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Carnets d’un fou, XXXIII, par Michel Host

Ecrit par Michel Host le 12.12.15 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Carnets d’un fou, XXXIII, par Michel Host

 

Non, cette fois-ci pas d’exergue ou d’épigraphe, ça vous apprendra ! Nous souffrons assez comme ça, ne croyez-vous pas ? D’ailleurs, avec octobre s’ouvre la période des prix littéraires. Que voulez-vous de plus ?

M. H.

 

# Lecteur, tu es un vaillant galopin. Calé dans ton fauteuil, tu dévores page sur page. Pendant ce temps-là, tu ne fais rien de tes mains. Le va-et-vient du corridor est en panne… la bonne n’est pas venue, la vaisselle s’entasse dans l’évier. Pourtant ce sont petits travaux à ta portée. Quant à ton cerveau, permets-moi d’être perplexe. Il s’instruit, il pense, il s’émeut… Un cerveau s’émeut-il ? Le tien, probablement. Il se dit : quel bon moment ! Quel bonheur !

D’ailleurs les dames, dames écrivaines surtout, à la radio, à la télévision ne s’écrient-elles pas, émues aux larmes : « C’est mon coup de cœur ! », ou bien : « Je les adore mes personnages. Ils ne me quittent pas. En faire disparaître un est une tragédie pour moi ».

Le 1er/X/2015

Ah oui, le bonheur. Être heureux, est-ce facile ?

M. d’Ormesson parvient à l’être, semble-t-il, en dépit des atrocités qui nous assiègent. Il possède ce qu’il est convenu d’appeler « une bonne nature ». La mienne est différente, je ne parviens pas au bonheur. Ce n’est peut-être pas si grave, j’ai de « bons moments, des moments de joie ». C’est déjà quelque chose. Me soutiennent aussi l’ironie, la mise à distance, le rire.

Aujourd’hui on parviendra à être : heureux comme le Diable en France, comme Ulysse rentré chez lui en un seul morceau, comme ce criminel que la police ne retrouvera jamais car il a changé d’identité et a eu recours à la chirurgie esthétique. Il y a encore le blasphémateur que les robots n’ont pas entendu, ce criminel multirécidiviste que l’on a relâché dans nos rues, sur nos routes, ce violeur qui baguenaude en toute tranquillité sur nos chemins… Que de bonheurs rassemblés !

Boum ! Boum ! Les Russes bombardent à tout va des objectifs situés en Syrie. Ils en ont assez : ils ne veulent pas de Daesh dans le Caucase, à leur porte, sur leur territoire… Ils ont raison, pourquoi désirerait-on la peste chez soi ? On s’interroge cependant (Américains, Français) : s’en prennent-ils seulement aux hordes de Daesh ? N’y a-t-il pas quelques reliquats de troupes syriennes anti-Bachar el-Assad à réduire à néant ? Assad, ils souhaitent le conserver sur son trône branlant… pour l’instant. Plus tard, probablement, on verra comment s’en débarrasser.

M. Hollande prétend que « Bachar el-Assad étant la cause du conflit, il ne peut en être la solution ». Que « le bourreau et ses victimes » ne peuvent lutter côte à côte. Position morale et de principe qui retarde le combat. Position irréaliste, mais aussi analyse erronée de la cause : la cause du conflit appartient à la famille Bush, famille américaine aussi menteuse et stupide que cupide ! Bachar el-Assad avait considéré ledit « printemps arabe » (2010) : il n’a pas souhaité connaître le sort de MM. Saddam Hussein, Ben Ali et Kadhafi. Au premier graphe d’inspiration printanière inscrit par un enfant sur les murs d’une ville syrienne (Deraa, au sud du pays, en 2011), il a abattu la répression maximale sur sa population. Quinze jeunes garçons sont arrêtés en emmenés à Damas. Je ne sais s’ils en sont revenus. Ainsi s’inaugure le martyre d’un peuple, martyre qui a fait deux cent-cinquante mille morts à ce jour, et conduit trois millions de Syriens à s’exiler. M. Hollande, comme toujours, fait un pas à droite, puis un pas à gauche, jusqu’au grand écart. L’inconfort dans le confort de l’attente. Qu’attend-il ? Le bon vouloir de M. Obama, président de États-Unis, qui ne peut plus rien vouloir ni faire avant les prochaines élections présidentielles. Sauf peut-être s’entendre avec M. Poutine pour des bombardements harmonieusement répartis.

Autre chose : certains s’imaginent que vaincre au sol Daesh et les radicalismes musulmans permettra d’extirper définitivement le mal. Ils s’illusionnent : il faudra vaincre d’abord, et en face d’eux ils n’ont pas seulement des bandes armées, mais des cerveaux malades, autrement dit une idéologie. On mettra donc la fourmilière sens dessus dessous, mais toute la poussière et la pourriture qu’elle contient se répandront comme peste et choléra. Il faut donc aussi, et d’urgence, conduire les humains encore non contaminés à une profonde et continue réflexion sur cette idéologie. Pour ce qui est de notre pays, l’islamolâtrie officielle française, si peu compatible par ailleurs avec notre prétendue laïcité, laisse mal augurer de l’avenir proche. Je m’interroge aussi sur la valeur de notre enseignement censé éveiller l’analyse et la réflexion, l’esprit critique et citoyen. Je vois (à moins de prendre en considération les diatribes de Mme Le Pen, ce que je ne me résous pas à faire) des cervelles françaises anesthésiées par l’intoxication télévisuelle, la désinformation médiatique et la consommation de marchandises, ces drogues à effet lent mais continu.

Le 2/X/2015

 

# Un fait positif : il semblerait qu’assez nombreux, des musulmans, notamment venus de Syrie, se convertissent au christianisme. En Allemagne, au protestantisme. Est-ce sincère ? Est-ce pour se faciliter l’inscription parmi les réfugiés de guerre, ceux qui ont les meilleures chances de rester en Europe ? Nous verrons.

Ce samedi matin, les miaulements de Snijok m’ont tenu éveillé depuis les six heures du matin, de sorte que lorsqu’arrive le moment de l’émission d’Alain Finkielkraut (Répliques), je n’en entends que les premiers échanges avant de tomber dans le sommeil. Je me réveille à un quart d’heure de la fin de la conversation : Jacques Julliard et un « philosophe » dont je n’ai pas retenu le nom – combien de professeurs de philosophie se laissent appeler philosophes aujourd’hui ! – s’entretiennent des questions qui m’occupent depuis des mois : l’envahissement de la France par des masses musulmanes considérables, le refus de celles-ci de « s’intégrer » à la nation, le silence obstiné du CFCM quant à ces problèmes, l’identité française et l’idée de nation, l’incompréhensible islamolâtrie de nos gouvernants conjuguée à leur haine déclarée du christianisme (récentes déclarations de M. Cazeneuve). Débat intéressant et utile. Des yeux pourraient s’ouvrir, des oreilles entendre. Curieusement, personne ne cite le Coran, où le programme conquérant islamique est écrit noir sur blanc. Personne ne semble l’avoir lu.

Le 3/X/2015

 

§ Commençons par ce qui fut vraiment plaisant : cette émission rétrospective célébrant Georges Brassens, vrai poète familier, populaire et savant, auteur de ses chansons (textes et musiques). Ses yeux de lumière noire crèvent l’écran du temps et de la mort ; sa voix assise, sereine, discrètement ironique, chante encore dans ma mémoire. Malice et finesse. On le qualifie d’anarchiste, c’est bien cela, un anarchiste qui aurait mesuré l’inanité de la violence et la force explosive des mots. Gare au gorille ! Il finit par chanter quelques « gros mots », mais pas outre mesure, car sa maman l’avait élevé dans les bonnes manières et n’aimait pas cela. Une seule déclaration de lui n’emporte pas ma conviction, celle-ci : le patriotisme est à vomir. Je ne puis adhérer. Certes, je hais la guerre, preuve du renoncement de l’esprit, mais je pense que le million et demi de morts de 14-18, Français, Algériens, Marocains, Tunisiens sont mes PÈRES. Ils défendirent leur patrie, celle de leurs parents et grands-parents. Certes un dévoiement du patriotisme les conduisit à l’abattoir, et c’est dans ce sens seulement que le concept est détestable. Il y eut cent mille morts en juin 1940, soit autant qu’en un mois de la Grande guerre. J’aime et j’admire ces hommes-là et leur patriotisme. On ne m’en fera pas démordre. Et je crois aussi que Georges Brassens ne pensait pas très différemment.

§ Autre fait qui rassure : les monstrueuses inondations survenues dans le Var (de Mandelieu à Antibes) viennent de causer, outre des dégâts matériels immenses, la mort de vingt personnes. D’autres personnes en danger de mort sur des parkings extérieurs, au fond des garages, furent sauvées par leurs voisins par des actions de courage et d’intelligence inouïs. Cela fait chaud au cœur. Dois-je signaler que de nombreux pillards furent sur les lieux dès la fin du déluge ?

§ Moins plaisant. Le professeur d’Histoire Timothy Snyder (Université de Yale), auteur de Black Earth : the Holocaust as History and Warning, nous annonce de prochains génocides, selon les mêmes termes et raisonnements d’Adolf Hitler, pour la possession des terres cultivables. Une crise écologique fit que les Tutsis connurent le massacre de 500.000 des leurs par les Hutus, qui voulaient leurs terres. La Chine, manquant de terres arables, minée par les pollutions de toute sorte, se préparerait à la conquête des terres africaines et sibériennes. Les mêmes causes devant produire les mêmes effets, nous sommes prévenus.

§ Mme Morano, de la droite grand teint, vient de préciser, dans une émission télévisuelle populaire, que la France est « un pays de race blanche », et qu’elle doit le rester. Le gros mot, le mot tabou de race a été prononcé, comme autrefois, comme si la science tout entière n’avait jamais dit que la confusion des hommes de toutes les couleurs crée une seule espèce, l’espèce humaine. Je partage cet avis : il n’est que cette espèce-là. Les « races », concept archaïque, obsolète, ne peuvent plus être invoquées. Mme Morano, emportée par un élan rhétorique fondé sur d’anciennes certitudes, a seulement confondu la « race » avec la « couleur ». Évidemment, comme d’habitude, les Robots se sont dressés comme un seul Robot, furibonds, vouant la députée européenne aux gémonies. Les mêmes ne se sont jamais élevés avec cette vigueur contre ces jeunes gens qui nous lancent à la figure, à nous et à ceux dont ils n’apprécient ni le voisinage ni la couleur de peau, des « Nique ta race ! » vigoureux. Muets aussi, les Robots, quand s’expriment les gens du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France), tous Noirs évidemment… De petits impertinents d’une radio périphérique me rappellent que lesdits Robots s’emploient ardemment à promouvoir le métissage, mais qui y a-t-il à métisser et avec qui, si les races n’ont pas d’existence réelle ? Les unions entre Jaunes, Noirs et Blancs n’ont pas lieu de s’appeler « métissage », à moins que logique, biologie et ethnologie ne soient devenues contradictoires dans leur essence-même. Cela s’appelle une aporie.

Le 6/X/2015

 

Une bonne nouvelle, enfin ! Lasse de l’existence, une vieille dame d’un village de la Haute Marne était sur le point de se pendre dans la grange de la ferme familiale où elle vit seule depuis plus de douze ans, lorsque la caisse branlante sur laquelle elle s’était hissée à grand peine s’effondra soudain dans un craquement sinistre. Le facteur, qui lui apportait sa maigre pension, l’entendit et se précipita pour lui ôter des mains la corde qu’elle serrait encore. Dans sa chute, la pauvre vieille se brisa la jambe. Le même facteur appela les secours. On sauva la malheureuse.

 

# À propos d’une émission de télévision associant le rire et le sérieux (On n’est pas Couché, émission que M. Laurent Ruquier dirige et éclaire de son rire mécanique intermittent, les Robots libèrent tout leur venin contre les quelques rares cerveaux de ce pays qui osent encore réfléchir et invoquer des arguments. Il s’agit de MM. Finkielkraut, Onfray, et de quelques autres désignés à la vindicte publique. Ils n’ont peut-être pas obligatoirement raison, mais ils s’opposent, et, une fois encore proposent des raisons que les Robots condamnent sans les discuter. Ils sont des « anti-système » (Raphaëlle Bacqué nous fait part des termes de la lutte, dans Le M. du 9/X). Les Robots n’imaginent pas une seconde qu’eux-mêmes sont des « pro-système » sans nuance. Un mot de leurs adversaires les scandalise, et ils ne discutent plus de rien, ils condamnent. Le public, qu’ils méprisent, est « au spectacle ». Le public, c’est connu, n’entend rien à rien sauf à s’amuser stupidement. Pourquoi alors les Robots-en-chef réclament-ils ses suffrages électoraux à dates fixes ? L’émission, insupportable il est vrai à bien des égards, ne présente d’intérêt que dans les débats (selon moi des combats de gladiateurs médiatiques) qu’elle organise : elle n’est, selon eux, que confrontation des « grandes gueules de gauche » et des « nouveaux réacs », combat des « antieuropéens et des déclinistes », variante de celui des Anciens et des Modernes en d’autres temps… « talk-shows politiques ». C’est réducteur. Les uns et les autres, il est vrai, y trouvent leur profit personnel : on n’existe aujourd’hui que par le bruit que l’on fait, le buzz, selon le terme en vogue.

Le 9/X/2015

 

Sombre vision. Rien ne va plus entre les amants. Ils filent l’imparfait amour.

Le chat Snijok, vivant seul avec nous depuis la disparition presque simultanée des deux chattes Artémis et Nejma, cherche ses anciennes compagnes dans la maison de Bourgogne comme dans l’appartement parisien. En lançant des appels terribles et désespérés, il erre sur les lieux où elles aimaient se reposer. Il vire en tous sens, puis finit par se tourner vers nous dans une interrogation mystérieuse. Nous le caressons et lui parlons à l’oreille, quoiqu’il soit sourd. C’est touchant et attristant.

Le 10/IX/2015

 

Aphorisme… « on mesurait la canaillerie d’un homme au nombre d’enfants qu’il avait. La paternité, cela devrait peser lourd devant la justice, parmi les présomptions de culpabilité » (Louis Aragon, Je te déteste, univers, in La Défense de l’infini).

# Aragon est sans doute le phénomène humain et littéraire le plus gigantesque du XXe siècle, tant par sa poésie que par sa prose romanesque. S’il ne les efface pas – proposition qui n’a guère de sens par ailleurs –, il met à distance les plus grands : Proust, Céline, Joyce et Faulkner. Seuls ses engagements et fidélités politiques insupportés par la majeure partie des critiques et commentateurs de la littérature française ont empêché qu’il soit lu et à sa juste hauteur. Ces mots ne disent que mon admiration et nullement que j’attribue quelque importance aux podiums olympiques de la littérature.

# Dès lors, ce que j’écris, moi, dans mon coin et la relégation, peut-il prendre quelque valeur à mes propres yeux ? Les prix littéraires sont des cache-misère. Je n’en tiens pas compte. Souvent je suis emporté par les doutes, sans jamais arriver au mépris de moi-même. On voudrait, par le silence, me porter au désespoir, au suicide, je le sais. On n’y parviendra pas. Ma nature s’y oppose et une œuvre est une œuvre pour modeste qu’elle soit. Et encore, écrit-on en premier lieu pour édifier une œuvre ? Ma pensée est fluctuante sur ce point. Existe aussi le plaisir du faire. Quelque chose qui, selon Aristote, nous rapprocherait du bonheur.

Je me rassure encore en pensant que tout dernièrement, avec la poétesse Margo Ohayon, nous avons ensemble écrit L’arbre et le béton, un petit livre de poésie en prose concernant « le sentiment de la nature » au début du XXIe siècle, qui paraîtra en 2016. Que nous avons un autre projet en cours d’exécution. Que je tente de venir à bout d’un récit intérieur portant sur l’expérience de l’écriture : L’être écrivain. J’ignore qui les publiera. Je nourris aussi la perspective d’écrire la suite de Les attentions de l’enfance, autrement dit les faits, aventures et mésaventures d’un jeune pensionnaire, puis d’un adolescent et d’un jeune homme, du milieu des années 50 aux années 60. Enfin, il n’est pas improbable que les nouvelles éditions Alcyone (anciennement « de l’Atlantique ») publient soit une traduction de l’espagnol (Góngora ? Quevedo ?) soit un recueil de poèmes. Je me rassure avec ces perspectives futures, avec ce bondissement de l’esprit dans l’avenir proche et lointain. En pensant que la source n’est pas tarie.

Le 11/X/2015

 

# C’était il y a quelques jours. Des salariés de la compagnie Air France s’en sont pris à de hauts responsables de l’entreprise en perdition. On leur annonçait à brûle-pourpoint une sentence, un châtiment qu’ils ne pensaient pas avoir mérités : le licenciement en bloc de 2900 salariés. Ils ont harponné ceux qui passaient à leur portée, deux cadres bien payés et protégés, ont arraché leurs vestes, leurs chemises… peut-être les auraient-ils lynchés si ces bureaucrates n’avaient pu s’échapper avec l’aide d’autres salariés. Les irresponsables politiques, tout le beau monde des entreprises, de la finance et des médias se sont émus et scandalisés de cette insoumission, d’un tel irrespect des convenances. Nombreux sont ceux aussi, qui comme moi, posent la question : d’où vient la violence la plus scandaleuse ?

Nouvelles d’Ankara, ou l’Orient compliqué est simple comme la mort. Une manifestation antigouvernementale est brutalement interrompue par deux explosions. Il en résulte la mort de dizaines de personnes. Les Kurdes de l’intérieur accusent le gouvernement turc. Le gouvernement accuse les Kurdes et L’EI.

Le 12/X/2015

 

# Titre discret d’un article discret, dans Le M de ce 14 octobre : « À Paris, bientôt des migrants et des sans-abri logés dans le 16è ». Des années que les sans-abri sont logés à la page des faits divers et sans importance par les journalistes bourgeois de ce quotidien. Se serait-on rendu compte de quelque chose ? D’une impossibilité politique et électoraliste à ne plus faire semblant de traiter également certains et certains autres ?

# Autres articles du même quotidien. Le Canada, un des pays où l’immigration est la plus libéralement acceptée, s’apprête à réviser sa politique aveugle concernant le multiculturalisme. Des femmes musulmanes viendraient prêter leur serment de citoyenneté voilées du niqab. Il serait question d’exiger qu’elles le fassent à visage découvert. Un Robot du M – M. Bherer – s’offusque d’une exigence aussi tyrannique.

# Certains prétendent que l’homme ne peut se passer d’une religion, quelle qu’elle soit, et singulièrement les monothéistes. Je m’inscris en faux contre cette assertion. Avec des milliers d’athées, je jure que je m’en passe très bien. Eux comme moi n’adhérons pas aux fables, aux calembredaines mythologiques et aux inventions miraculeuses des fanatiques de Yahvé, du Dieu en trois personnes et d’Allah en une seule.

Ces Épouvantails tiennent les consciences asservies sous la terreur du châtiment : le Schéol, dont on ne sait pas grand-chose ; l’Enfer, où la chaleur est insupportable ; la Géhenne et le Feu promis par Allah et son Prophète à tous les incroyants et incrédules dès les premiers versets de la deuxième sourate de leur livre saint, puis à chaque page de celui-ci !

Quant aux incrédules ; / à ceux qui traitent nos Signes de mensonges :

Voilà ceux qui seront les hôtes du Feu : ils y demeureront immortels.

Sourate II, v.39, dans la traduction de Denise Masson.

Le châtiment est le refrain constant, la basse continue de ce code règlementaire religieux doublé d’un code civil.

Ces religions sont la maladie mentale extrême du cerveau humain, notamment chez les « religieux » fanatisés : haine des femmes et éloignement du monde des humains pour les haredim, les craignant Dieu et ultra-orthodoxes d’Israël et d’ailleurs ; peur des femmes, du sexe et obsession du péché chez les Chrétiens de toute obédience ; mépris et relégation des femmes, obsession du péché et de la punition, incapacité à tolérer l’Autre et le Différent chez les adeptes d’Allah.

Match Palestine-Israël. Enfin, et c’en sera assez pour aujourd’hui, le développement des violences anti-juives sur la terre d’Israël s’effectue ces derniers jours sous la forme du lancer de pierres, du coup de couteau, puis du coup de revolver et de la voiture lancée dans la foule, en attendant pire encore. C’est que, même si le Hamas et le Hezbollah n’ont pas encore rayé de leurs chartes la prochaine destruction d’Israël, les Palestiniens voient chaque jour se réduire leurs territoires de Cisjordanie sous la poussée des colonisateurs. Ils attendent depuis trop longtemps une négociation sur la création d’un État palestinien que leurs extrémistes refusent, et que les Israéliens refusent également sans jamais l’avouer. Leurs actes (colonisation systématique provoquant la décrédibilisation des autorités palestiniennes modérées) démontrent qu’ils n’en veulent à aucun prix. Le conflit ne peut que durer tout en empirant. Je ne sais ce que veulent en tirer, sinon la haine et le chaos, ceux que je croyais doués d’intelligence et qui se donnent pour tels.

On s’est énormément fort ému des attaques au couteau. Je pense au Chant des Partisans où sont célébrés « les tueurs à la balle et au couteau »… C’étaient, eux aussi, des Résistants ! Malgré cela, je crois l’homme incorrigible, routinier, et somme toute décevant.

Le 14/X/2015

 

Bref retour sur Mme Morano. « Race blanche » a-t-elle prétendu. La question est turlupinifiante. Quelle sera la prochaine vérité ? Blancs, noirs et jaunes de peau sont les humains. Lorsque dans la rue je croise l’un d’eux, outre le teint différent, je constate des traits différents des miens quant à la forme des yeux, au nez, aux cheveux, à la pilosité, etc… Il y a présomption d’une appartenance à une autre branche de l’espèce, la nôtre. Si je serre leur main, je vois bien que la leur est blanche ou jaune – par bonheur, nous n’avons pas colonisé les Peaux-Rouges Nous les connaissons donc fort mal – et la mienne d’un blanc plus ou moins rosé que le temps fait pâlir encore. Faudrait-il que nous devenions tous daltoniens pour nous voir sous d’autres couleurs ? Y aurait-il des variétés d’hommes comme on en compte chez les poulets, les moutons, les bovins, les antilopes… chaque variété étant issue de croisements différents, parfois créés artificiellement ? Des rencontres croisées aux ères anciennes furent sans doute les hasardeux artifices de la nature. Je serre volontiers les mains de toutes les couleurs et embrasser des dames colorées m’est un véritable plaisir. Est-ce que Goethe, qui écrivit un éminent traité des couleurs, y retrouverait ses petits ? Est-ce que ces journalistes, qui s’élèvent aujourd’hui contre le « laver plus blanc » de Mme Morano, eurent tort ou raison lorsqu’ils inventèrent, en je ne sais plus quelle année récente, ces distinctions de « blacks, blancs, beurs » à propos d’une équipe de France de football qui triompha dans je ne sais quel tournoi mondial ? Goethe vient de me téléphoner pour me dire : « Ne doute plus, Michel. L’homme triompha ce jour-là ». Goethe est un sage.

Le 15/X/2015

 

# Que de ridicules histoires pour les fumeurs de cannabis de notre pays. Ils seraient des centaines de milliers à consommer régulièrement de cette drogue qui attaque les neurones. Ils conduisent des voitures, parfois ils s’alcoolisent simultanément, provoquant des accidents mortels. Bravo ! dit Mme Taubira, ministre de la justice. De simples transactions pénales suivies d’une amende les calmeront. Quant à ceux qui s’autorisent de leur loi personnelle pour conduire sans permis des véhicules capables de rouler à 200 km/h et parfois davantage, ils bénéficieront de la même procédure. Un décret signé par le premier et quatre autres ministres est entré en vigueur ce 16 octobre. C’est cela, sous l’ère socialiste, prendre soin de la sécurité et de la santé des citoyens. C’est cela l’égalité républicaine, qui consiste à caresser les délinquants en puissance, les meurtriers dits « involontaires » de la route, tout en maintenant pour les citoyens responsables et honnêtes les très onéreuses obligations d’apprendre à conduire et de se soumettre à l’épreuve du permis ! Cette faiblesse de l’État va de pair avec l’incohérence de ses décisions. Et Viva Zapata !

Le 17/X/2015

 

D’un écrivain « comme il faut » et bien en cour, M. Boualem Sansal. D’abord, un roman sans doute à lire : 2084. Chez Gallimard. On ne peut donc douter de sa parole. Les quelques Robots qui tentent de la relayer s’en étranglent à demi. On pense que le prix Goncourt lui tend les bras, bien que l’islam, sous sa forme virulente, l’islamisme, soit sa cible. Il a déclaré récemment aux Inrockuptibles, revue que je ne lis pas : « De plus en plus l’islam va être la religion des convertis. Et les convertis sont toujours les plus radicaux ». « La seule religion en ce moment qui pose problème, c’est l’islam » (article de M. Guerrin, Le M du 17/X, p.24). M. Sansal ajoute, cueillant les musulmans dits modérés au menton : « À ce point, la passivité des musulmans est mortelle ». Avec d’autres gentillesses que M. Guerrin a l’honnêteté de rappeler, quoiqu’il lui en coûte : « … en quatorze siècles, aucune tentative de révolution des idées semblables à celle des Lumières européennes n’a pu émerger et prendre corps dans l’univers musulman ». En exergue à 2084, ceci : « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ». Dire que depuis quatorze ans, dans ces Carnets, je m’échine à dénoncer cela, ma lecture du Coran où Dieu n’est pas amour, mais crainte, où les mots « Amour, Aimer » ne se rencontrent jamais, m’en ayant intimement convaincu. Et M. Guerrin d’ajouter : « Les médias occidentaux les adorent (MM. Boualem Sansal et Kamel Daoud) pour des raisons qui vont bien au-delà de leurs livres : ils sont algériens, sont restés dans leur pays, sont menacés, et, donc, ont la légitimité de dire ce que les Occidentaux ne peuvent dire sous peine d’être taxés d’islamophobie. Sansal le sait, comme il sait que l’extrême-droite, les prophètes du grand remplacement, ou les chagrinés des valeurs disparues essaient de le récupérer. Chaque mot de ce paragraphe mérite commentaire. L’« adoration » des médias occidentaux pour ces écrivains est un mythe assez récent, il me semble. La « légitimité » de dire n’a lieu d’être que si votre vie est menacée par les ultra-religieux. Moi, Occidental s’il en est, je ne dénonce les mêmes choses qu’à mes risques et périls : je suis un « islamophobe », c’est-à-dire une parfaite ordure morale et politique. MM. Sansal et Daoud sont eux aussi des islamophobes, mais on attend que les extrémistes musulmans leur tranchent le cou pour qu’ils deviennent des martyrs d’une autre espèce, ou des « contre-martyrs ». Il existe donc désormais deux types d’islamophobes, les autorisés légitimes et les non autorisés illégitimes. Ceux que l’on consent à écouter, quoiqu’avec un certain déplaisir, parce qu’ils savent de l’intérieur ; ceux que l’on voue au pilori, parce qu’Occidentaux, censés tout ignorer des bontés de l’islam, et dont je ferais clairement partie si mes Carnets étaient plus diffusés. Ils le sont par La Cause Littéraire, mois après mois ; et par les Éditions de Londres (éd. numérique). Je n’appartiens pas à l’extrême-droite, et de loin ; je crois à la théorie camusienne du « grand remplacement » ; et je suis grandement « chagriné » par la disparition des valeurs disparues, dont l’islam n’est nullement responsable. En revanche, comme B. Sansal, il y a belle lurette que je dénonce les musulmans modérés de France que je ne vois jamais défiler, ni n’entends jamais protester contre les atrocités inhumaines commises au nom de l’islam, soit en leur nom. « Passivité mortelle » dit l’Algérien ! Je ne tente de « récupérer » personne. Je lis, apprends, m’instruis et observe. Je demande à chaque Français d’aujourd’hui de tenter d’en faire autant. Qu’il sache au moins comment et par qui sa civilisation sera effacée, à moins qu’il n’entre dans le combat. Quant au titre de l’article de M. Guerrin, le voici : « Boualem Sansal, homme libre ». C’est dire combien sont aliénés, enchaînés à leurs préjugés ces dénonciateurs patentés, systématiques de l’islamophobie et des islamophobes tels que moi.

Le 20/XI/2015

 

# Entendu ce matin sur France-Inter, M. Michel Sapin, ministre des Finances. On gouverne depuis près de quatre ans, mais tout ce qui va mal en France est à mettre au compte du gouvernement précédent ! Mon avis : « De main vide vaine parole » (Prov. De John of Salisbury, XIIe siècle, Polycratici libri, V, 10).

Le 26/XI/2015

 

# Faits les plus récents :

§ Il se crée un parti anti-islam en Australie, The Australian Liberty Alliance : « L’islam n’est pas seulement une religion, c’est une idéologie totalitaire avec une ambition mondiale ». Mon avis : c’est le moins que l’on puisse dire. Le Monde condamne (le 21/X).

§ Philippe de Villiers (droite souverainiste) tente un retour sur la scène politique : « La France n’a pas vocation à devenir la fille aînée de l’islam ». « L’Europe a organisé le chassé (croisé : avortement de masse – immigration de masse » ; « Le sort des petits Blancs est déjà scellé. Il pourrait ressembler demain à celui des Indiens d’Amérique » (Le M, 21/X). Mon avis : entièrement d’accord. Une mise en garde doit-elle être négligée parce qu’elle sort de la bouche d’un adversaire politique ? Le Monde condamne.

§ Moirans (Isère) : la gare est mise à sac, le restaurant attenant détruit, des véhicules extraits d’une casse sont poussés sur la voie ferrée et incendiés. Cause des troubles : un jeune homme de la communauté des « gens du voyage » se tue en conduisant une berline volée, dont le coffre est rempli d’objets volés. Trois complices meurent avec lui. La famille – « sédentarisée » dit-on – demande à ce que le frère du jeune homme, emprisonné, soit momentanément libéré afin d’assister aux obsèques de son frère cadet. Un cousin du défunt fait la même demande. Le juge d’application des peines refuse en raison de la dangerosité de ces jeunes gens, d’où les déprédations susmentionnées suivies de l’incendie d’une coursive à la prison d’Aiton. Des incidents du même ordre avaient eu lieu à Amiens, à la fin du mois d’août. Mon avis : pour cette famille, on constate qu’elle exerce le vol et la rapine à titre d’activité courante et normale. Elle doit par ailleurs bénéficier de toutes les aides et subventions habituelles. La communauté des gens du voyage ne semble pas s’opposer à ces violences bien au contraire. Le premier ministre, bavard comme toujours, préconise « la fermeté et le rétablissement de l’ordre républicain », le ministre de l’intérieur affirme que la justice « devra » passer… Le Monde ne condamne que du bout des lèvres. Mes avis : « Verba volant ».

Et :

« Vous-même de vos soins craignez la récompense ;

Et que dans votre sein ce serpent élevé

Ne vous punisse un jour de l’avoir conservé » (Racine, Andromaque, I, 2).

 

§ La déclaration. « La violence, la haine, la rancœur : Israéliens et Palestiniens s’enferment dans un affrontement tribal et religieux. C’est sans doute la pire forme que peut (sic) prendre le conflit qui oppose les deux nations qui se disputent la même terre » (J. Fenoglio, Éditorial, Le M. du 23/X). Mon avis : approbation totale.

§ Ridicule. M. Netanyahou attribue à Haj Amin Al-Hussein (1897-1974), grand mufti de Jérusalem et certes antisémite violent, la responsabilité d’avoir soufflé à Hitler la décision d’exterminer les Juifs. Tous les historiens, israéliens ou non, sont d’un avis contraire. « La haine est la colère des faibles » (Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin).

# Ce samedi matin, 24/X, entendu une conversation édifiante portant sur « la beauté du geste ». Une dame bien sous tous rapports et un universitaire-poète belge entretiennent une jolie conversation. Il s’agit d’analyser toutes les facettes de la beauté, particulièrement dans les gestes (ceux du corps, ceux du cœur et de l’esprit, les élans discrets ou visibles qui rendent à l’humain sa qualité, sa vertu eût dit Platon, toute sa beauté intérieure. La tâche est complexe, et elle ne va pas sans quelques moments d’auto-complaisance. Je devrais rechercher l’émission dans les réserves récentes de France-Culture, je n’en ai pas le temps.

L’aphorisme. « Le réel est ce qui n’existe qu’en un seul exemplaire » (Horace Engdahl, Café Existence).

# Plaisantons. Amaury (2 ans et huit mois), en Bourgogne. Comme tout enfant, il lui arrive de sucer un caillou, de ramasser quelque petite saleté. On l’en excuse : « À la campagne c’est moins grave, les microbes sont en meilleure santé ».

Citation suivie de ses commentaires. « Un peu d’insomnie amplifie le talent, écrit Edith Södergran ».

« Mais le contraire est également vrai : le peu de talent amplifie l’insomnie » (Horace Engdahl, Café Existence).

« La chute dans le sommeil engendre au réveil l’oubli de l’illusion et du cauchemar ». Je parviens ici à me convaincre que mon pessimisme affiché n’a rien d’irrémédiable. Je me rassure comme je peux (Michel Host).

Le proverbe. « Les doux possèderont la terre » (Psaumes XXXVII, II/Matthieu, V, 5). Commentaire : Erreur manifeste. Monsanto, la FNSEA, les vendeurs d’OGM et les planteurs de palmiers à huile la possèdent, qui n’ont rien de doux.

Le 29/X/2015

 

Fin des Carnets, Oct. 15

 

Michel Host

 


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A propos du rédacteur

Michel Host

 

(photo Martine Simon)


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Rédacteur. Président d'honneur du magazine.


Michel Host, agrégé d’espagnol, professeur heureux dans une autre vie, poète, nouvelliste, romancier et traducteur à ses heures.

Enfance difficile, voire complexe, mais n’en a fait ni tout un plat littéraire, ni n’a encore assassiné personne.

Aime les dames, la vitesse, le rugby, les araignées, les chats. A fondé l’Ordre du Mistigri, présidé la revue La Sœur de l’Ange.

Derniers ouvrages parus :

La Ville aux hommes, Poèmes, Éd. Encres vives, 2015

Les Jardins d’Atalante, Poème, Éd. Rhubarbe, 2014

Figuration de l’Amante, Poème, Éd. de l’Atlantique, 2010

L’êtrécrivain (préface, Jean Claude Bologne), Méditations et vagabondages sur la condition de l’écrivain, Éd. Rhubarbe, 2020

L’Arbre et le Béton (avec Margo Ohayon), Dialogue, éd. Rhubarbe, 2016

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Mémoires du Serpent (roman), Éd. Hermann, 2010

Une vraie jeune fille (nouvelles), Éd. Weyrich, 2015

Carnets d’un fou. La Styx Croisières Cie, Chroniques mensuelles (années 2000-2020)

Publication numérique, Les Editions de Londres & La Cause Littéraire

 

Traductions :

Luis de Góngora, La Femme chez Góngora, petite anthologie bilingue, Éd. Alcyone, 2018

Aristophane, Lysistrata ou la grève du sexe (2e éd. 2010),

Aristophane, Ploutos (éd. Les Mille & Une nuits)

Trente poèmes d’amour de la tradition mozarabe andalouse (XIIe & XIIIe siècles), 1ère traduction en français, à L’Escampette (2010)

Jorge Manrique, Stances pour le mort de son père (bilingue) Éd. De l’Atlantique (2011)

Federico García Lorca, Romances gitanes (Romancero gitano), Éd. Alcyone, bilingue, 2e éd. 2016

Luis de Góngora, Les 167 Sonnets authentifiés, bilingue, Éd. B. Dumerchez, 2002

Luis de Góngora, La Fable de Polyphème et Galatée, Éditions de l’Escampette, 2005