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Chroniques régulières

Emmanuel Kant au pied d’un feu rouge algérien, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 11 Octobre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il fait nuit. Vous êtes au volant de votre voiture dans un quartier à peine achevé, dans la périphérie de votre ville. Là où le baril fait pousser le LSP par exemple, et où le ciment arrache les derniers amandiers connus. La route est neuve et il n’y a personne qui vous regarde, sauf un feu rouge. Car le feu est rouge et vous êtes au croisement, et il n’y a personne qui vous surveille. Que feriez-vous ? A Copenhague, vous n’oseriez pas le « griller ». On ne sait jamais : les Occidentaux ont des caméras et la peur du colon est encore vive. Mais là, vous êtes en Algérie. La situation résume la base basique de tout ce qui va décider de ce que nous sommes. Le socle de la morale citoyenne qui n’a pas besoin de policier derrière chaque Algérien ou de la menace de l’enfer derrière chaque acte. Généralement, dans ce cas-là, on a deux nationalités : celle du conducteur qui s’arrête, aussi absurde que cela l’est, qui respecte l’interdit par respect pour la loi, même s’il n’y a aucun policier en vue. La seconde nationalité est celle de l’autre conducteur derrière vous qui se met à klaxonner, qui vous pousse à « griller » le feu parce qu’il fait nuit et qu’il n’y a personne et qui, à la fin, vous dépasse en vous jetant un regard haineux au spectacle de votre imbécillité qui se prend pour la bonne éducation.

Adieu Nabil Farès : il était une fois l’Algérie, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Jeudi, 06 Octobre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il était une fois, l’Algérie, ceci est le titre du dernier roman de feu Nabil Farès qui vient de nous quitter en ce 30 août 2016.

Yahia, pas de chance, ceci est le titre d’un de ses premiers romans. Et Nabil Farès n’a pas eu de chance. Il est l’un des oubliés de la littérature algérienne d’expression française.

Nabil Farès est le fils de Abderrahmane Farès, président de l’exécutif provisoire algérien. L’un des aînés, avec toute la charge symbolique de ce mot : Aîné. Sagesse. Exploration. Courage. Patriotisme. Engagement. Les oubliés de la carte culturelle, les éraflés des espaces culturels algériens ou algérois. Ils sont entre autres Nabil Farès, Messaour Boulanouar, Mourad Bourboune, Kaddour M’hamsadji, personne ou presque, de cette nouvelle génération, lecteurs et écrivains confondus, ne se souvient de ces noms qui jadis étaient les bons faiseurs de romans et de poésies.

Carnets d’un fou - XLIII Août 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 05 Octobre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

« S’il n’y avait pas les pauvres, quel plaisir auraient les riches à être riches ?

S’il n’y avait pas les riches, quel plaisir auraient les pauvres à se plaindre d’être pauvres ? »

Nombre de philosophes anciens et modernes,

Le sens commun, et

Maxime du Touret de Loisne, dit Le Béthunois

#. Une idée pratique. Maxime Le Béthunois propose que l’on accorde à chaque petit Français, au jour de sa naissance, le diplôme du baccalauréat qui lui servira d’acte de baptême républicain. Il n’aura plus ce souci en tête et cela ne changera rien à l’état des choses actuelles : il pourra faire l’école buissonnière en toute tranquillité d’esprit, regarder la télévision, piéger des Pokémon et jouer à tuer des inconnus, des ennemis virtuels sur sa console, manger des sucreries et gagner son obésité, il ne saura ni lire, ni écrire, ni compter, il s’inscrira à Pôle Emploi. Le ministère de l’Éducation avant de disparaître, avec celui des finances, verront ainsi diminuer la dette de la nation : plus de professeurs à rémunérer, d’examens à organiser. Plus d’inégalité enfin, du moins en ce domaine de l’ignorance partagée. La nouvelle devise de la Nation sera ce qu’elle est déjà : « Liberté, Égalité, Nullité ».

Une étude noétique - à propos de Pascal et Rouault, de Bernard Grasset

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 03 Octobre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Pascal et Rouault, de Bernard Grasset, éd. Ovadia, mai 2016, 20 €

 

Avant d’en venir au propos que m’a inspiré le dernier livre de Bernard Grasset, je préciserai que ma connaissance de Pascal est sujette à beaucoup d’imperfections et de lacunes, car je n’ai pu lire l’ensemble des fragments des Pensées que de façon discontinue, ce qui fait que le principe profond de ce livre m’a parfois échappé. Pour ce qui concerne Georges Rouault, j’ai un meilleur point de vue car sa peinture fait partie de mon répertoire d’images. Il n’en va pas de même de sa poésie, dont j’ignorais l’existence. Je dis cela de manière à décrire mon chemin de lecture, même fautif.

Cependant, cette lecture de Bernard Grasset a été un moment important dans ma vie de lecteur, car j’ai reconnu dans les œuvres respectives du philosophe et du peintre une valeur transcendantale. En effet, pour le lecteur de la Bible, et particulièrement de la traduction dirigée par Lemaistre de Sacy, le contenu métaphysique des œuvres est très visible. Cela ouvre sur des questions d’une grande importance pour les créateurs. Et déceler ici ou là dans la peinture religieuse de Rouault, ou dans la pensée scientifique de Pascal, les traces de l’influence biblique, est de toute première importance.

Pourquoi Onfray est-il inéluctablement fasciste ?, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Septembre 2016. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté Philo

 

 

Revenir sur Onfray peut ressembler ici à une forme d’acharnement. Cependant, sa médiatisation outrancière, son évolution visible depuis quelques années et accélérée ces derniers mois, sa position d’imposture quand il prétend à la philosophie me semblent des raisons suffisantes pour souligner l’ornière conceptuelle dans laquelle ce bateleur des idées simples se meut.

Onfray est inéluctablement fasciste.

 

1) En raison d’une lecture de Nietzsche très mal digérée.