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Chroniques régulières

Orphée du fleuve, Luc Vidal (3)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 09 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Dans le récit orphique de la quête amoureuse figurée par la poésie de Luc Vidal, les éléments naturels investissent le quotidien, toile de fond des rencontres, de l’existence – « le monde soleil joie du monde », la pluie ensemençant le rire des enfants, « un étrange poisson (parfois frais comme une jeune fille surgie de la dernière pluie) venu la nuit » sur « la ligne du cœur » et venant « boire l’oxygène de nos jours », quelques prénoms, des oiseaux du chagrin ou de l’insomnie sortant de la forêt des signes, « agrandissant le souffle des poumons », les chevaux innocents, le bleu des abeilles dans les ruches miel à l’horizon du regard amoureux…

3) Une poésie au cœur du monde. Correspondances baudelairiennes

« Ouvrir la porte aux amis des rencontres » : la poésie de Luc Vidal s’écrit sur le seuil des rencontres, rencontre amoureuse ou rencontre amicale, toujours prêtes de renaître, pérennes et fidèlement indemnes des basses tensions, coups bas, flux tendus, mesquineries piètres des trahisons humaines. Luc Vidal n’en parla pas, Orphée préférant en être revenu pour n’en pas revenir encore et toujours « de l’heure amoureuse là dans ton sourire » (Cent mille façons de tes étreintes).

Histoire du couple, Jean Claude Bologne, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 08 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Histoire du couple, Jean Claude Bologne, éd. Perrin, mars 2016, 313 pages, 21 €

 

« Qu’il réponde à un désir de fusion ou d’épanouissement personnel, qu’il se nourrisse des querelles ou du partage des expériences, qu’il rassure par la fidélité ou permette, par une transgression mesurée, de satisfaire des curiosités passagères, le couple a su s’adapter aux contradictions de la vie moderne. Plus que la forme qu’il va prendre, de la multiplication des unions légales à la synthèse du « mariage pour tous », voilà peut-être le signe le plus marquant de sa vitalité », Jean Claude Bologne

 

« Mâle et femelle furent créés à la fois »

Une étude historique bienvenue – l’oubli, une grande ignorance parfois, restant à surmonter dans le domaine de la connaissance du couple –, une étude nourrie d’une impressionnante documentation et d’anecdotes révélatrices, traversant un ample panorama européen (avec des aperçus pertinents concernant d’autres aires de civilisation), le tout rédigé dans une langue d’une élégante et parfaite clarté où l’humour et la drôlerie trouvent leur chemin. Que demander de mieux ? L’idéal est classique : à cette lecture on s’instruira autant que l’on se divertira.

Dérives sur un bien-vacant, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 07 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Cher Antoine. Ou Claude. Ou Alex. Nicolas. Ou Astérix. Ou De Gaulle. J’ai longtemps hésité à t’écrire et cette longue lettre traîne depuis des années dans ma tête comme un cerf-volant épuisé et rabattu entre les parenthèses de deux vents. Comme ces écrivains scrupuleux et obsédés par l’exactitude qui naissent dans ton pays pour en inventorier les nuances, j’en écris souvent des feuillets entiers, virtuellement, avant de les froisser et de continuer ma vie, sans songer à Toi. D’abord, parce que je répugnais à l’effort et ensuite, parce que j’ai lentement compris que cet effort n’était pas une fainéantise qui devait me culpabiliser, mais une raison tout à fait objective : certes nous parlons tous deux le français, mais nous ne partageons pas la même langue. Ou peut-être que nous la partageons, mais pas équitablement : A toi, on t’a donné la langue, la terre qui va avec, une bonne partie de l’Histoire et beaucoup de livres pour le prouver.

A moi, il a échu une langue ni morte ni vivante, ravagée par des trous insonores, des approximations, des particularismes insulaires et une grande dose de solitude due au piège de l’Histoire dont vous avez pris les archives en nous laissant les cimetières.

Orphée du fleuve, Luc Vidal (2) - Le poème, parole de la ferveur d’aimer

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 02 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Le temps d’aimer a marqué les traits du visage d’Orphée. Luc Vidal écrit : « Orphée allait rejoindre les chiens du vent au bout des quais et à la prochaine halte, les quatre points cardinaux de la joie brilleront dans les bras de l’amour » (Orphée du Fleuve, éd. du Petit Véhicule, 1999). La traversée du fleuve vers la possibilité du bonheur – du Vivre, de l’Écrire – fait son partage des eaux sombres et des eaux claires, mais le large, toujours le Large, se met en route quoi qu’il arrive dans la navigation de « nous » prenant le cap – même déboussolés – vers le cœur du monde. Et l’inventaire des « paysages fabuleux », même lesté par « de longs mois d’absence au cœur du monde », par « les songes du diable de la dernière marée », par « les nuits sans amour les arbres arrachés », par « les tourmentes des mauvais rêves » – l’inventaire des paysages fabuleux reste au milieu de la tempête debout, lui-même en son pesant d’or mélangé, au final fabuleux.

L’inventaire de la vie que dressent les poèmes de Luc Vidal sur la table du bonheur et de la convivialité de la rencontre, rassemble les pièces éparses d’un puzzle composé de fragments de mémoire et de bouts d’espoir, construisant un présent riche de présences, créatif et fédérateur. La mémoire vertige de l’Autre passe par « le vertige de vivre (qui) passe par toi ». L’onde de marée vibre dans le Poème de l’Orphée du Fleuve, quand la mer prend tous ses affluents fertilisés depuis la source, jusqu’à l’estuaire du vertige où les lèvres de l’amour, « douce déchirure », ouvrent l’espace du désir.

Allah Akbar au pluriel 2ème partie - J’ai vu la lune carrée, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 01 Juin 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

…. Mon grand-père s’est plié à la magie de sa montre. L’œil sur les trois aiguilles pivotantes, ainsi ses prières sont ajustées aux mouvements de cet appareil qui fait tic-tac. Mais par un beau jour, la maudite montre est tombée en panne. Elle a trahi la ponctualité ! Mais Bilal le muezzin du village a continué ses appels à la prière !! Lui, Bilal, ne tombera jamais en panne, tout simplement parce que notre Bilal ne fait pas tic-tac !

J’ai un oncle qui travaille, comme beaucoup d’autres hommes du village, loin du pays, dans une usine, dans une ville froide, sur l’autre rive de la mer. De ma vie, je n’ai jamais vu une mer !! Cet oncle que j’aime beaucoup, que je préfère à mes cinq autres oncles, rentre chez lui une seule fois par an. Son absence dure onze mois lunaires, du deuxième jour de l’Aïd Es-saghir jusqu’à la nuit du doute qui précède le premier jour du mois de Ramadan suivant. Cet oncle, de toute sa vie, n’a vécu parmi les siens, dans sa famille, que les mois du carême, n’a connu des jours du village que les jours du jeûne. Cette-fois-ci mon oncle est rentré avec dans ses bagages une radio transistor !! Une radio qui fonctionne avec une pile plate sur laquelle est imprimée l’image d’un lion avec une grande gueule ouverte, rugissant, en colère !!