma bouche se réveille avant moi, chaque matin et c’est elle qui commence la journée et je ne fais que suivre, comme une conjugaison. Elle lit les journaux, déboulonne quelques stèles, remonte le temps jusqu’à la montre de poche de Messali, redescend vers l’après-pétrole puis s’installe au-dessus de ma tête et commence à écrire. J’essaye. J’essaye pourtant de la fermer. De la remplir. De la raisonner en lui disant que cela ne sert à rien. La langue, c’est fait pour goûter, pas pour dégoûter, mais elle ne m’entend pas. Je le lui ai dit : ne joue pas avec le reste de ma tête ! Que deviendras-tu le jour où on me coupera la langue ou qu’on me donne un gros mouton que je ne pourrais manger en entier qu’à la fin de ma vie ? De quoi vivras-tu ? De bouffer de l’air ? Et là, elle fait semblant de ne pas m’entendre et continue. Continue de parler, toute seule, comme un livre qui refuse d’avoir une dernière page. Et elle refait tout : le monde, la politique, ses hommes, le pays. Elle critique tout comme un acide piéton. S’attaque à tous et cherche, avec le bout de sa langue, ces petits êtres difformes qui nous fabriquent des levers de soleil en nous répétant que c’est cela l’indépendance.

Carnets d’un fou-XXXVIII - Mars 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 20 Mai 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« Art bourgeois, s’écrie M. Albert Gleizes (1) et il définit la bourgeoisie : “l’expression d’une certaine tendance humaine à jouir bestialement des réalités matérielles” », Benjamin Fondane (2)

 

# La citation d’Albert Gleizes, relayée par Benjamin Fondane, m’enchante. La bestiale jouissance est bien au cœur du bourgeois, et son matérialisme se masque de délicatesses d’habillage : lui-même, son épouse et ses filles apprennent à martyriser les pianos, visitent les expositions de peinture, vont au concert, dirigent des émissions culturelles sur la chaîne Arte, écrivent des livres sur l’art… L’alibi est parfait. Notre classe dirigeante, socialiste ou non, s’encombre encore parfois de ces alibis mystificateurs, mais de moins en moins, car plutôt fainéante et occupée d’argent.

# Moi. J’ai une culture, mais peu d’érudition. Culture ? Montée ici de bric et de broc, là de manière plus méthodique. Érudition ? Je fais ce que je peux. Je manque de patience et ne m’applique à la minutie qu’à de rares moments. M’essaie à la meilleure exactitude cependant, et à l’exercice de la raison.

Le 9/III/16

Allah Akbar au pluriel (1ère partie), par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Jeudi, 19 Mai 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Souffles 12 mai 2016

 

1. Bonne nuit mon enfance !


Paisiblement, comme un poème, mon enfance s’écoulait comme dans du coton de quiétude. Nous vivions dans un douar dont la totalité des maisons appartenaient à mes oncles, mes cousins, mes tantes et mes grands-parents. Un douar où tous les habitants portent le même nom.

Sous la lumière du quinquet, ou sous la lueur fatiguée de la bougie, mes rêves sont nés et ont grandi. On cherchait de l’eau d’un puits situé à quelques kilomètres, en bas du douar, sur les dos des ânes ou sur les dos des femmes ! Les hommes qui sont forts ne portaient jamais les choses pesantes !

Le monde me tue, collectif de pièces de théâtre, Espaces 34

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 19 Mai 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Théâtre

 

Le monde me tue, collectif de pièces de Cédric Bonfils, Marie Dilasser, Thibault Fayner, Samuel Gallet, Olivier Mouginot, Sabine Tamisier, Editions Espaces 34, 2007, 184 pages, 10 €

 

Trop compliqué pour toi, de Cédric Bonfils

 

OPUS 1 ou la Lumière et le Noir

Les élèves des écoles de cinéma achèvent leurs études assez souvent par la réalisation d’un court métrage, geste inaugural d’une œuvre en devenir. Les 6 élèves de l’ENSATT du département Ecriture dramatique de la toute première promotion de l’école, en 2007, proposèrent six pièces courtes à partir d’une citation donnée extraite d’Accatone de Pasolini : « Ou le monde me tue ou je tue le monde ! ». Les Editions Espaces 34 les ont éditées dans un seul volume intitulé Le monde me tue. Deux jeunes metteurs en scène de l’ENSATT (S. Delétang et G. Delaveau en assurèrent la création).

A propos de Circonvolutions de Stéphane Sangral, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 18 Mai 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Une expérience de langage

à propos de Circonvolutions de Stéphane Sangral, éd. Galilée, avril 2016, 150 pages, 15 €

 

Comment déconstruire physiquement et métaphysiquement le poème ? C’est tout l’art du dernier recueil de poésie de Stéphane Sangral qui livre, avec Circonvolutions, une plongée en apnée dans un univers presque angoissant, ou néanmoins confiné à l’ennui du poète qui confine, quant à lui, à la métaphysique. Un de mes interlocuteurs sur la Toile me disait que le monde ne peut pas être sans ce qui n’existe pas. Pour Stéphane Sangral le monde se déconstruit comme monde et tombe dans la langueur négative d’une interrogation sans fin, mais s’appuie cependant sur le langage et sa part immatérielle.